Malgré les murs, malgré les barbelés, en dépit d’une frontière militarisée à outrance et d’un régime d’occupation militaire qui impose une surveillance constante et omniprésente de la vie de tou·tes les Palestinien·nes – un appareil sécuritaire et militaire parmi les plus puissants et oppressifs au monde –, malgré tout cela, samedi dernier, des centaines de civil·es israélien·nes ont payé de leur vie la stratégie meurtrière et désastreuse du gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyahou.
Pour le peuple juif à travers le monde – moi inclus –, ces images ont provoqué un profond désarroi, une peine incommensurable. Comme chaque fois que des civil·es, peu importe leur confession ou leur origine « nationale », deviennent les dommages collatéraux dans cet odieux, interminable et impardonnable conflit.
Cependant, il serait bien de rappeler à certain·es, qui exigent la condamnation sans équivoque de morts israéliens, mais qui sont resté·es muet·tes pendant des années devant le sort réservé au peuple palestinien, qu’iels font partie du problème!
Une crise d’amnésie
Dans le soubresaut provoqué par les images éprouvantes de centaines de civil·es massacré·es, de villages entiers vidés de vie, de corps amorphes jonchant le sol du sud d’Israël, nos médias et notre classe politique semblent être entrés dans une crise d’amnésie aigüe.
C’est comme si la classe médiatique et politique canadienne et québécoise s’était soudainement rendu compte qu’il y avait une guerre dans cette lointaine contrée de Palestine/Israël. Comme si cette guerre s’était éveillée d’une longue dormance, tout d’un coup, abruptement. Pourtant, depuis le début de l’année, c’est au rythme d’un mort par jour – minimum – que vit le peuple palestinien.
Samedi matin a été un réveil brutal.
Tant bien que mal – un peu comme nos médias et notre classe politique –, le gouvernement israélien a essayé d’oublier le « problème Palestinien », d’en faire abstraction, comme le dit l’historien Rashid Khalidi.
Les efforts de l’État israélien pour « normaliser » les relations diplomatiques entre Tel-Aviv et l’Arabie saoudite, après les normalisations avec le Maroc et les Émirats arabes unis, étaient la pierre angulaire de cette nouvelle réalité artificielle dans laquelle Netanyahou pensait pouvoir plonger la région. Un Moyen-Orient havre de paix – et la Palestine subjuguée, oubliée.
Samedi matin est venu réveiller brutalement la population de ce sommeil artificiel.
Nier l’existence et la souffrance palestiniennes
La Palestine peut être effacée de Google Maps, on peut tenter d’annuler son existence diplomatique, contester sa généalogie historique, mais elle résiste en chair et en os! La nation palestinienne existe à Gaza, dans les territoires occupés, dans la population palestinienne qui persiste à l’intérieur des frontières de l’État israélien, dans les camps de réfugié·es au Moyen-Orient et dans la diaspora à travers le monde.
Nier ce fait simple que la Palestine existe est le principal objectif de Benyamin Netanyahou depuis le début de sa carrière politique. C’est son carburant, sa monnaie et son capital politique.
La nation palestinienne existe.
Nier l’existence de la Palestine permet aux extrémistes comme Netanyahou de justifier le refus de reconnaître au peuple palestinien ses aspirations de justice, de dignité, de liberté, comme n’importe quel autre peuple au monde.
Pire, c’est se donner une excuse pour commettre les pires exactions, les pires crimes – après tout, comment commettre un crime contre une nation fictive?
La sécurité par les crimes de guerre?
Est-ce que tout cela rendra les citoyen·nes d’Israël plus en sécurité?
Est-ce que le blocus de la bande de Gaza depuis 2007 a défait la menace « existentielle » que représentait le Hamas pour Israël? Est-ce que les presque vingt opérations militaires menées depuis 2006, avec leur part de pilonnage, de massacres, de meurtres de civil·es innocent·es, est-ce que tout cela a empêché les massacres de samedi?
Est-ce que le meurtre d’enfants israéliens saura justifier le meurtre d’enfants palestiniens?
Netanyahou, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir et le ministre de la Défense Yaov Gallant – qui affirme être en guerre contre des « animaux humains » alors qu’il ordonne le bombardement indiscriminé de la bande de Gaza – n’ont rien à envier à la propagande du Hamas en termes de verve déshumanisante.
Est-ce que tout cela a empêché les massacres de samedi?
On peut aussi se poser des questions sur les prétentions de certains ministres qui siègent actuellement au sein du cabinet israélien. Croyons-nous qu’Itamar Ben-Gvir, par exemple, qui a été par le passé condamné pour incitation à la haine contre les Palestinien·nes par les tribunaux israéliens, qui jusqu’à tout récemment avait dans son bureau un autel en l’honneur du terroriste Baruch Goldstein ayant assassiné 29 fidèles musulmans et blessé plus de 125 autres lors du massacre de Hébron – croyons-nous vraiment ce que cet homme souhaite sincèrement la paix?
Croyons-nous qu’une personne qui applaudit le terrorisme juif peut véritablement combattre efficacement le terrorisme en général?
Liberté, justice et sécurité pour tou·tes, de la rivière à la mer
Bien que le cabinet extrémiste dirigé par Netanyahou ne veuille pas le reconnaître, la sécurité des Palestinien·nes est intimement, symbiotiquement liée à la sécurité des Israélien·nes. Sans sécurité pour les Palestinien·nes, il ne saurait avoir une véritable « sécurité » pour les Israélien·nes.
Il est évident que la notion de sécurité, ici, est indissociable des notions de dignité, de liberté et d’autodétermination. Est-ce que la sécurité est une question purement militaire, ou est-ce qu’elle dépasse ce cadre pour inclure le respect de la vie et l’accès aux besoins essentiels pour assurer la vie?
Est-ce que les Israélien·nes pourraient vivre dans un contexte de constant dénigrement, de perpétuel piétinement de leurs droits humains les plus basiques? Le gouvernement appellerait-il cela de la « sécurité »?
Sans sécurité pour les Palestinien·nes, il ne saurait avoir une véritable « sécurité » pour les Israélien·nes.
L’actuel gouvernement israélien se targue d’être le plus féroce quand il est question de la sécurité des Israélien·nes – et pourtant, samedi dernier était la journée la plus meurtrière de l’histoire israélienne. Justement parce que l’écrasement, l’humiliation quotidienne, la subjugation du peuple palestinien met en péril la sécurité de tout·es, incluant les Israéliens.
Arrivé à cette conclusion, la solution semble simple : si c’est la sécurité qu’Israël recherche, alors mettons fin à l’occupation, au blocus et au régime d’apartheid imposé au peuple palestinien.