La séance du conseil d’arrondissement de Ville-Marie du 10 mars 2026, tenue devant une salle comble, a été dominée par les préoccupations citoyennes liées à la sécurité, à la propreté et à la cohabitation avec certains organismes communautaires, en particulier Stella, un organisme pour les droits des travailleuses du sexe.
Dès 17 h 49, une foule nombreuse commence à affluer dans la salle. L’ambiance est conviviale : musique, discussions animées et salutations entre voisins. Mais à l’extérieur, la file avance difficilement en raison des mesures de sécurité. En moins de vingt minutes, la salle se remplit complètement.
Vers 18 h 30, la mairesse de Montréal et d’arrondissement Soraya Martinez Ferrada ouvre la séance en présentant les élus présents, dont Christopher McCray (district Sainte-Marie), Claude Pinard (Saint-Jacques) et Leslie Roberts (Peter-McGill), ainsi que les conseillers d’arrondissement désignés Effie Giannou et Julien Hénault-Ratelle. Elle souligne d’entrée de jeu certains dossiers récents, notamment l’adaptation d’un règlement d’usage conditionnel et la participation citoyenne accrue dans les processus décisionnels.
Une concentration d’organismes qui soulève des enjeux
La mairesse rappelle que Ville-Marie regroupe près de 30 % des organismes communautaires de Montréal, malgré une superficie représentant seulement 3,3 % du territoire de la ville. Une réalité qui, selon elle, pose des défis importants en matière de cohabitation et de pression sur les services.
Elle annonce également des investissements de 1,7 million de dollars en propreté, notamment pour soutenir des organismes œuvrant en itinérance et en réinsertion sociale, ainsi que la bonification des camps de jour grâce à des fonds réaffectés.
Stella au centre des préoccupations
Rapidement, la période de questions s’oriente vers l’installation de l’organisme Stella dans le quartier, un sujet qui suscite de nombreuses interventions – pour une deuxième séance consécutive.
Des résident-es, notamment du quartier chinois, expriment leurs inquiétudes face à la sécurité, évoquant la présence de drogue, de délinquance et un sentiment d’insécurité qui empêche, selon eux, certaines personnes âgées de sortir le soir.
En réponse, la mairesse rejette les amalgames entre l’organisme et les activités criminelles. Elle insiste sur le fait que Stella n’est ni un centre d’injection ni un centre de jour, et invite les citoyens et citoyennes à dialoguer directement avec ses responsables, présents dans la salle.
Elle annonce par ailleurs un renforcement des patrouilles policières et la mise en place d’escouades de propreté dans le secteur.
Un dialogue difficile sur la cohabitation
Malgré ces réponses, plusieurs citoyens et citoyennes dénoncent un manque de consultation en amont concernant l’implantation de Stella. D’autres interventions soulignent les tensions vécues par les travailleuses du sexe, notamment en matière de sécurité, de harcèlement et de stigmatisation.
Les réponses de l’administration demeurent générales, insistant sur la nécessité de poursuivre le dialogue et d’améliorer la cohabitation.
Logement, itinérance et propreté : des enjeux persistants
D’autres questions ont porté sur la crise du logement. La mairesse affirme vouloir faciliter la construction de logements sociaux en réduisant les coûts, notamment en offrant gratuitement des terrains municipaux.
La question de l’itinérance a également été soulevée, en particulier autour de la Mission Old Brewery. L’administration reconnaît que la concentration de services peut entraîner une présence accrue de personnes en situation d’itinérance dans certains secteurs.
Enfin, des citoyens et citoyennes demandent une augmentation de la fréquence de collecte des déchets. La Ville envisage une solution passant par l’utilisation de plus petits camions, permettant des passages plus fréquents à moindre coût.
Une séance révélatrice de tensions
Si la séance s’est déroulée de manière globalement ordonnée, certains moments ont été plus tendus. Un citoyen, habitué des conseils et vêtu d’un costume de prisonnier, a interrompu la séance pour dénoncer une intervention passée des agents de sécurité, avant de quitter la salle.
Des promesses, mais peu de décisions concrètes
Au terme de la soirée, plusieurs engagements ont été formulés, notamment en matière de sécurité, de propreté et de logement. Toutefois, peu de décisions concrètes ont été annoncées, laissant plusieurs questions en suspens.
La récurrence des discussions autour de Stella et des enjeux de cohabitation témoigne d’un débat appelé à se poursuivre dans les prochaines séances.
Alors que la Ville promet davantage de consultations – la prochaine étant prévue dans le quartier chinois le 24 mars –, la capacité de l’administration à répondre aux préoccupations citoyennes demeure sous surveillance.
Ce compte rendu est l’œuvre d’un camelot de L’Itinéraire participant au projet Documentalistes Canada.
Documentalistes Canada est financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (225 000 $) et la Fondation Inspirit (50 000 $).