Réunis le 23 mars dernier dans la grande salle du CÉDA, un organisme communautaire qui agit dans le quartier, une trentaine de citoyens et d’acteurs communautaires du Sud-Ouest ont franchi une étape importante dans la lutte pour l’avenir de la Canada Malting. L’assemblée constitutive du collectif « À nous la Malting » a approuvé la création d’un organisme à but non lucratif (OBNL), désormais appelé « À nous la Malterie » pour des raisons administratives.
Organisée avec l’appui de groupes comme le POPIR – Comité logement et Solidarité Saint-Henri, la rencontre s’inscrivait dans un contexte de mobilisation accrue du milieu communautaire, notamment dans le cadre de la campagne « Le communautaire à boutte » qui se déroule en ce moment. Sur place, banderoles et matériel militant donnaient le ton : « À nous la Malting, non aux condos! » ou encore « Mise en réserve de la Canada Malting, maintenant! ».
Une mobilisation ancrée dans l’histoire du quartier
Le projet s’appuie sur plusieurs années de mobilisation citoyenne pour empêcher la transformation du site industriel en développement immobilier privé. Les participants ont rappelé qu’une première victoire avait permis de conserver le zonage industriel du terrain, évitant sa conversion en « ghetto de condos ».
Au cœur des préoccupations : répondre aux besoins de la population locale, dans un quartier marqué par la pression immobilière. Plusieurs ont évoqué des cas de résidents contraints de quitter Saint-Henri faute de logements adaptés à leur revenu ou à l’évolution de leur situation familiale.
Le site de la Canada Malting présente toutefois des défis majeurs, notamment la contamination des sols, dont la décontamination représente un coût élevé.
Structurer le projet : règlements, CA et alliances
L’assemblée a permis d’adopter des règlements généraux inspirés d’initiatives comme le Bâtiment 7. Les membres ont également élu un premier conseil d’administration : sept personnes ont accepté d’y siéger, sans qu’un vote soit nécessaire.
Les discussions ont mis en lumière les avantages du statut d’OBNL, notamment pour accéder à du financement, établir des partenariats et formaliser le projet. Le collectif a déjà fait appel à Entremise, une entreprise d’économie sociale et solidaire en aménagement qui conçoit, met en œuvre et opère des projets d’occupation transitoire aux côtés des acteurs publics, des propriétaires et des communautés pour élaborer une stratégie de communication et explorer des opportunités de développement.
Un appel à l’engagement a été lancé aux participants, invités à rejoindre différents comités selon leurs intérêts, qu’il s’agisse du volet patrimonial ou du développement du projet.
Un projet encore incertain
Malgré cette avancée organisationnelle, plusieurs zones d’ombre demeurent. Le site appartient actuellement à deux propriétaires, dont un promoteur ayant récemment acquis des parts. Les intentions de ce dernier restent inconnues.
Le collectif prévoit rencontrer prochainement la nouvelle équipe politique de l’arrondissement pour faire valoir son projet de reconversion « 100 % communautaire ». « Jamais trop tard », a-t-on répondu à un citoyen inquiet de l’état d’avancement du dossier.
Certaines questions restent en suspens, notamment la structure de cotisation des membres ou encore la place des organismes au sein de l’OBNL. L’adresse officielle de l’organisation, actuellement liée au CÉDA via le POPIR, pourrait aussi devenir un enjeu.
Une mobilisation qui se poursuit
Au-delà des décisions formelles – adoption des règlements, création du c.a., recrutement de membres –, la soirée a surtout été marquée par un sentiment d’aboutissement mêlé d’incertitude. Dans une ambiance décrite comme celle « d’un accouchement », les participants ont souligné à la fois le chemin parcouru et les défis à venir.
Exposition de photos du bâtiment, maquette du site, matériel militant : tout témoignait d’une volonté de se projeter dans l’avenir d’un lieu emblématique.
Après plus de dix ans de mobilisation, le collectif entre ainsi dans une nouvelle phase : celle de la structuration, avec en ligne de mire la transformation de la Canada Malting en projet communautaire.
Ce compte rendu est l’œuvre d’une camelot de L’Itinéraire participant au projet Documentalistes Canada.
Documentalistes Canada est financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (225 000 $) et la Fondation Inspirit (50 000 $).