Après les révélations concernant la place majeure accordée au cabinet-conseil McKinsey par le gouvernement Legault durant la pandémie, des groupes dénoncent l’ingérence antidémocratique de la firme privée dans les décisions publiques.
Une nouvelle enquête de Radio-Canada a révélé qu’en 2020 et 2021, McKinsey a eu accès à un nombre significatif de données confidentielles et a œuvré un peu partout au sein de l’État : de la cellule de crise de François Legault aux ministères de la Santé et de l’Économie en passant par l’Institut national de santé publique.
La firme guidait le gouvernement dans sa gestion de crise, pour planifier la vaccination, le déconfinement et même la relance économique. À plusieurs reprises, les annonces du gouvernement en point de presse étaient directement issues des conseils de McKinsey.
Pendant ce temps, McKinsey travaillait aussi pour d’autres clients, notamment des entreprises pharmaceutiques comme Pfizer, ce qui pouvait la placer en conflit d’intérêt.
Le rôle de cette firme privée a longtemps été caché par le gouvernement. Aujourd’hui, on se pose la question de sa légitimité démocratique.
La Ligue des droits et libertés (LDL) et le Syndicat des professionnel·les du gouvernement du Québec (SPGQ) s’inquiètent de la place majeure prise par le cabinet-conseil privé McKinsey dans la gestion de la pandémie au Québec.
« Ce qui est sûr, c’est que McKinsey, son rôle, c’est faire des sous, sécuriser un certain marché, et pour moi c’est incompatible avec le fait de mettre en avant les intérêts des citoyen·nes », explique la présidente de la LDL, Alexandra Pierre.
« Même quand il y a un appel à des expertises externes, il y a quelqu’un qui devrait rester responsable pour que la démocratie s’applique », dit-elle.
Les professionnel·les de la fonction publique déplorent que le gouvernement ait dépensé une fortune pour des services qui auraient pu être mieux rendus par les employé·es de l’État, et d’une manière plus respectueuse de la démocratie.
« On est au cœur des dossiers, de l’action et de notre organisation. Toutes les spécificités et toutes les implications, on les connaît. On est les mieux placés pour donner des indications claires, donc c’est vraiment démoralisant », dénonce Lydia Martel, présidente du SPGQ.
« Si on les écoutait [les employé·es de l’État], on aurait plus de chance de concevoir et de mettre en œuvre des projets adaptés aux besoins du public », ajoute-t-elle.
« Je n’ai rien contre faire appel à une firme externe pour coordonner et conseiller, mais ce n’est pas elle qui doit mener la barque », conclut Lydia Martel.
François Legault a dit que c’était la haute fonction publique qui avait décidé d’embaucher McKinsey et que pour la gestion de la pandémie, lui et son équipe prenaient les décisions « en bout de ligne ».
Tous les partis d’opposition réclament maintenant une enquête publique indépendante sur le recours au cabinet-conseil privé pour la gestion de la pandémie au Québec.