Une récente étude établit un lien entre la présence de syndicats au Canada et la diminution des émissions de gaz à effets de serre (GES). Une relation encore mal comprise, mais qui pourrait être renforcée, alors que de plus en plus de travailleur·euses cherchent à faire une différence dans la lutte aux changements climatiques.
Historiquement, au Canada, une augmentation de 1 % de la couverture syndicale mène à une diminution de 0,25 % des émissions de GES selon une étude récemment publiée dans Environmental Science and Pollution Research.
Une forte présence syndicale tend également à réduire la pollution via l’émission de particules fines, selon une autre analyse menée par la même équipe et qui doit paraître prochainement dans la revue scientifique Le travail.
« Bien sûr, il pourrait y avoir d’autres variables en jeu, mais notre modèle essaie de compenser pour la plupart d’entre elles. Si bien qu’on peut affirmer qu’il y a une très haute probabilité qu’il y ait un lien causal entre l’adhésion syndicale et la réduction des émissions atmosphériques », explique l’économiste Anupam Das, qui a contribué à l’étude.
« Encore aujourd’hui, très peu de gens réalisent que leur syndicat est un outil qui peut faire avancer les enjeux de justice climatique. »
François Geoffroy
Il prévient toutefois qu’il ne faut pas considérer les résultats observés par son équipe comme une règle mathématique généralisable. « L’important dans ce genre d’étude, ce n’est pas tant les chiffres [précis] que la tendance [générale] observée », explique-t-il.
Chose certaine, cette tendance est encourageante, juge François Geoffroy, membre du collectif Travailleur et travailleuse pour la justice climatique (TJC), qui cherche justement à stimuler l’action syndicale en matière de lutte aux changements climatiques.
« Ça ne fait pas longtemps que les syndicats se sont saisis des causes environnementales. Encore aujourd’hui, très peu de gens réalisent que leur syndicat est un outil qui peut faire avancer les enjeux de justice climatique à l’intérieur des institutions économiques ou des institutions sociales », remarque-t-il.
Une action en construction
Il faut dire que les moyens par lesquels les syndicats parviennent à avoir un impact sur l’environnement ne sont pas encore tout à fait bien compris, remarque Anupam Das.
Par exemple, très peu de syndicats canadiens ont des clauses référant directement aux changements climatiques dans leur convention collective. De plus, ceux qui en ont appartiennent généralement à des secteurs qui ne contribuent que très peu aux émissions de GES, constate l’étude. « Sans oublier que certains syndicats peuvent travailler dans l’autre sens en s’opposant à des mesures environnementales pour protéger des emplois », ajoute le chercheur.
Un constat que nuance François Geoffroy. « C’est évident que les syndicats dont l’existence même est menacée par la transition écologique, comme ceux du secteur pétrolier et gazier, peuvent percevoir les mesures environnementales comme des menaces. Mais même dans ces secteurs, il y a de belles initiatives qui émergent », remarque-t-il.
Par exemple des syndicats s’allient avec des organisations comme Iron & Earth pour aider les travailleur·euses des industries fossiles à développer les compétences dont ils et elles ont besoin pour dénicher un emploi dans le secteur des énergies renouvelables.
« On s’entend, les syndicats ne sont pas la principale cause de réduction des émissions, loin de là, mais si on arrive à mieux comprendre leur effet et à l’encourager, ce sera déjà un pas dans la bonne direction. »
Anupam Das
Aussi, même si les syndicats qui ajoutent des clauses environnementales à leurs revendications ne sont pas ceux dont le travail pollue le plus, ils mettent tout de même des précédents qui peuvent en inspirer d’autres, rappelle François Geoffroy. Par exemple, dans les négociations sectorielles pour le cégep menées par le Front commun, une des demandes prioritaires est de forcer l’employeur à inclure les déplacements du personnel et des enseignant·es dans leurs calculs d’atteinte de la carboneutralité.
« Ce serait une première en Amérique du Nord. Tout d’un coup, ça enlèverait le fardeau de la carboneutralité qu’on fait normalement porter aux individus et ça l’enverrait dans la cour des boss. Est-ce qu’on va l’avoir? Peut-être pas, mais le simple fait d’en parler sérieusement montre que ça bouge. »
Un mécanisme qui reste à explorer
Si les syndicats peuvent avoir un impact direct en négociant des clauses environnementales, leur influence sur les émissions serait toutefois bien plus complexe selon l’étude. Toutefois la plupart des hypothèses explorées par l’équipe de chercheur·euses ne se sont pas avérées concluantes pour l’instant.
« Par exemple, on s’attendait à ce qu’une forte présence syndicale aide à faire élire des gouvernements plus progressistes et donc plus enclins à adopter des politiques environnementales, mais ce n’est pas ce qu’on observe dans les données », explique Anupam Das.
Lui et son équipe continuent donc leur travail dans l’espoir d’exposer ces liens indirects entre la présence syndicale et la qualité de l’environnement. « On s’entend, les syndicats ne sont pas la principale cause de réduction des émissions, loin de là, mais si on arrive à mieux comprendre leur effet et à l’encourager, ce sera déjà un pas dans la bonne direction », conclut-il.