La séance du conseil de ville de Longueuil du 28 avril a été dominée par les critiques citoyennes entourant le projet immobilier « Plan 475 », prévu au 475 boul. Roland-Therrien qui sème la controverse.
Dans une salle comble, plusieurs résident·es ont remis en question la conformité urbanistique, le financement et l’acceptabilité sociale du développement soutenu par la Ville.
Durant la période de questions du public, les interventions se sont succédé pendant près de vingt minutes autour du même dossier.
La citoyenne Yvonne Scott a dénoncé ce qu’elle considère comme une incompatibilité entre le projet et le plan d’urbanisme de la Ville. Selon elle, le secteur Roland-Therrien est identifié comme un pôle de services et de bureaux devant soutenir le développement économique plutôt qu’un usage résidentiel massif.
« À quoi sert le plan d’urbanisme s’il peut être écarté lorsqu’un projet particulier se présente par un promoteur immobilier? », a-t-elle demandé sous les applaudissements de la salle.
Mme Scott a également soulevé des enjeux de cohabitation entre le futur projet résidentiel et la zone industrielle adjacente, rappelant que le terrain devait agir comme espace tampon entre les deux usages.
Quelques minutes plus tard, Anne Cléroux, une autre citoyenne, a remis en question la structure financière du projet. Elle a notamment souligné les taux d’intérêt qu’elle juge élevés associés à un prêt de 8,5 millions de dollars contracté pour financer le développement. Selon les chiffres qu’elle a avancés, le financement atteindrait 12 % d’intérêt la première année, puis 25 % la suivante.
« À 25 %, on estime le risque à quoi? », a-t-elle lancé, s’interrogeant sur l’absence apparente de financement bancaire traditionnel ou de fonds destinés au logement abordable.
Le citoyen Guy-Olivier Carrier a ensuite rappelé les antécédents du promoteur Simon Gervais-Boyer, ancien dirigeant de la société immobilière Knightsbridge. Il a évoqué la faillite de l’entreprise et différents reportages portant sur des problèmes de construction, des retards de livraison et des créanciers impayés.
M. Carrier a aussi demandé des explications le rôle exact de la Ville dans le projet, soulignant que Longueuil apparaît parmi les partenaires affichés sur le site du développement.
« La Ville peut-elle clarifier quelle est la nature de son partenariat avec le plan? », a-t-il demandé avant d’être interrompu par la présidence en raison du temps de parole écoulé.
Le recours aux mesures de dérogation aux plans d’urbanismes introduite au code civil dans le cadre du projet de loi 31, qui modifie diverses dispositions législatives en matière d’habitation, a également été vivement critiqué.
Un autre citoyen a rappelé que cette mesure législative avait été présentée par la ministre France-Élaine Duranceau comme un outil exceptionnel devant respecter « l’acceptabilité sociale » des projets. Il a remis à la greffière une pétition de plus de 2500 signatures s’opposant au projet. « Chaque élu-e a entendu les préoccupations, les chiffres, les incohérences apparentes de ce projet. Ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas », a-t-il affirmé.
La question du logement abordable a aussi été au cœur des échanges. Sean Cullen a comparé les loyers annoncés pour le projet avec les données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement.
Selon le promoteur du projet, un logement de deux chambres évalué à environ 1600 $ par mois dépasserait largement le loyer médian observé dans la région métropolitaine.
Le citoyen estime que près de 43 % des ménages de Longueuil ne pourraient pas se permettre un logement dans ce projet.
« Comment la Ville peut-elle continuer à présenter ce projet comme du logement abordable? », a-t-il demandé.
La tension est montée d’un cran lors de l’intervention d’un autre citoyen qui souhaitait questionner les élus sur leur devoir de prudence et de diligence dans l’analyse du dossier. Après un échange tendu avec la présidence sur les règles de fonctionnement de la séance, un citoyen a hué dans la salle.
La présidente a alors ordonné son expulsion, provoquant une brève suspension de la séance et l’arrêt de l’enregistrement de la séance pendant l’incident.
Malgré les nombreuses critiques formulées par les citoyen·nes, les élu·es n’ont pas débattu du projet durant cette portion publique de la réunion. Le dossier du « Plan 475 » continue toutefois de polariser le débat politique à Longueuil, où plusieurs résidents dénoncent un manque de transparence et contestent l’utilisation des pouvoirs exceptionnels accordés par le projet de loi 31.
Ce compte rendu est l’œuvre d’un camelot de L’Itinéraire participant au projet Documentalistes Canada.
Documentalistes Canada est financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (225 000 $) et la Fondation Inspirit (50 000 $).