À Pointe-Saint-Charles, les organismes communautaires ont interpellé les candidats sur la pauvreté et le filet social

Le 22 septembre, une assemblée électorale organisée au Centre Lorne, à Pointe-Saint-Charles, a réuni trois candidats politiques autour des préoccupations des organismes communautaires et de la population. Au cœur des échanges : la pérennité du financement communautaire, l’accès aux besoins essentiels, l’itinérance, le coût des médicaments et la discrimination systémique.

Organisée par la Corporation de développement communautaire (CDC) Action-Gardien, qui regroupe des organismes communautaires du quartier Pointe-Saint-Charles, l’assemblée visait à donner la parole aux résident-es et aux organismes du quartier afin qu’ils puissent interpeller directement les personnes candidates. Environ 80 personnes ont assisté à la rencontre en personne, tandis que 16 autres l’ont suivie en direct sur Facebook.

Benoit Clermont, du Parti libéral du Québec, Caroline-Julie Fortin, du Parti Québécois, et Guillaume Cliche-Rivard, de Québec solidaire, ont répondu aux questions du public. La soirée s’est déroulée dans une ambiance amicale et empathique, ponctuée de quelques blagues au moment de déterminer l’ordre de passage des candidat·es.

Le communautaire au cœur des discussions

La pérennité des organismes communautaires a occupé une place importante dans les échanges. Plusieurs interventions ont porté sur le financement des groupes, notamment les centres d’éducation populaire, et sur la nécessité de leur permettre de maintenir leurs services dans la durée.

Un consensus s’est dégagé parmi les trois candidat·es quant à l’importance de soutenir les organismes communautaires. Le financement à la mission, plutôt que le financement par projet, est ressorti comme une approche à privilégier pour assurer leur stabilité.

Les besoins essentiels ont également fait l’objet de plusieurs questions. Des membres du public ont notamment interpellé les candidat·es sur la possibilité d’instaurer un revenu de base pour les personnes bénéficiant de l’aide sociale, sur le prix des aliments et sur le coût des médicaments pour les personnes âgées.

La question alimentaire a notamment été soulevée par une représentante du Club populaire des consommateurs, qui a évoqué les conséquences de la guerre commerciale avec les États-Unis et le prix plus élevé de certains produits locaux. Guillaume Cliche-Rivard a proposé de plafonner le prix de certains aliments de base et a évoqué l’idée d’une épicerie publique.

L’accès aux soins de santé a aussi suscité des préoccupations, notamment de la part d’une étudiante du Carrefour, qui a questionné les candidat·es sur l’accès aux soins gratuits pour les personnes immigrantes. Le coût des médicaments pour les personnes de 65 ans et plus a également été soulevé, sans qu’une réponse définitive ne soit apportée sur les mesures à privilégier.

L’itinérance et la crise du logement

L’itinérance a constitué un autre thème majeur de la soirée. Les personnes présentes ont demandé aux candidats quelles mesures ils comptaient prendre pour mieux accompagner les personnes en situation de précarité, notamment à l’approche de l’hiver.

Guillaume Cliche-Rivard, qui est responsable du dossier de l’itinérance pour Québec solidaire, a évoqué les besoins en hébergement à Montréal et les difficultés auxquelles font face les personnes sans logement. Il a notamment décrit la situation de personnes qui passent l’été dans la rue afin d’économiser suffisamment d’argent pour payer une chambre pendant les mois froids.

Le candidat a également abordé les effets de la crise du logement et de la gentrification, notamment la présence de logements vacants que certaines personnes n’ont plus les moyens de louer. Il a plaidé pour une contribution accrue des personnes les plus fortunées au financement des services publics.

Du côté libéral, Benoit Clermont a mis de l’avant l’objectif de consacrer 10 % du parc immobilier au logement hors marché. Il a également évoqué la situation des jeunes qui quittent la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), dont une partie risque de se retrouver en situation d’itinérance.

Les candidats ont convenu de la nécessité d’agir face à l’itinérance, mais plusieurs questions sont demeurées ouvertes quant aux mesures concrètes qui seront mises en place.

Diversifier les revenus municipaux

Le financement des services publics et la capacité des municipalités à diversifier leurs sources de revenus ont également été abordés. L’ancienne élue municipale et autrice Sophie Thiébault a notamment questionné les candidats sur la dépendance des villes à la taxe foncière, qui représenterait environ 70 % des revenus municipaux selon les chiffres avancés pendant la rencontre.

Elle a aussi soulevé les liens entre le développement immobilier, la gentrification et les finances municipales, invitant les candidats à réfléchir à d’autres moyens de financer les services.

La question des redevances minières a également été posée, dans un contexte où certaines personnes présentes craignent un retour de l’austérité. Les représentants des partis n’ont toutefois pas tous été en mesure de préciser leur position sur le sujet et certains se sont engagés à approfondir la question.

Caroline-Julie Fortin, du Parti québécois, a notamment évoqué la possibilité de discuter avec les municipalités pour trouver de nouvelles sources de financement.

La discrimination systémique au centre d’un échange chargé d’émotion

La discrimination systémique a donné lieu à l’un des moments les plus émouvants de la soirée. Une participante, Gisèle, a interpellé les candidats sur les moyens de lutter contre le racisme systémique. Son intervention a suscité une réaction empreinte d’émotion chez les personnes présentes.

La question de la Loi sur la laïcité de l’État, communément appelée loi 21, a aussi été soulevée, notamment en ce qui concerne l’interdiction du port de certains signes religieux pour les personnes exerçant des fonctions dans la fonction publique.

Benoit Clermont s’est prononcé contre la loi 21 au nom des droits et des libertés. Guillaume Cliche-Rivard a pour sa part souligné que la loi pouvait empêcher des femmes de travailler, particulièrement dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre.

Caroline Julie-Fortin a rappelé que son parti avait une position sur la laïcité, tout en affirmant vouloir adopter une approche aussi inclusive que possible. Elle a également insisté sur le rôle de l’éducation dans la lutte contre la discrimination.

Des réponses encore attendues

Au total, 16 questions ont reçu une réponse pendant l’assemblée, dont une ajoutée à un bloc parce qu’elle recoupait une autre intervention. Plusieurs enjeux n’ont toutefois pas été tranchés.

La position du Parti Québécois sur le revenu de base pour les personnes prestataires de l’aide sociale restait à préciser. Les propositions concernant le coût des médicaments pour les personnes âgées et l’accès gratuit aux soins de santé pour les personnes immigrantes nécessitaient également des éclaircissements.

Enfin, la question des conséquences financières du passage de l’aide sociale aux prestations destinées aux personnes âgées a été soulevée, notamment en raison de la possible perte de certains avantages liés à la couverture des médicaments.

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Ce compte rendu est l’œuvre d’une camelot de L’Itinéraire participant au projet Documentalistes Canada.

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