Sam Harper Journaliste aux balados · Pivot
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Alors que le personnel professionnel et de soutien était en grève dans plusieurs écoles lundi matin, le personnel enseignant était sommé de faire du télétravail. Cette obligation a été perçue comme une façon d’obliger les professeur·es à traverser « virtuellement » les lignes de piquetage de leurs collègues, surtout que l’employeur résiste habituellement aux revendications pour permettre le travail à distance.

Des notes de service enjoignant à faire du télétravail en avant-midi ont été envoyées par les directions d’au moins quatre centres de services scolaires (CSS) à leurs employé·es enseignant·es, membres de syndicats affiliés à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Pivot a obtenu copie de trois de celles-ci, soit celles des CSS de la Capitale, Marguerite-Bourgeoys et du Val-des-Cerfs.

« On a eu la consigne de faire du télétravail de 9 h jusqu’à 10 h 30 », explique Maude Pollender, enseignante dans une école primaire du quartier Côte-des-Neiges, appartenant au CSS de Montréal. « Je n’en revenais pas, c’est vraiment l’équivalent de travailler pendant que nos collègues font la grève, donc de traverser une ligne de piquetage virtuelle », ajoute-t-elle.

Lundi matin jusqu’à 10 h 30, les employé·es de soutien et professionnel·les de ces établissements, comme tou·tes les syndiqué·es du Front commun, tenaient une première grève dans le cadre des négociations avec le gouvernement pour le renouvellement de leurs conventions collectives.

Dans tous les cas, les cours ont été suspendus pour la matinée dans ces écoles. Le CSS de la Capitale, dans sa note de service, indique avoir pris la décision de suspendre les cours « afin d’éviter toutes situations malencontreuses ou non sécuritaires pour les personnes ». La directrice ajoute que « des travaux pourraient être fournis aux élèves » par les enseignant·es.

Lundi, les enseignant·es devaient être présentes à 10 h 30, mais les écoles accueillaient les enfants seulement à partir de midi. Lorsque Maude Pollender est arrivée au travail lundi, la « direction se promenait et prenait les présences pour voir qui était là à 10 h 31 et qui ne l’était pas », ajoute-t-elle.

Le CSS du Val-des-Cerfs a confirmé la directive et a répondu par courriel que l’établissement respectait « le droit de grève de nos membres l’ayant déclaré dans les délais et par la voie officielle ».

Les syndicats affiliés à la FAE n’étaient pas en grève ce lundi. Le syndicat a un mandat de grève générale illimitée à partir du 23 novembre. Le respect des lignes de piquetage est une pratique de solidarité, mais un·e travailleur·euse qui refuserait de la traverser, à moins que sa sécurité ne soit en danger, peut être sanctionné·e par son employeur.

Seul le CSS de la Capitale a répondu à notre question demandant si cette directive venait du ministère de l’Éducation. « Cette note de service et les orientations que l’on y retrouve proviennent du CSSC. »

Une information confirmée par le ministère de l’Éducation. « Ce sont les CSS […] qui, à titre d’employeurs, sont responsables de la gestion des ressources humaines, dont la gestion des moyens de pression (y compris la grève) exercés par leurs employés, et ce, dans le respect des encadrements légaux et des conventions collectives. »

Un durcissement des conditions de travail

Maude Pollender déplore que son établissement ait recours au télétravail pour inciter le personnel à briser un piquet de grève, alors qu’il s’oppose généralement au travail à distance. 

« Le télétravail a été une revendication de notre syndicat », rapporte-t-elle. Or, depuis un an et la sortie du confinement, le télétravail « est coupé de plus en plus », dit-elle. Malgré que plusieurs réunions pourraient se tenir en visioconférence, « il y a un acharnement à faire venir les gens à l’école ».

Par ailleurs, Maude Pollender rapporte qu’habituellement, un·e professeur·e peut apporter son enfant au travail lors des journées pédagogiques, afin d’éviter de devoir trouver du gardiennage. 

Lundi, contrairement aux pratiques habituelles, « on a eu la consigne que les enfants n’étaient pas acceptés à l’école », dit l’enseignante.

Une de ses collègues, qui a un enfant d’âge scolaire, a donc demandé si elle pouvait faire du télétravail jusqu’à midi. « La réponse a été non. »

« On dirait que la guéguerre est pognée. Il n’y a plus de flexibilité », se désole Maude Pollender.

Mise à jour : Cet article a été mis à jour pour inclure la réponse du ministère de l’Éducation reçue après la publication initiale. (07-11-23)

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