Tout au long de la fin de semaine, les rassemblements en soutien au peuple palestinien se sont multipliés à Montréal. Plus nombreux·ses que jamais, les manifestant·es ont exprimé leur colère devant la complicité des gouvernements canadiens et américains qui continuent d’affirmer leur soutien à Israël, malgré des allégations de crimes de guerre contre les populations civiles à Gaza.
En début d’après-midi vendredi, un groupe se rassemble au coin des rues Stanley et Sainte-Catherine, aux portes du consulat des États-Unis à Montréal.
« Le Canada et les États-Unis donnent leur feu vert à cette campagne génocidaire aux mains de l’occupation sioniste », scande une organisatrice du Mouvement de la jeunesse palestinienne, devant la foule qui lui répond : « Honte! »
Au moment où les manifestant·es chantaient, le président américain a demandé un supplément de 14,3 milliards $ afin de soutenir militairement Israël. Chaque année, l’État reçoit plus de trois milliards $ des États-Unis, dont la grande majorité est destinée à la défense.
Aux yeux des États-Unis, « Israël est un investissement », souligne Sarah, porte-parole du Mouvement de la jeunesse palestinienne. Le président Joe Biden l’a d’ailleurs explicité en s’adressant à la nation jeudi soir, affirmant qu’il s’agissait d’un « investissement intelligent qui sera bénéfique pour la sécurité des États-Unis ».
Ces propos font écho à un autre discours qu’il a tenu, il y a plusieurs années, alors qu’il était sénateur. « Si on n’avait pas d’Israël, les États-Unis devraient inventer un Israël afin de protéger ses intérêts dans la région », avait-il fait remarquer en 1986.
Ce n’est donc pas choquant de voir les États-Unis et le Canada défendre leur plus proche allié au Moyen-Orient, pense Sarah.
Mais cela souligne également un double standard en matière de non-respect du droit international, croit-elle : Israël échappe à la critique en dépit des crimes de guerre que l’État commet à Gaza, en assiégeant une population civile ou en ciblant des lieux protégés, dénonce-t-elle.
« Ça pousse les gens à montrer leur colère, ça pousse les gens à voir l’hypocrisie occidentale », souligne Sarah.
Bombarder les blessé·es
Le soutien financier vers Israël est donc renchéri, malgré la confusion qui continue d’entourer le bombardement de l’hôpital d’Al-Ahli, dans le nord de Gaza, mardi dernier le 17 octobre.
Dans les heures qui ont suivi le drame, Hananya Naftali, une figure du gouvernement Netanyahou, a revendiqué l’attaque sur Twitter, affirmant immédiatement qu’une quinzaine de combattants du Hamas avaient été tués. La publication a été retirée rapidement et M. Naftali s’est excusé avant d’attribuer l’attaque au Djihad islamique, un groupe allié au Hamas.
Depuis, les théories ont fusé de toute part. L’explication avancée par Israël, relayée par des médias, avance que le bombardement résulte d’une roquette dont l’ennemi aurait perdu le contrôle et qui aurait malencontreusement atterri devant l’hôpital où se trouvaient plusieurs réfugié·es, des blessé·es et du personnel médical.
Le Hamas et le Djihad islamique rétorquent quant à eux que l’armée israélienne est en faute.
Après avoir rapidement condamné l’attaque mardi dernier, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé attendre avant de tirer des « conclusions finales ». Samedi, le ministre de la Défense, Bill Blair, a finalement affirmé que sa propre analyse concordait avec la version des autorités israéliennes.
Une enquête visuelle menée par le média qatari Al-Jazeera, parue jeudi dernier, fait mentir la thèse israélienne en démontrant que le moment de l’explosion à l’hôpital d’Al-Ahli ne concorde pas avec les tirs du Hamas. Une autre analyse, menée par le média public britannique Channel 4, indique également que les preuves déposées par le gouvernement israélien sont incohérentes et possiblement fabriquées.
Quelques jours avant l’explosion, Israël avait exigé l’évacuation de 22 centres médicaux dans le nord de Gaza, dont l’hôpital Al-Ahli. Cette demande avait été dénoncée notamment par l’organisme Médecins sans frontières, qui qualifiait d’impossible le transport de milliers de blessé·es et de malades dont la survie dépend parfois d’équipements médicaux.
« Ça pousse les gens à montrer leur colère, ça pousse les gens à voir l’hypocrisie occidentale. »
Sarah
Israël avait aussi déjà ciblé l’hôpital en question par le biais d’un tir d’avertissement, affirmant que la zone était occupée par des militants du Hamas.
La semaine dernière, l’armée israélienne a déjà revendiqué le bombardement d’un autre hôpital, d’une école sous la protection des Nations Unies ainsi que de la plus vieille église de Gaza, qui abritait alors un nombre inconnu de civils venus s’y réfugier.
Depuis le 7 octobre, l’Organisation mondiale de la santé a répertorié 133 attaques contre les centres et les personnels médicaux à Gaza, qui sont pourtant proscrites par le droit international.
La continuation des violences « indique qu’Israël peut commettre des crimes de guerre en toute impunité, sans que la communauté internationale lève le petit doigt », pense Rana, une jeune militante du Mouvement de la jeunesse palestinienne.
Nouvel élan
« C’est vraiment mauvais, ce qui se passe, mais en même temps, c’est tellement explicite que les gens n’ont d’autre choix que de se positionner contre cette hypocrisie », souligne Sarah.
Depuis le drame de l’hôpital d’Al-Ahli, les manifestations se sont multipliées partout dans le monde. Le jour même, le Mouvement de la jeunesse palestinienne avait organisé un rassemblement d’urgence à Montréal, où près de 6000 personnes se sont présentées avec seulement deux heures de préavis.
« Ça, ça me donne de l’espoir », affirme Sarah. « Je vois que l’opinion publique est en train de changer. Je pense que c’est parce qu’on vit dans l’aire de la technologie. »
Contrairement à il y a 75 ans, lorsque le nettoyage ethnique a commencé au moment de la création de l’État d’Israël, « maintenant ce génocide il est télévisé, il est en live, il est 24 heures sur 24, sept jours sur sept, on a tous accès à nos téléphones, on a tous accès aux vidéos… On voit l’impact du génocide. »
Vendredi, à Montréal, après le consulat américain, c’était au tour des bureaux du premier ministre François Legault de recevoir la visite des manifestant·es. Ils et elles ont notamment demandé au premier ministre de fermer son nouveau bureau à Tel-Aviv.

« Fermez les portes jusqu’à ce qu’ils arrêtent les bombes! », a chanté la foule.
Des membres des Voix juives indépendantes de Montréal se sont tenu·es, bras dessus, bras dessous, devant les portes, empêchant quiconque de sortir ou d’entrer dans l’immeuble.
« Nous demandons que nos leaders politiques usent de leur pouvoir pour condamner le génocide d’Israël contre les Palestiniens à Gaza », a déclaré Sarah Boivin, une représentante des Voix juives indépendantes. « Avec un silence honteux et un soutien indéfendable, les politiciens canadiens permettent à Israël d’infliger une punition collective à 2,2 millions de personnes, sans conséquences. »
« En tant que Juif, il est impératif pour nous de venir ici et de dire que “plus jamais” veut dire “plus jamais pour quiconque”! »
Plusieurs milliers de personnes ont continué de se rassembler au centre-ville de Montréal, samedi et dimanche. Le Mouvement de la jeunesse palestinienne prévoit réaliser des rassemblements quotidiens tout au long de la semaine.