Alexis Bataillé Journaliste indépendant
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En plus d’un aménagement urbain qui rend la voiture reine et du manque de financement chronique du transport en commun, les usager·ères du métro de Longueuil et de Laval doivent, depuis peu, ajouter une refonte des prix à leur liste d’obstacles.

« Comment ça 5,25 $? », ont dû s’exclamer bon nombre de banlieusard·es, le 1er juillet dernier, devant la hausse de 1,75 $ par passage qui les attendait à la station de métro.

La hausse de prix peut être d’autant plus frustrante qu’elle ne s’applique pas uniformément, soulignent Axel Fournier, porte-parole de l’Association pour le transport collectif de la Rive-Sud (ATCRS), de même que Marie Magistry, qui a lancé la pétition intitulée « Contre l’augmentation des tarifs du billet de métro aux stations de Longueuil et de Laval ».

« Ça me coûte 5,25 $ pour prendre le métro de Longueuil à Berri, et pourtant c’est juste 3,50 $ [pour quelqu’un qui embarque] à Honoré-Beaugrand, qui est beaucoup plus loin », illustre l’instigatrice de la pétition, qui avait emménagé près du métro de la Rive-Sud pour faciliter ses déplacements.

Même s’il qualifie de « bizarre » cette tarification qui ne prend pas en compte les distances parcourues, Gérard Beaudet, professeur d’urbanisme à l’Université de Montréal, estime que l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) n’a pas eu le choix de revoir les prix à la hausse.

D’après M. Beaudet, la responsabilité revient à l’administration Legault. « C’est le gouvernement du Québec qui continue de surinvestir dans l’automobile et qui ne fait pas ce qu’il faut en transport collectif. »

Même son de cloche à l’ATCRS. Axel Fournier explique que l’ARTM avait initialement conçu un plan stratégique cohérent pour développer le service. Toutefois, Québec n’étant pas prêt à débourser les fonds nécessaires, le gouvernement aurait conséquemment renvoyé l’équipe de l’ARTM à sa table à dessin, relate-t-il.

Le cercle vicieux de l’automobile

Mais ce n’est pas que le manque de financement qui complique le développement du transport en commun en banlieue : l’aménagement urbain est aussi en cause.

Selon Gérard Beaudet, nous nous sommes piégé·es en développant des banlieues à l’américaine, centrées autour de l’automobile.

On se retrouve aujourd’hui avec un cercle vicieux difficile à briser : « Plus on accommode l’automobile, plus elle prend sa place », résume-t-il.

Plus encore, en créant de l’espace pour la voiture, on réduit la densité de population, ce qui rend difficile l’établissement de transport en commun viable, décrit M. Beaudet.

Dense, mais intelligent

Briser le moule ne se fera qu’à moyen et long termes, prévient le professeur.

Pour ce faire, lui et M. Fournier proposent la même solution : réformer les règlements de zonage qui imposent les logements unifamiliaux en banlieue, dans le but de faciliter la densification.

M. Beaudet et M. Fournier mettent toutefois en garde contre certaines formes de densification. Si par exemple, plutôt que de faire un quartier dense, on bâtit quelques tours, non seulement les nouvelles habitations ne seront pas un milieu de vie agréable, mais les résident·es risquent de demeurer dépendant·es de l’automobile. 

En effet, explique M. Beaudet, si dans tout un quartier dense, les transports en commun s’imposent, un quartier à « densité parsemée » (soit des amoncellements de tours dans un milieu où la densité partout autour demeure basse) ne sera pas aussi facilement desservi par des transports en commun – sauf si les tours sont construites sur le chemin déjà établi d’un autobus.

De la mobilité à la fiscalité

Pour limiter l’étalement urbain, bon nombre de maires et de mairesses réclament une réforme sur les taxes foncières, de manière à créer des incitatifs financiers qui favorisent la densification.

« Un grand vice de la fiscalité, c’est que si vous habitez dans un condo qui vaut 400 000 $ situé dans une zone relativement dense, vous allez payer les mêmes taxes que quelqu’un qui vit dans un bungalow au même prix – mais ça va coûter pas mal plus cher à la ville de desservir la maison unifamiliale », critique M. Beaudet.

Le gouvernement Legault refuse toutefois de revoir la fiscalité des municipalités.

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