Au Québec, les personnes qui s’endettent trop le font principalement pour compenser un manque de ressources, plutôt qu’en raison de mauvaises connaissances financières, selon une nouvelle étude.
Au Québec, 22 % des adultes endetté·es ont de la difficulté à rembourser leurs dettes, dont 2 % qui se disent carrément incapables de le faire, selon une récente étude de l’Institut national de recherche scientifique (INRS).
La majorité d’entre eux et elles ont contracté ces dettes pour pallier un manque de ressources, souvent après avoir subi des circonstances difficiles comme une perte d’emploi, un divorce ou un séjour prolongé à l’hôpital, constate l’analyse.
Cette observation contraste avec une grande partie de la littérature scientifique qui considère plutôt que le problème de l’endettement en serait surtout un de protection du consommateur financier, explique Maude Pugliese, qui a dirigé l’étude.
« [Ces études] considèrent que le problème fondamental serait qu’il y a trop de produits d’endettement de toutes sortes [qui nous sont offerts] et que puisque la majorité d’entre nous n’avons pas des connaissances financières très aiguisées, c’est comme si on se faisait prendre », illustre-t-elle.
« Si les gens se retrouvent surendettés, c’est souvent parce qu’ils sont dans une situation difficile. »
Maude Pugliese, chercheuse à l’INRS
Cela ne veut pas dire que le manque de connaissances financières et les habitudes de consommation ne contribuent pas à l’endettement, mais ce type de facteur serait loin d’en être la cause principale, selon l’étude.
Un accès inégal au crédit
« Ce qu’on constate plutôt, c’est que les gens qui vont chercher des prêts très peu avantageux le font généralement parce qu’ils n’ont pas d’autres choix », ajoute Maude Pugliese. Une différence dans l’accès au crédit qui contribue à renforcer les inégalités.
Par exemple, un homme d’une cinquantaine d’années qui a payé sa maison puis perd son emploi aura fort probablement plusieurs offres de crédit pour l’aider à passer à travers les temps difficiles. Une nouvelle arrivante locataire avec peu ou pas d’historique de crédit qui se retrouve dans la même situation aura quant à elle beaucoup moins d’options : elle risque de se retrouver avec de lourds intérêts qu’elle paiera longtemps, illustre la chercheuse.
« Les gens qui vont chercher des prêts très peu avantageux le font généralement parce qu’ils n’ont pas d’autres choix. »
Maude Pugliese
Certains groupes plus à risque
Si le surendettement est souvent lié à des circonstances personnelles, plusieurs facteurs démographiques entrent également en ligne de compte. Si bien que certains groupes se retrouvent surreprésentés parmi les personnes qui peinent à payer leur dette.
Notamment chez les jeunes (34 % des 18 à 34 ans avec des dettes ont de la difficulté à les payer, contre 18 % des 55 à 59 ans), les personnes racisées (38 %, contre 24 % pour les personnes blanches) et les personnes seules (32 %, contre 21 % pour les personnes en couple sans enfant).
Les parents seuls (42 %) et vivant dans une famille recomposée (30 %) sont également plus touchés par le surendettement.
Des inégalités renforcées par l’inflation
Les chercheur·euses ont aussi observé l’effet de la forte inflation des deux dernières années sur l’endettement des Québécois·es. Résultat : dans l’ensemble, nous sommes moins endetté·es, mais plus de personnes ont des difficultés sévères pour rembourser leurs prêts.
Une situation qui peut paraître contradictoire, mais qui cache deux réalités bien différentes, explique Maude Pugliese. « En raison de la hausse des taux d’intérêt, les personnes qui en ont les moyens remboursent une partie de leur dette, ce qui fait baisser les taux d’endettement. Mais pour celles qui avaient déjà de la difficulté, la situation est vraiment plus difficile », précise-t-elle.
Pour réduire l’endettement… soutenir le revenu
« Finalement, ce que notre recherche a montré, c’est que si les gens se retrouvent surendettés, c’est souvent parce qu’ils sont dans une situation difficile. Si la précarité et la vulnérabilité sont là et que les services publics ne sont pas tant là, ça ne laisse pas beaucoup d’options », remarque Maude Pugliese.
C’est pourquoi, pour elle et son équipe, si les gouvernements souhaitent intervenir pour réduire les problèmes liés au surendettement, la solution devra inclure une bonification des programmes de soutien au revenu, comme les programmes d’assurance chômage, d’invalidité et d’aide sociale.