Faire briller l’industrie cinématographique indépendante noire, tout en sensibilisant le public aux réalités vécues par les communautés racisées : voilà la visée du Festival international du film black de Montréal, qui débute jeudi.
Le Festival international du Film black de Montréal (FIFBM) a lieu du 27 septembre au 1er octobre dans la métropole. Cette 19e édition du festival, fondé en 2005 par la Fondation Fabienne Colas, sera présentée en ligne et en personne.
Au total, on y présentera 75 films de tous les genres; notamment des courts et moyens-métrages, des longs-métrages documentaires et des longs-métrages de fiction. Les œuvres proviennent de 20 pays, dont la Belgique, le Botswana, le Canada, la France, la Guinée-Bissau, l’Italie et le Kenya.
Les films seront présentés dans divers cinémas participants, et la Maison d’Haïti, la Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord et l’Afromusée se sont aussi ralliés au festival. Les projections seront suivies d’échanges avec les réalisateur·trices et acteur·trices présent·es.
La porte-parole du festival, Schelby Jean-Baptiste, comédienne, autrice et animatrice d’origine haïtienne, propose ses recommandations. « Le film d’ouverture, Space Race est important. Il raconte l’histoire méconnue des premiers astronautes noirs et de leur lutte pour briser les barrières raciales. »
Elle suggère aussi le documentaire A Story of Bones, qui aborde de front le sujet difficile des victimes du colonialisme. L’œuvre revient sur la découverte des corps de milliers d’esclaves sur l’île Sainte-Hélène, au Royaume-Uni, lors de la construction d’un aéroport et suit le parcours de celles et ceux qui ont tenté de leur rendre justice. « Les faits présentés démontrent que les personnes noires peuvent rarement livrer leur version de l’histoire », souligne Mme Jean-Baptiste.

Faire sa place
Il y a à peine trois ans, les voix des personnes des communautés afro-descendantes n’étaient toujours pas entendues, rappelle Schelby Jean-Baptiste. « On se levait encore pour dire Black Lives Matter […] Le racisme n’est pas terminé – d’où toute l’importance de cette initiative », d’un festival consacré à faire connaître la culture black.
Les obstacles et les injustices vécus n’ont pas freiné l’envie des cinéastes noir·es de créer, d’oser et de raconter leurs histoires. Mais si les premiers films blacks, réalisés par le cinéaste afro-américain Oscar Micheaux, remontent au début des années 1900, le manque de représentativité dans l’industrie cinématographique est encore aujourd’hui flagrant.
« Il est possible de créer sa place lorsque nous n’avons pas notre place. »
Schelby Jean-Baptiste
Schelby Jean-Baptiste explique que le FIFBM contribue à accroître la visibilité des films provenant des créateur·trices des communautés noires qui n’ont malheureusement pas été sélectionnés dans les autres festivals. Le Festival du film black « nous rappelle qu’il est possible de créer sa place lorsque nous n’avons pas notre place », croit-elle.
« Cette volonté de présenter du contenu qui est rarement vu au Québec représente bien la force de ce festival », souligne Mme Jean-Baptiste. « Ça nous met de l’avant, c’est valorisant pour les artistes. »