Les deux côtés de la médaille

Judith Lefebvre Chroniqueuse · Pivot
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Les deux côtés de la médaille

Résister au campisme et au relativisme en s’engageant pour la liberté et la paix

La société civile semble de plus en plus fracturée entre des camps politiques irréconciliables. Tout semble prétexte à se prendre à la gorge. Les positions sont tranchées et déterminées d’avance, les arguments prévisibles, déjà entendus. Sommes-nous condamné·es à choisir entre les extrêmes?

Parfois, il semble que le refus de se positionner – ou plus précisément, le fait de systématiquement se positionner entre deux camps – est de plus en plus présenté comme une marque d’intelligence ou de sagesse. Comme s’il y avait une vertu supérieure à ne pas être impliqué·e dans un conflit. C’est la posture de l’observateur raisonnable qui ne fait pas de vague, et qui se fait rempart contre les extrêmes. La posture de l’homme consensuel, à l’abri de la controverse et de l’abjection.

Une posture pour laquelle je ne suis pas qualifiée.

En cette époque de polarisation et de « campisme » de plus en plus débridés, c’est tentant de simplement se retirer pour ignorer le bruit. Et de s’en remettre aux personnes qui paraissent neutres, modérées, pour ramener le calme.

Mais faire la part des choses, ménager la chèvre et le chou entre des personnes qui exercent du pouvoir sur d’autres et celles qui subissent ce pouvoir, c’est invariablement faire le choix de laisser libre cours à la violence.

La banalité du mal

Ce qui semble être le discours des extrêmes n’est souvent qu’un déplacement de la fenêtre d’Overton : des propos impensables à prononcer publiquement il y a peu sont devenus de simples opinions, des questionnements légitimes. Ce qui paraît à première vue être une polarisation n’est souvent que le signe d’une réaction de plus en plus alarmée à ce redoublement de la haine opéré au détriment de populations vulnérables.

Et quand ces gens se retrouvent acculés, on leur reproche l’indignité de leur désespoir.

Ménager la chèvre et le chou, c’est invariablement faire le choix de laisser libre cours à la violence.

C’est une stratégie utile sur le plan rhétorique. S’assurer que l’adversaire paraisse déraisonnable, hystérique, monstrueux. Isoler la victime tant et si bien qu’elle se voit contrainte à choisir entre l’honneur ou la survie, en sachant que si elle survit, elle sera honnie de toustes.

C’est la tactique utilisée par les TERF, les nationalistes, les conservateurs, les suprémacistes blancs, les islamophobes, les antisémites. Bref, l’extrême droite.

C’est aussi la tactique du gouvernement d’Israël.

Contre le campisme

Il y a des voies politiques viables en dehors du « juste milieu » ou du campisme. Ça demande de refuser les évidences et les facilités rhétoriques et de chercher la vérité.

Et même si la vérité n’a pas de valeur morale en soi, elle peut faire peser le poids de la responsabilité sur ceuzes qui ont effectivement du pouvoir et elle pousse à agir. C’est à ce que chacun·e fait de son pouvoir qu’on évalue sa valeur morale.

Je n’ai pas beaucoup de pouvoir, mais j’essaie de l’honorer.

À celles et ceux qui souhaitent le bien du peuple palestinien, j’invite à combattre la guerre, tous azimuts. Manifestations, boycotts, sanctions, pression diplomatique : tout devrait être bon pour sauver la population de Gaza du désastre. Si le Hamas est difficile à atteindre, il est au moins possible de faire pression sur Israël et ses alliés.

Il n’y aura pas de paix entre ces deux camps d’extrémistes religieux. Peu importe qui l’emporte, tout le monde perd.

Le pacifisme est une position politique radicale.

Le meilleur espoir pour la Palestine repose sur un changement de gouvernement à la Knesset et une reprise des pourparlers de paix. La gauche doit se ranger derrière le camp de la paix et soutenir celleux qui tiennent tête tant aux islamistes qu’à la coalition d’extrême droite de Netanyahu.

Le pacifisme est une position politique radicale qui exige de combattre les ennemis de la paix et de la justice. Il ne s’agit ni d’un compromis entre deux positions ni de choisir un camp. C’est ouvrir un nouveau front de lutte qui ne se limite pas aux belligérants en présence, en refusant les faux dilemmes imposés par l’autoritarisme violent.

La soi-disant polarisation de l’espace public ne devrait pas nous paralyser ou nous pousser au compromis avec des tyrans. Elle devrait plutôt nous inviter à nous questionner sur les intérêts qui favorisent une telle polarisation et à redoubler notre engagement pour la vérité, la liberté, la justice et la paix.

Cette chronique est dédiée aux plus de 2000 victimes civiles du Hamas et des Forces de défense israéliennes.