Antoine Morin-Racine Journaliste indépendant
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QSL, une importante compagnie de commerce maritime du port de Québec, envisage la construction d’un nouveau terminal de conteneurs. L’entreprise a été trouvée responsable d’avoir contribué à un épisode de poussière de fer dans Limoilou par sa manipulation de minerai en vrac. Des groupes citoyens et au moins une élue municipale, inquiet·es des impacts sur la qualité de l’air et la biodiversité, contestent le projet.

La compagnie de transbordement QSL a récemment fait connaitre ses plans pour un réaménagement de certains de ses terrains au port de Québec. Elle souhaite construire un nouveau terminal de fret qui porterait jusqu’à 250 000 par année le nombre de conteneurs qui transitent par la capitale.

Cet agrandissement n’est pas sans rappeler le projet Laurentia, que l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AÉIC) avait empêché de voir le jour en 2020 parce qu’il empiétait sur un site de reproduction de bars rayés.

En février 2019, la compagnie QSL, alors appelée Arrimage Québec, était condamnée à verser une compensation allant jusqu’à 200 $ à des habitant·es de la basse-ville de Québec. Ces dernier·es avaient été touché·es en 2012 par un épisode de poussière de fer qui s’était répandue sur le secteur et qui provenait des installations portuaires d’Arrimage Québec.

Portant maintenant le nom de QSL, la compagnie est l’une des plus importantes entreprises de logistique maritime sur le Saint-Laurent, avec des filiales jusqu’au Texas.

Dès le dévoilement du projet par QSL, le 5 juillet dernier, la conseillère municipale de Limoilou Jackie Smith s’est exprimée contre le projet. Elle trouve décevant que le maire Bruno Marchand appuie un projet si similaire à Laurentia. « Si le port est incapable de faire respecter la qualité de l’air, pourquoi devrions-nous le laisser s’agrandir? » a-t-elle aussi dit à Pivot.

« Un milieu déjà saturé de polluants »

Bien qu’on parle ici d’un terminal de conteneur plutôt que de minerai en vrac, la qualité de l’air du quartier se verrait vraisemblablement encore affectée par le projet.

Le diesel que consomment les bateaux, les trains et les camions responsables de déplacer ces 250 000 conteneurs émet des particules fines PM2.5 nocives pour la santé. Celles-ci sont déjà présentes en quantité assez importante en basse-ville pour que la Santé publique du CIUSSS de la Capitale-Nationale les considère comme contribuant « à une part significative des problèmes de santé cardiovasculaires et respiratoire » de la région.

La question des émissions de diesel était d’ailleurs l’une des raisons principales du refus du projet Laurentia par l’AÉIC.

« Ça vient s’additionner à un milieu qui est déjà saturé de polluants », s’inquiète Patrick Albert, membre de la Table citoyenne Littoral Est, un collectif de citoyen·nes qui militent pour un accès au fleuve pour les habitant·es des quartiers autour du port.

Joints par courriel, le Port de Québec et QSL ont mentionné qu’il était impossible de commenter l’impact potentiel du projet pour le moment et que des études étaient en cours.

Des dangers pour la vie marine?

Un projet de la sorte et l’augmentation du trafic maritime qui en découlerait inquiètent les scientifiques et les organismes de conservation depuis plusieurs années.

Déjà, au moins 6000 navires circulent sur le Saint-Laurent chaque année et sont responsables du dérangement de la biodiversité marine, de l’érosion des berges et parfois même de collisions avec de grands cétacés.

Marie Cadieux, coordonnatrice en conservation maritime pour SNAP Québec, souligne notamment que le seuil maximum de trafic maritime pour la faune et la flore du Saint-Laurent est encore inconnu et qu’il faudrait attendre des études à ce sujet avant de prévoir de nouveaux développements portuaires.

Malgré les réactions depuis son dévoilement, le projet reste encore à l’étape de proposition et QSL se dit ouvert à écouter « toutes préoccupations concernant ce projet » de la part de la population.

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