Ville-Marie veut resserrer Airbnb et miser sur le dialogue citoyen

Le dernier conseil d’arrondissement de Ville-Marie du 14 avril dernier a été marqué par deux annonces politiques fortes : la volonté de resserrer davantage l’encadrement des locations touristiques de type Airbnb et la promesse de poursuivre les « Rendez-vous citoyens », une nouvelle formule de consultation citoyenne que la mairesse juge déjà concluante.

Réuni dans une salle d’abord à moitié vide, puis progressivement remplie à mesure que s’allongeait la file à l’entrée sous l’effet des contrôles de sécurité, le conseil s’est ouvert dans une ambiance calme, ponctuée de discussions feutrées et de musique d’ambiance. Avant d’aborder les dossiers municipaux, la mairesse Soraya Martinez Ferrada a rendu hommage à Sammy Forcillo, ancien conseiller municipal montréalais décédé le 9 avril à l’âge de 75 ans, en invitant la salle à observer une minute de silence.

Une première expérience « très satisfaisante » pour les Rendez-vous citoyens

En ouverture de séance, la mairesse est revenue sur la première édition des « Rendez-vous citoyens », tenue le 24 mars dernier dans Saint-Jacques. Cette nouvelle instance de dialogue citoyen, qu’elle souhaitait mettre en place rapidement, vise à offrir un espace d’échange plus souple que la période de questions des conseils d’arrondissement, où les interventions sont limitées à 90 secondes par personne.

L’initiative, présentée comme une première du genre à Montréal, a réuni 129 résident-es du quartier Saint-Jacques, dont plusieurs participaient pour la première fois à une activité municipale. En deux heures, 24 questions ont été abordées « en profondeur », a souligné la mairesse, qui s’est dite particulièrement satisfaite de l’exercice.

Un sondage mené à la fin de la rencontre aurait révélé un taux de satisfaction de 100 %, un résultat qu’elle a présenté comme la preuve d’un besoin réel pour des espaces de discussion plus directs entre élus et citoyens.

« Notre slogan de campagne, c’était écouter et agir », a-t-elle rappelé, en disant souhaiter que l’initiative inspire d’autres arrondissements montréalais.

Airbnb: Ville-Marie annonce un moratoire

L’autre annonce phare de la soirée portait sur les locations touristiques de courte durée. La mairesse a confirmé que l’arrondissement imposera un moratoire sur toute nouvelle demande de projets particuliers visant des résidences de tourisme commerciales sur son territoire.

Cette décision vise directement les locations de type Airbnb et VRBO, que la Ville souhaite encadrer plus sévèrement. Selon la mairesse, le règlement adopté sous l’administration précédente n’était « pas assez restrictif » et limitait la capacité d’intervention de la Ville.

Le moratoire permettra à l’arrondissement de suspendre l’approbation de nouvelles résidences touristiques commerciales pendant que Montréal prépare un règlement plus strict.

L’objectif affiché est clair : restreindre la location de courte durée à la seule résidence principale. Les Montréalais et Montréalaises pourraient louer leur logement principal jusqu’à 90 jours par année, mais la location commerciale de résidences secondaires serait davantage ciblée.

La Ville entend aussi renforcer ses moyens d’application. Le nombre d’inspecteurs a déjà été doublé, et de nouveaux outils doivent être mis en place pour repérer les propriétaires qui contreviennent à la réglementation. Ville-Marie servira de quartier pilote pour tester un système de comptabilisation des nuitées, qui permettrait de lier plus étroitement les permis municipaux aux usages réels des logements.

Le conseiller Christopher McCray, de Projet Montréal, qui a soulevé la question, a rappelé qu’environ 7 000 demandes de location avaient déjà été enregistrées en prévision du week-end du Grand Prix de Formule 1, illustrant l’ampleur du phénomène.

Propreté : un « défi colossal »

La propreté printanière a également occupé une place importante dans les interventions de la mairesse, qui a parlé d’un « défi immense, colossal » pour l’arrondissement.

Ville-Marie compte plus de 200 kilomètres de rues, 135 parcs et places publiques et près de 120 000 résidents, a-t-elle rappelé pour illustrer l’ampleur de la tâche. Cette année, l’arrondissement consacre près de 32 millions de dollars à son plan d’action en propreté.

Parmi les mesures annoncées, un nouveau contrat a été confié à Montréal Centre-Ville pour l’entretien des squares Dorchester, Victoria et Phillips, ainsi que de la place du Canada, du 15 avril au 15 novembre. Selon la mairesse, il s’agit d’une première au Québec pour une société de développement commercial, qui aurait en plus permis de réduire les coûts pour la Ville.

Malgré ces investissements, la mairesse a insisté sur la responsabilité partagée des citoyen·nes.

« Ce n’est pas seulement la responsabilité de la Ville », a-t-elle lancé, appelant les résidents à participer eux aussi au « ménage de printemps », notamment devant chez eux.

Itinérance et sécurité dans le métro

Les enjeux liés à l’itinérance ont dominé la période de questions du public, particulièrement en lien avec le sentiment d’insécurité dans le métro.

Un citoyen, Daniel Cyr, a dénoncé la multiplication des incivilités et des problèmes de sécurité dans le réseau de la STM. La mairesse a répondu que la Ville avait triplé son budget en itinérance et augmenté le nombre d’équipes appelées à intervenir en santé mentale et en toxicomanie, en collaboration avec la STM.

Elle a insisté sur une approche qui se veut équilibrée : il ne s’agit pas simplement de déplacer les personnes en situation d’itinérance hors des stations de métro, mais de les orienter vers des ressources adaptées.

« On ne va pas les faire sortir pour les laisser à leur sort », a-t-elle résumé.

Le conseil devait d’ailleurs renouveler dans la même soirée une entente de près de 1,4 million de dollars pour des services de médiation communautaire avec plusieurs organismes, dont L’Itinéraire, L’Anonyme et la Société de développement social.

Trottoirs, culture et agriculture urbaine

D’autres interventions ont porté sur l’état des trottoirs, jugé préoccupant par plusieurs citoyen·nes. En réponse, la mairesse a reconnu que leur entretien relevait d’un enjeu de sécurité, particulièrement pour les personnes âgées, les personnes non voyantes et celles à mobilité réduite.

Le conseil a également annoncé une bonification du soutien à l’agriculture urbaine, rendue possible par l’abolition du fonds discrétionnaire des élus, ainsi qu’un investissement de 112 000 dollars en animation culturelle, notamment à la place du Village.

Ces fonds serviront à financer une programmation extérieure gratuite portée par AGC Montréal et Studio ZX, avec une attention particulière aux artistes émergents et aux communautés noires, racisées, lesbiennes et trans.

Une séance entre gestion locale et pression sociale

Entre propreté, sécurité, itinérance, logement et animation urbaine, la séance a illustré les tensions qui traversent Ville-Marie : celles d’un centre-ville appelé à concilier attractivité touristique, cohabitation sociale et qualité de vie résidentielle.

Ce compte rendu est publié dans le cadre du projet Documentalistes Canada.

Documentalistes Canada est financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et la Fondation Inspirit.