Avertissement : cette chronique relève du pur coup de gueule et risquera d’esquinter ce qui reste de volonté à se brancher sur les grands médias pour comprendre la marche du monde.
Je l’assume entièrement et je m’efforcerai de ne pas personnaliser la polémique, je laisse préférablement ça aux jambons de l’opinion que vous connaissez et qui se reconnaitront.
Mardi dernier, à l’émission Pénélope sur la Radio de nos impôts, l’animatrice recevait son panel « international » hebdomadaire, composé de Laura-Julie Perreault et de Raymond Saint-Pierre, deux vétéran·es du journalisme international mainstream, chargé·es de commenter quelques sujets plus ou moins chauds dans l’actualité.
Leurs propos ont, en quelques minutes seulement, résumé tout le problème avec la couverture de l’actualité internationale dans les grands médias, qui les place à la remorque des médias indépendants sur de nombreux sujets cruciaux.
Le problème, c’est cet entêtement à voir les enjeux internationaux à travers le sacro-saint prisme « libéral-bourgeois », vissé serré dans les esprits des journalistes d’ici. Cette quasi-unanimité est une gracieuseté des chaires de recherches grassement subventionnées par le ministère des Affaires étrangères et autres Power Corporation – rendu là, la convergence entre politique étrangère et intérêts financiers particuliers se fond au point où on ne sait plus qui influence qui.
Gaza
Laura-Julie Perreault, de La Presse, était invitée chez Pénélope pour parler de sa récente et « courageuse » chronique où elle se demande, à propos de Gaza : « Est-il temps de parler de génocide? »
« J’attends avec impatience le jour où les médias occidentaux seront jugés pour avoir participé à ce génocide. […] Il s’agit d’un génocide qui a été justifié et rendu possible par les médias qui ont adhéré au récit d’Israël », déclarait plus tôt cette année l’avocate et rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens, Francesca Albanese.
Mais bon, j’imagine qu’elle est trop militante pour satisfaire le journal de François Cardinal, même si le rapport d’Albanese, publié dès octobre 2024, laissait peu de place à l’imagination.
Il aura donc aussi fallu que le journal L’Humanité (autrefois l’organe de presse du Parti communiste français) et Libération écrivent le mot génocide pour que La Presse se pose la question à son tour.
Beaucoup moins engageant intellectuellement, en effet, de refiler à d’autres le sale boulot de battre le sentier pour ensuite recueillir les lauriers « pour avoir eu le courage enfin » de prononcer le mot génocide. Des lauriers décernés dans le cadre d’un entre-soi grand-médiatique on ne peut plus consacré à la Radio de nos impôts.
Or, ce génocide ne fait plus de doute depuis longtemps déjà, même si on parlait davantage de nettoyage ethnique ou de massacre à sens unique.
Encore là, nos grands flancs-mous de l’élite journalistique trainent de la savate en se justifiant de devoir « attendre les conclusions d’experts et s’en tenir aux faits ».
Imaginez dire ça alors que les faits se dévoilent en temps réel et que le jury des experts s’est prononcé!
C’est comme regarder la vidéo d’un policier matraquer sauvagement un·e manifestant·e sans arme et trouver que « ça manque de contexte »!
Tant qu’à poser des questions auxquelles on a la réponse : craignent-ils aussi les menaces et les mises au pilori des intimidateurs sionistes du CIJA et de Honest Reporting Canada?
Venezuela
Comme un malheur arrive rarement seul, s’en est suivi, toujours au micro de Pénélope, une tirade absolument loufoque signée Raymond Saint-Pierre, qui se posait la question à savoir si le gouvernement vénézuélien pourrait être accusé de crimes contre l’Humanité pour la « répression » contre l’opposition politique et la pauvreté dans laquelle son peuple gît depuis la révolution bolivarienne d’Hugo Chavez.
Raymond Saint-Pierre commentait la venue du secrétaire d’État américain Marco Rubio en Guyana pour appuyer ce pays dans son conflit territorial avec le Venezuela au sujet de la zone pétrolifère de l’Essequibo.
À écouter ce « vénérable » journaliste, la souveraineté de ce territoire devrait presque revenir à la pétrolière ExxonMobil, la grande pillarde internationale, qui a trouvé le gisement!
Le problème, c’est cet entêtement à voir les enjeux internationaux à travers le sacro-saint prisme « libéral-bourgeois ».
Monsieur Saint-Pierre, expliquez plutôt à l’auditoire radio-canadien comment les effets meurtriers des sanctions imposées par la « communauté internationale » contre le Venezuela sont les vraies responsables de la pauvreté dans le pays. Étrange, dans une économie mondiale encore si accroc au pétrole, qu’un des principaux pétro-États soit si pauvre.
Là, vous auriez un scoop à rapporter dans votre chronique, tant les grands médias d’ici n’en parlent jamais.
Parlez donc aussi du Groupe de Lima, dont fait partie le Canada, qui a été mis sur pied pour forcer un changement de régime au Venezuela qui serait favorable aux intérêts occidentaux – dont ceux de ExxonMobil et des six autres gorgones de l’énergie. Ce groupe s’était rangé derrière le président autoproclamé Juan Guaidó en 2019.
À moins que ça ne plaise pas trop à vos patrons ou à leurs amis qui leur demandent de passer des mémos vers les salles de réaction pour interdire certains mots, comme il se doit dans nos sociétés libres et démocratiques.
Comme « génocide », par exemple.
Ce n’est pas pour rien si, comme le disait Michel Chartrand, les grands médias sont devenus « les appendices du pouvoir ».