Capture d'écran : Pivot
Vérification

PCQ : quatre affirmations trompeuses en moins de 15 minutes

Pivot a vérifié certaines affirmations lancées lors du dernier « live » hebdomadaire du Parti conservateur d’Éric Duhaime.

Au Parti conservateur du Québec, le « live » du mardi soir est un rendez-vous hebdomadaire en ligne pour les partisan·es et militant·es, animé par Éric Duhaime et d’autres figures importantes du parti. Cette semaine, Éric Duhaime était absent et c’est Anne Casabonne, candidate dans Iberville, qui en assurait l’animation.

Pivot a noté quatre affirmations trompeuses ou prêtant à confusion dans les 15 premières minutes uniquement.

Sur l’embauche de « 90 000 » nouveaux fonctionnaires

Expliquant la manière dont le PCQ prévoyait financer ses promesses de baisse d’impôt, Karine Laflamme, candidate dans Lévis, a affirmé : « Quand on regarde les quatre dernières années, c’est 90 000 emplois qui ont été créés dans la fonction publique. » Selon elle, ces emplois viennent « siphonner des emplois dans l’entreprise privée » et il faudrait « faire le ménage dans la fonction publique ».

Durant le même événement, le Dr Karim Elayoubi, candidat dans Argenteuil, a quant à lui déclaré que la CAQ avait ajouté 70 000 nouveaux fonctionnaires.

Ces affirmations font écho à celle du chef du parti, Éric Duhaime, qui affirmait en mars que Québec avait embauché 72 000 nouveaux employés de l’État.

« La réalité est que nous avons créé plus d’emplois dans la fonction publique que dans nos entreprises privées et organismes communautaires », a ajouté Karine Laflamme, contactée par Pivot. Elle déplore par exemple que le CISSS de sa région ait créé des emplois en prévention en santé mentale alors que des organismes communautaires offraient ce service.

Questionnée sur ses sources, Mme Laflamme nous a référé à des données de Statistique Canada. En effet, sur cette page, on peut constater que la « fonction publique » a augmenté de 95 100 personnes en quatre ans.

Le hic? La définition de « secteur public » utilisée par Statistique Canada pour ce calcul est très large : elle inclut toutes les « personnes qui travaillent pour une administration municipale, provinciale ou fédérale, un organisme ou un service public, une société d’État ou un établissement financé par l’État comme une école (incluant les universités) ou un hôpital ».

L’utilisation du mot « fonctionnaire » pour référer aux infirmières, monteur·euses de ligne d’Hydro-Québec, professeur·es et autres, ainsi qu’au personnel du gouvernement fédéral et des municipalités prête à confusion et ne dit rien sur la nature et l’utilité de ces emplois. De plus, il est difficile de blâmer la CAQ pour les emplois créés aux paliers fédéral et municipal.

Selon les données du Conseil du Trésor, la fonction publique québécoise, définie comme réunissant « les employés pour tous les ministères et pour de nombreux organismes dont le personnel est assujetti à la Loi sur la fonction publique », compterait environ 52 000 employé·es équivalents temps complets (ETC) régulier·ères et environ 8 000 occasionnel·les. Leur nombre total est donc inférieur à l’augmentation alléguée par les candidat·es du PCQ.

L’augmentation des effectifs réguliers a été d’environ 7000 ETC durant les quatre dernières années.

Sur la rémunération des proches aidant·es

L’ancienne députée du comté d’Iberville, Claire Samson, est passée faire un tour au « live » de cette semaine.

« Je ne suis pas certaine, mais je pense que c’est Québec solidaire qui a proposé de rémunérer les proches aidants. […] On sait qu’il y a beaucoup d’abus qui se fait auprès des personnes âgées, surtout monétairement, par les proches aidants. Si on se met à rémunérer les proches aidants, est-ce qu’il va falloir créer la police des proches aidants? » a-t-elle questionné.

Nathalie Déziel, directrice du Regroupement des aidantes et aidants naturels de Montréal, n’est pas d’accord. « On sait que les abus, la maltraitance ou les agressions viennent toujours ou presque de quelqu’un de l’entourage, mais de là à dire que ce sont ceux qui donnent des soins qui sont les plus responsables, c’est grossier. »

Comme les « live » du PCQ sont rarement ennuyeux, Anne Casabonne est intervenue pour répondre à Claire Samson : « Je pense que ça [la rémunération des proches aidant·es], on le propose aussi, Claire. » Mme Casabonne a poursuivi en affirmant que le PCQ propose de « donner de l’argent à la hauteur de ce que cela nous coûterait de mettre la personne en institution, pour rapprocher les familles. Chiale pas trop contre Québec solidaire là-dessus », a-t-elle mis en garde.

Toutefois, dans sa plateforme électorale, le PCQ ne propose pas de rémunérer les proches aidant·es, mais plutôt de bonifier le crédit d’impôt auquel ils et elles ont droit. « Les crédits d’impôt sont destinés à ceux qui payent des impôts. Ainsi ça n’aide pas les gens qui sont, par exemple, sur l’aide sociale », explique Nathalie Déziel.

Dans son plan, QS propose bel et bien une allocation qui s’ajouterait au crédit d’impôt existant, soit une forme de salaire pouvant aller jusqu’à 15 000 $.

Sur l’imposition des gens gagnant plus de 60 000 $

La déclaration la plus surprenante a été lancée par Anne Casabonne : « QS veut qu’aussitôt que [quelqu’un gagne] 1 $ en haut de 60 000 $, ce soit 100 % imposable. Ils n’en parlent pas nécessairement, ils disent seulement qu’ils veulent augmenter le fardeau fiscal des plus riches. »

Nous ne savons pas d’où vient ce chiffre. Québec solidaire a annoncé mardi sa proposition d’instaurer un « impôt sur les grandes fortunes ». Cet impôt viserait les contribuables ayant un avoir net de plus d’un million $, en appliquant au-delà de ce stade une taxe spéciale allant de 0,1 % à 1,5 %. Ainsi, avec ce plan, une personne détenant un avoir net de 2 millions $ devrait payer 1000 $ d’impôt supplémentaire.

Sur une taxe pour que les non-vacciné·es aient accès aux soins

En introduisant le Dr Karim Elayoubi, Mme Casabonne a affirmé que François Legault n’a pas la légitimité pour critiquer le PCQ sur l’universalité des soins de santé, car il « voulait imposer une taxe pour que les non-vaccinés aient accès à des soins ».

Il est vrai que le gouvernement de la CAQ a envisagé l’instauration d’une « contribution santé » pour les personnes non adéquatement vaccinées. L’annonce avait été faite en janvier 2022. Cette contribution aurait été modulée selon le revenu. Par contre, le paiement de cette taxe n’était pas une condition pour conserver l’accès aux soins de santé. Quelques semaines plus tard, le projet a été abandonné.