Les 44e élections québécoises ont eu lieu hier. 2 150 127 des 6 495 984 personnes inscrites à la liste électorale n’ont pas voté. 63 306 bulletins invalides ont été déposés dans les urnes: il n’existe aucune façon de savoir si ces derniers proviennent d’électeur·ices qui ne savaient pas que notre système électoral ne permet pas d’annuler son vote, ou de gens qui ont fait une erreur dans l’isoloir.
Cette année encore, si les abstentions, les votes rejetés et les votes pour le parti NUL avaient été comptabilisés comme des votes pour un parti, celui-ci aurait formé un gouvernement majoritaire de 95 sièges. Le Parti québécois aurait obtenu sept sièges plutôt que 59 et serait arrivé troisième, derrière le Parti conservateur du Québec qui aurait formé l’opposition avec 17 sièges. Le Parti libéral du Québec et Québec solidaire auraient eu chacun quatre sièges.
Les refus exprimés sont systématiquement écartés
Devant ce déficit démocratique majeur, certain·es journalistes se contenteront, au mieux, d’analyser d’hypothétiques répartitions alternatives de sièges à la lumière de ce mode de scrutin proportionnel réformé (et chimérique!), que l’on nous promet entre deux élections depuis des décennies.
Comme toujours, les grands médias se désoleront du faible taux de participation – 66,89 % – sans toutefois se demander pourquoi il est si bas, préférant se cantonner à ce narratif selon lequel les gens qui ne sont pas allés voter sont lâches, désintéressés, ou les deux.
Puis ces chiffres seront rapidement relégués aux oubliettes: pour les quatre prochaines années – si d’autres élections ne sont pas déclenchées avant cette date – le financement public associé à ces votes sera distribué au prorata des résultats de l’élection de 2026, bafouant le fait que le tiers de l’électorat n’a pas choisi d’appuyer les partis établis. Ces chiffres ne seront pas non plus inclus dans les résultats. Ainsi, on nous martèlera jusqu’à la prochaine élection que le Parti québécois a reçu l’appui de 28% de la population alors qu’en réalité, seulement 18% des gens qui pouvaient voter l’ont choisi. Il s’agit du gouvernement élu par le plus faible pourcentage de la population de l’histoire du Québec et du Canada.
Personne ne se demandera finalement pourquoi de nombreuses personnes font le choix d’être retirées de la liste électorale. Depuis les élections de 2022, c’est le cas de 4400 Québécois·es, selon le Directeur général des élections du Québec.
Limites et nuances de l’exercice
Bien entendu, cet exercice est fictif et comporte des failles : nous ne pouvons pas prêter des intentions à plus de deux millions de personnes en interprétant leur comportement comme autant de gestes de protestation.
Pourtant, le système électoral et l’écosystème médiatique se comportent exactement de cette manière envers les électeur·ices dont le choix politique légitime, à savoir le refus, est immanquablement jugé indigne de considération.
Notre exercice a néanmoins le mérite de souligner l’ampleur de l’écart entre cette démocratie qui n’a de représentative que le nom et le poids démographique de celles et ceux qui n’ont choisi aucune de ces réponses. Que nous dit le fait que le tiers de l’électorat ne se sente pas suffisamment représenté pour se rendre aux urnes? Que nous révèle l’effacement systématique de ces données sur la conception de la « démocratie » portée par cette élite qui dicte les règles du jeu politique ?
Une distorsion qui s’inscrit dans la durée
L’élection de 2026 n’est pas un cas isolé. En 2018 et en 2022, si les abstentions avaient été comptabilisées comme des votes pour un parti, elles auraient formé un gouvernement majoritaire avec respectivement 71 et 64 sièges. La Coaltion avenir Québec aurait formé l’opposition: notre filet social s’en porterait beaucoup mieux. En 2014, le parti libéral aurait été minoritaire – un évènement rarissime avec notre mode de scrutin, qui le serait moins si on n’occultait pas les abstentions – et ces dernières auraient formé l’opposition.
La démocratie, au-delà des urnes
Résoudre l’impasse de la démocratie institutionnelle exigera de nous que nous transformions radicalement non seulement le système électoral désuet, mais l’ensemble des structures interreliées qui excluent, concentrent le pouvoir et placent l’accroissement du capital au-dessus de la dignité humaine et de la protection du vivant.
Reconnaître le vote nul n’est qu’une des nombreuses avenues qui pourraient paver la voie à une véritable démocratie. Chose certaine, cette dernière ne saurait se réduire à choisir, une fois tous les quatre ans, qui prendra pour nous les décisions qui nous impactent tous·tes.
À propos du parti NUL
Fondé en 2009, le parti NUL se veut un catalyseur de refus et de révolte contre un système injuste et antidémocratique au service d’une élite. Il contribue à l’émergence d’une pensée libérée des dogmes politiques limitatifs et participe à la construction d’une contre-culture qui met en lumière qu’une autre façon de vivre ensemble est possible et nécessaire.
Le parti NUL a présenté 38 candidatures lors des élections de 2026 – un record depuis sa création en 2009 – et a récolté 8166 votes (un autre record!), ce qui représente 0,19 % des votes valides.
