Censées prévenir l’itinérance, les escouades mixtes auraient un impact négatif non seulement sur les personnes itinérantes, mais aussi sur les intervenant·es. Certaines recommandations, dont le fait de mettre en place une escouade entièrement civile, sont proposées dans le rapport.
Le rapport Innovation ou extension de la répression, dirigé par Ted Rutland, professeur à l’Université Concordia, en collaboration avec le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), est basé sur les témoignages de 38 intervenant·es social·es ou du réseau de la santé.
Depuis leur création en 2009, les escouades mixtes se sont multipliées à Montréal pour répondre aux enjeux de profilage social envers les personnes itinérantes notamment, mais elles ne répondent pas au problème pour plusieurs raisons, selon le rapport.
Accompagnée ou pas d’un·e intervenant·e, la police garde son statut d’oppresseur pour les personnes en situation d’itinérance. Cela peut même entraver la relation de bienveillance qui a été créée avec l’intervenant·e.
La présence d’escouades mixtes augmente tout de même la présence policière dans l’espace public, de même que la criminalisation des personnes itinérantes. La police continue de criminaliser des situations comme une personne qui dort sur un banc ou qui boit dans la rue, ce qui augmente le stress des personnes itinérantes et les rend plus hostiles à d’autres interventions visant à les aider.
« Ça amène une confusion des rôles », exprime Jérémie Lamarche, organisateur communautaire du RAPSIM. Les personnes ciblées par les escouades mixtes se demandent « c’est qui l’intervenant·e à qui je peux faire confiance? À qui je peux vraiment exprimer mes besoins sans que ça me retourne dans la face? » illustre M. Lamarche.
L’une des quatre escouades dites mixtes mises en place à Montréal, l’Équipe mobile de médiation en intervention sociale (EMMIS) est en soi une escouade civile ne comportant pas de policiers. Mais comme elle est notamment appelée à agir pour répondre aux plaintes de citoyen·nes, elle est ainsi très critiquée par les intervenant·es, car elle ne serait pas neutre envers les personnes itinérantes.
Le rapport expose certaines recommandations, dont la suppression des escouades mixtes pour transférer leur financement, jugé disproportionnellement élevé, directement aux groupes communautaires.
Une autre recommandation est de faire une consultation publique visant à remplacer toutes les escouades mixtes par une escouade entièrement civile et neutre. Celle-ci pourrait répondre aux appels 911 concernant les personnes itinérantes, les situations n’impliquant pas d’infraction criminelle et les enjeux de consommation de drogues.
« Il faut une escouade civile qui ne patrouillera pas les rues comme le fait EMMIS et qui ne démantèlera pas les campements de personnes itinérantes comme EMMIS, » explique Jérémie Lamarche.