En conférence de presse jeudi matin, une coalition québécoise, regroupant des organismes et les groupes de campeur·euses étudiant·es, a réclamé des sanctions contre Israël ainsi que la fermeture du bureau du Québec à Tel-Aviv.
« Il est plus que temps que le Canada réfléchisse à sa politique dans la région », a déclaré en conférence de presse Diane Lamoureux, porte-parole de la coalition Urgence Palestine, qui rassemble 46 organismes de la société civile et qui demande au gouvernement canadien de sanctionner Israël.
« Le minimum serait de cesser toute fourniture de matériel militaire à Israël. »
Selon un récent rapport d’Affaires mondiales Canada, la valeur de ces exportations a atteint une valeur record de 30,6 millions $ en 2023, soit une augmentation de 40 % par rapport à l’année précédente.
Le rapport indique qu’aucun nouveau permis d’exportation n’a été émis à partir du 8 janvier dernier, mais ne précise pas si les permis antérieurs ont été mis en pause. La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, avait pourtant indiqué que ce serait bel et bien le cas en mars dernier, après qu’une motion non contraignante ait été adoptée par le parlement.
La coalition a également enjoint le gouvernement fédéral à réviser son accord de libre-échange avec Tel-Aviv et à s’engager à mettre en vigueur d’éventuels mandats de la Cour pénale internationale (CPI).
Le procureur de la CPI a récemment demandé des mandats d’arrêt contre le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, le ministre de la Défense Yoav Gallant, et des leaders du Hamas, tous soupçonnés d’avoir commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Si le tribunal délivre les mandats d’arrêt, cela forcerait les États membres, dont le Canada, à arrêter les personnes visées si elles se présentaient sur leur territoire.
La ministre Mélanie Joly n’a pas voulu indiquer que le Canada appliquerait de tels mandats contre les dirigeants israéliens.
« Ça fait 243 jours qu’on voit sur nos téléphones un génocide qui est en cours », a rappelé Niall Clapham Ricardo, des Voix juives indépendantes.
« On voit des enfants décapités, on voit des camps de réfugiés détruits, bombardés », a-t-il continué. « Un massacre sans nom, infâme, qui continue », en dépit des mouvements de mobilisation qui persistent partout dans le monde depuis octobre dernier, y compris à Montréal.
Il a rappelé que des sanctions contre la Russie avaient été émises très rapidement après l’invasion de l’Ukraine. Mais « 243 jours plus tard, il n’y a pas de sanction contre Israël : c’est une honte. »
Se tournant vers le gouvernement provincial, la Coalition a également exigé la fermeture du bureau du Québec à Tel-Aviv. Ce nouveau bureau, qui doit ouvrir officiellement cet été, a pour but de renforcer les collaborations économiques entre la province et Israël.
Front étudiant
La coalition a également exprimé son soutien aux étudiant·es qui ont établi des campements à l’Université McGill et à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) pour demander la fin de toute collaboration entre leurs établissements et des universités israéliennes, ainsi que des investissements financiers dans des entreprises liées aux violences contre le peuple palestinien.
« Historiquement, les étudiants ont toujours été à l’avant-garde des mouvements sociaux », a rappelé Chantal Ide, du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN. « Une fois de plus, c’est ce qui se passe : ils ont choisi des moyens d’être vus pour que le message puisse être entendu. »
La semaine dernière, après avoir soumis une demande d’injonction visant à forcer le démantèlement du campement, le conseil d’administration de l’UQAM a finalement adopté à l’unanimité une résolution acquiesçant à certaines demandes des étudiant·es.
La résolution exhorte la Fondation de l’université à « n’avoir aucun investissement direct dans les fonds ou les compagnies qui profitent de l’armement ». Elle demande également à la Fondation de divulguer la liste de ses investissements chaque année. En mars dernier, l’UQAM n’entretenait pas d’ententes avec des établissements d’enseignement en Israël.
Les campeur·euses à l’UQAM réclamaient également au gouvernement provincial de fermer son nouveau bureau à Tel-Aviv – une demande qui est pour l’instant restée lettre morte.
Suite aux gains obtenus, les campeur·euses prévoient quitter le campus en fin de journée jeudi, mais continueront de se mobiliser par le biais d’autres actions, assure Karim El Zein, qui représentait le groupe en conférence de presse.
Karim El Zein a qualifié la victoire du campement de l’UQAM de « timide pas vers l’avant » et a exprimé son soutien aux campeur·euses de l’Université McGill, qui poursuivent leur action.
Depuis son instigation, le campement à McGill a fait l’objet de deux injonctions visant son démantèlement, qui ont été rejetées en Cour supérieure en mai dernier. L’administration de l’université a depuis exprimé son intention de déposer une autre demande d’injonction interlocutoire prochainement.
Une manifestation demandant la fermeture du bureau du Québec à Tel-Aviv, organisée par le Groupe de solidarité pour les droits humains des Palestiniennes et Palestiniens de l’UQAM, est prévue jeudi soir.
La coalition Urgence Palestine organise également un autre rassemblement le samedi 8 juin à Montréal, visant à demander des sanctions contre Israël. Ceux et celles qui souhaitent y prendre part sont prié·es de se rassembler au parc Lafontaine à 14 h.