Le conseil d’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, tenu le 13 avril dernier, a mis en lumière un quartier partagé entre grands chantiers municipaux, préoccupations de sécurité et impatience citoyenne. Devant une salle d’environ 65 personnes, les échanges ont rapidement pris un ton plus tendu, alors que plusieurs résident·es ont interpellé les élu·es sur les campements, le logement social, les pistes cyclables et la sous-traitance municipale.
Dès l’ouverture, la mairesse d’arrondissement Chantal Gagnon a donné le ton en rappelant plusieurs dossiers structurants pour l’Est de Montréal, dont la réouverture de la rue Hochelaga, le lancement des corvées printanières et l’état d’avancement de certains projets urbains. Mais ce sont surtout les questions du public qui ont dominé la soirée.
La rue Hochelaga rouvre enfin
Parmi les annonces bien accueillies, la mairesse a confirmé que la rue Hochelaga est rouverte à la circulation depuis le 31 mars. Une nouvelle attendue depuis longtemps dans le quartier, alors que sa fermeture compliquait les déplacements, notamment pour les usager·ères du transport en commun forcé·es de faire des détours.
La réouverture a été présentée comme un soulagement pour plusieurs résident·es, dans un secteur déjà marqué par de nombreux chantiers et des problèmes de fluidité.
Une piste cyclable contestée
La question des aménagements cyclables a de nouveau suscité des critiques, cette fois sur la rue Louis-Veuillot, à l’intersection de Lacordaire.
La citoyenne Louise Lapointe a dénoncé une piste cyclable jugée trop large et mal conçue. Selon elle, son tracé – en partie implanté dans la rue plutôt qu’en bordure – réduit la visibilité des cyclistes et augmente les risques, particulièrement pour les enfants.
Cycliste elle-même, Mme Lapointe a affirmé que cette configuration complique la cohabitation avec les automobilistes, qui peinent à voir arriver les vélos.
La critique s’inscrit dans un débat plus large sur le réaménagement des rues de l’arrondissement, où plusieurs projets de mobilité active suscitent à la fois appui et résistance.
Campements : la sécurité au cœur des préoccupations
Les campements et l’itinérance ont occupé une place centrale dans la période de questions.
Un citoyen, Nicolas Labranche, a fait part de son inquiétude face à la multiplication des campements dans certains secteurs de l’arrondissement. Il a évoqué des incendies, des odeurs persistantes, de la fumée toxique et un sentiment d’insécurité grandissant chez les riverains.
Sans remettre en cause la présence des personnes en situation d’itinérance, il a plaidé pour une approche plus structurée : mieux localiser certains campements et installer des toilettes publiques afin de réduire les tensions de cohabitation.
En réponse, la mairesse a affirmé que le dossier demeurait une priorité pour l’administration et a rappelé que l’arrondissement travaillait avec des organismes communautaires pour mieux encadrer la situation.
Le conseil a également évoqué l’adoption d’une résolution liée à un protocole sur les campements, qui prévoit l’ajout de ressources sur le terrain pour renforcer la sécurité et améliorer l’intervention auprès des personnes concernées.
Logement social : des réponses jugées insuffisantes
Le logement est revenu à plusieurs reprises dans les interventions citoyennes, notamment en lien avec la difficulté croissante de se loger dans l’arrondissement.
Une résidente a témoigné des difficultés vécues par sa famille pour conserver un logement abordable tout en répondant à ses besoins essentiels. La mairesse a réaffirmé que le logement social demeurait une priorité et que l’administration poursuivait le développement de coopératives et de nouveaux logements pour les familles.
L’important projet immobilier Canoë a également été soulevé par des citoyens qui souhaitaient connaître les prochaines étapes. Le projet est à l’arrêt depuis 2024 après que l’arrondissement ait ordonné de cesser les travaux parce que ces derniers avaient débuté sans autorisation. La réponse est restée prudente : le dossier est toujours en négociation et certains éléments demeurent confidentiels.
La frustration a toutefois été palpable lorsqu’une question sur le logement social a été écartée par la mairesse, au motif que plusieurs interventions avaient déjà porté sur le même sujet.
Sous-traitance et colère des travailleurs
Le mécontentement des travailleurs et travailleuses de la municipalité a aussi trouvé écho dans la salle.
Des intervenant-es ont dénoncé la place croissante accordée à la sous-traitance privée dans les services municipaux, notamment pour les réparations routières et l’entretien des infrastructures. Plusieurs ont remis en question le recours à des entreprises externes pendant que les cols bleus réclament de meilleures conditions de travail.
Lewis King, membre d’Alliance Ouvrière, a demandé ce que l’arrondissement comptait faire pour pousser la Ville à offrir de meilleures conditions aux employés municipaux, alors que plusieurs tâches sont confiées au privé.
La mairesse n’a pas offert de réponse claire, se contentant d’indiquer que des discussions étaient en cours.
Propreté, contrats et dépenses publiques
En parallèle, la mairesse a annoncé le lancement du ménage du printemps et de plusieurs corvées citoyennes prévues en mai.
Le conseil a aussi adopté plusieurs contrats liés à l’entretien du territoire : plus de 729 000 $ pour des travaux d’hydro-excavation, 240 000 $ pour la plantation et l’entretien de végétaux, 159 000 $ pour l’arrosage des arbres, ainsi qu’un montant supplémentaire pour l’entretien d’un chalet de parc.
Au total, plus de 1,13 million de dollars ont été engagés pour l’entretien des infrastructures, des espaces verts et des équipements municipaux.
Une séance sous tension
Si l’atmosphère était relativement calme au début de la rencontre, le ton s’est durci au fil des questions.
Plusieurs citoyens et citoyennes ont exprimé leur frustration devant des réponses jugées incomplètes ou évasives, notamment sur le logement, la sous-traitance et certains enjeux de qualité de vie.
La mairesse a aussi dû composer avec des critiques sur le manque de réponses concrètes à des problèmes locaux, allant du bruit industriel aux arbres toxiques près d’un parc à chiens, en passant par la sécurité autour des campements.
Dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, il semble que les grands projets d’aménagement continuent d’avancer, mais la patience citoyenne, elle, s’effrite.
