La multinationale qui contrôle discrètement le géant canadien de l’exploitation forestière

Une enquête de Greenpeace révèle l’identité du groupe inquiétant derrière la plus grosse forestière au Canada.

Oona Barrett Vidéojournaliste · Pivot
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Le nouveau géant de l’exploitation forestière au Canada, Paper Excellence, est discrètement contrôlé par le groupe Sinar Mas, une société de portefeuille privée basée en Indonésie et liée à de la déforestation massive et à des conflits sociaux. C’est ce que révèle une enquête rendue publique par Greenpeace Canada.

Possédant des usines dans la moitié des provinces canadiennes, Paper Excellence est en pleine croissance. Elle est en train de faire l’acquisition de Produits forestiers Résolu, l’une des plus grosses papetières au pays, critiquée pour son exploitation inconsidérée de zones sensibles de la forêt boréale.

L’achat de Résolu par Paper Excellence doit se conclure dans les prochaines semaines : Paper Excellence deviendra alors l’entreprise forestière ayant le plus gros chiffre d’affaires au Canada.

« Maintenant plus que jamais, nous avons besoin d’une plus grande protection et d’une plus grande surveillance. Nous avons donc besoin de comprendre qui bénéficie de cela et aussi qui les gens peuvent tenir responsable en ce qui concerne les enjeux de travail, comme les syndicats et les pensions. Mais dans notre cas, notre véritable préoccupation est de savoir comment tenir responsable  cette compagnie en matière de déforestation et de pratiques environnementales », explique Priyanka Vittal, conseillère juridique de Greenpeace Canada.

Malgré la structure complexe et opaque de Paper Excellence, les investigations de Greenpeace se sont basées sur des facteurs tels que les liens familiaux, le chevauchement des systèmes de gestion et les déclarations de lobbyistes pour démontrer que Paper Excellence est contrôlée par la multinationale Sinar Mas.

Pour la conseillère juridique de Greenpeace, il faut se poser plusieurs questions en ce qui concerne la structure de cette entreprise afin d’obtenir des réponses sur leurs intentions vis-à-vis de l’environnement et des peuples autochtones vivant dans les régions touchées par la déforestation.

« Nous ne pensons pas qu’ils essaient délibérément de cacher quelque chose, mais nous essayons de démontrer que Paper Excellence en particulier a une structure d’entreprise très complexe, et nous devons nous demander pourquoi », dit Priyanka Vittal.

En effet, une autre filiale forestière de Sinar Mas, Asia Pulp & Paper (APP), a été liée à une déforestation importante, notamment en Indonésie, et impliquée dans des conflits sociaux avec les communautés autochtones occupant la forêt.

« Par exemple, APP a été responsable de la déforestation de deux millions d’hectares entre 1984 et 2010, malgré sa politique sur la déforestation, et a été rappelée à l’ordre par d’autres organisations pour sa déforestation extensive. APP n’est plus certifiée par le Forest Stewardship Council non plus », rapporte Priyanka Vittal.

Alors que Sinar Mas et APP continuent de nier les révélations de Greenpeace, il faudra surveiller si cette nouvelle influencera la décision des institutions financières qui prêtent des milliards  à Paper Excellence.

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