Photo : Daniel Oberhaus (2018) | CC-BY 2.0

Elon Musk veut bien soulager la faim dans le monde, mais seulement si l’ONU accepte ses conditions

L’attitude de l’homme le plus riche au monde illustre les impasses du « capitalisme philanthropique », selon la professeure Maïka Sondarjee.

Elon Musk a vraisemblablement rejeté un appel à l’aide direct que lui a lancé le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM). Le PAM demandait 6 milliards $ US : ce montant équivaut à 2% de la fortune personnelle d’Elon Musk et permettrait d’éviter la famine à 42 millions de personnes.

La semaine dernière, en entrevue avec CNN, le directeur du PAM David Beasley invitait les milliardaires du monde à faire une contribution exceptionnelle à son organisation. En effet, la pandémie, les changements climatiques et les conflits violents créent actuellement une « tempête parfaite » qui pousse 42 millions de personnes vers la famine en Afghanistan, en Amérique centrale ou encore en Éthiopie. Le PAM a donc un besoin urgent de 6 milliards $ supplémentaires, en plus de son budget habituel, a précisé sur Twitter David Beasley.

David Beasley s’adressait particulièrement à Jeff Bezos et Elon Musk. Ce dernier a entendu l’appel et a réagi dimanche : « Si le PAM peut décrire exactement, sur ce fil Twitter, comment 6 milliards $ vont résoudre la faim dans le monde, je vendrai des actions de Tesla immédiatement et le ferai. » Il a aussi exigé « une comptabilité open source, pour que le public voie précisément comment l’argent est dépensé ».

David Beasley a rapidement répondu à Elon Musk. Il s’est dit prêt à rencontrer sur-le-champ le milliardaire et a assuré que son organisation avait tous « les systèmes en place pour garantir la transparence ». Les données sur les activités du PAM sont en effet accessibles au public.

Mais le milliardaire américain s’est montré inflexible, exigeant que le directeur du PAM expose directement sur Twitter les plans de dépenses de son organisation.

David Beasley a répété sa volonté de rencontrer Elon Musk et s’est dit ouvert à montrer ses plans et son budget au potentiel donateur, tout en indiquant que Twitter n’était pas l’endroit idéal pour ce faire. Depuis, l’homme le plus riche du monde a cessé de répondre au directeur du PAM et rien n’indique qu’il ait changé d’idée et accepté de le rencontrer.

Charité ou redistribution?

Pour Maïka Sondarjee, professeure à l’École de développement international et mondialisation de l’Université d’Ottawa, cette histoire est révélatrice. « Le PAM est obligé de quémander de l’argent aux ultra-riches » parce que l’organisation manque de moyens et, pendant ce temps, « le système permet à des gens d’accumuler des richesses énormes » sans réelle obligation de les partager, expose Maïka Sondarjee.

« C’est vraiment triste qu’on en soit rendu là. »

Maïka Sondarjee, professeure à l’université d’Ottawa

La professeure juge que les grandes organisations comme le PAM permettent de coordonner les efforts mondiaux contre la faim, tout en assurant un minimum de transparence et de contrôle public. « C’est beaucoup mieux que le capitalisme philanthropique! » En effet, aux yeux de Maïka Sondarjee, l’attitude d’Elon Musk montre bien que « ce ne serait pas une solution de remettre les problèmes entre les mains des ultra-riches » pour qu’ils décident eux-mêmes quoi faire avec leur argent.

« La solution, c’est la redistribution [des richesses] et non la charité. »

Maïka Sondarjee

La fortune d’Elon Musk s’élève à 335 milliards $, selon Bloomberg. Lundi dernier seulement, le lendemain de ses échanges avec David Beasley, sa richesse a grimpé de 7,7%, soit 24 milliards $ ou quatre fois le montant dont a besoin le PAM.

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