Les personnes qui ont remporté leurs sièges lors des dernières élections provinciales sont-elles représentatives de la population? Pivot a recensé les origines professionnelles des élu·es. Il en ressort un groupe diversifié où les gestionnaires, les avocat·es et les professionnel·les de la santé sont les mieux représenté·es.
Les administrateur·trices de sociétés et les gestionnaires forment le groupe professionnel le mieux représenté à l’Assemblée nationale. Parmi les élu·es, 29 appartiennent à ce groupe, auquel on peut ajouter six entrepreneur·euses, la différence étant que ces dernier·ères possèdent les sociétés dans lesquelles iels travaillent. Ensemble, iels représentent 27,6 % de la députation, ce qui est supérieur à leur poids à la Chambre des communes, où iels forment également le groupe le plus important.
C’est aussi le groupe le mieux représenté au sein de chaque parti, à l’exception de Québec solidaire (QS) où seule Ruba Ghazal a principalement travaillé en gestion avant de faire le saut en politique.
À noter que nous n’avons pas différencié les gestionnaires qui travaillent au privé de ceux et celles travaillant au sein de la fonction publique ou des sociétés d’État, puisque plusieurs de ces dernier·ères ont aussi passé une bonne partie de leur carrière au privé.
Les avocat·es et practicien·nes du droit forment le deuxième groupe le mieux représenté avec 17 élu·es, soit environ 13,4 % de la députation. Le seul parti qui n’en compte pas en ses rangs est QS, le seul avocat de son caucus avant les élections, Guillaume Cliche-Rivard, ayant perdu son siège dans une course serrée. Plus de la moitié des avocat·es (9 sur 17) en chambre appartiennent au Parti libéral du Québec (PLQ) et forment près du quart de son caucus.
L’autre secteur bien représenté est celui de la santé, d’où viennent 12 des 127 député·es (9,4 %). Cette fois, c’est le parti au pouvoir, le Parti québécois (PQ), qui en compte le plus en ses rangs. Les sept professionnel·les de la santé forment même le deuxième groupe le mieux représenté au PQ, derrière les gestionnaires et devant les avocat·es.
Mis à part les gestionnaires, les professionnel·les du milieu médiatique constituent le seul autre groupe représenté dans tous les partis. Ce groupe rassemble d’ancien·nes journalistes comme Alexandre Boulerice, de QS, et des animateurs de radio, comme le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime. Des dix personnes qui forment ce groupe, une seule femme : la péquiste Ariane Boyer, ancienne journaliste de TVA, nouvellement élue dans Rivière-du-Loup–Témiscouata–Les Basques.
Le milieu de l’éducation est aussi bien représenté avec quatre enseignant·es au secondaire et autant du Cégep. Une éducatrice spécialisée, Sandrine Michon, a également été élue pour le PQ dans Saint-Jérôme. Ensemble, iels forment 7 % de la députation et sont même mieux représenté·es que le secteur financier, celui-ci comptant 7 député·es dont 4 au PQ et 3 au PLQ.
À noter que bien que plusieurs élu·es aient travaillé dans plus d’un domaine, nous en avons retenu seulement un par personne pour simplifier l’analyse, soit celui dans lequel la personne a travaillé le plus longtemps. En cas d’égalité approximative entre deux domaines, celui que l’élu·e a utilisé pour s’identifier durant la campagne électorale a été retenu. L’information professionnelle des élu·es a été principalement compilée à travers les biographies rendues publiques durant la campagne, sur le site de l’Assemblée nationale ainsi que sur LinkedIn.
Pas un échantillon représentatif de la population
Dans l’ensemble, le groupe, bien que diversifié, n’est pas représentatif des travailleur·euses du Québec.
Le secteur de la construction, dont les salarié·es comptent pour 22 % de la population active du Québec, n’est presque pas représenté sauf par une poignée de personnes ayant œuvré comme gestionnaires dans le milieu à un moment ou un autre de leur carrière.
Le Barreau du Québec reconnaît 31 500 avocat·es, soit environ 0,7 % de la population active de la province. C’est 20 fois moins que leur part dans la députation de l’Assemblée nationale.
La proportion des professionnel·les de la santé reflète le mieux son poids dans la population. Selon Statistique Canada, le secteur représentait 14 % de l’emploi dans la province en 2025. Il aurait toutefois fallu ajouter 6 député·es de plus venant de ce domaine aux 12 élu·es pour obtenir une représentation parfaite.
D’ailleurs, l’Assemblée nationale est majoritairement composée d’hommes (55 %), elle est toutefois beaucoup plus paritaire à l’égard du genre que ne l’est la Chambre des communes où les femmes n’occupent que 30 % des sièges.
Beaucoup de nouveaux·elles venu·es à la politique
La majorité des élu·es (59 %) n’a aucune expérience préalable dans ce rôle, même en tenant compte des autres paliers de gouvernement.
Une situation inusitée, mais qui s’explique par le contexte où la grande majorité des député·es sortant·es appartient à la Coalition avenir Québec (CAQ), qui n’a pas réussi à maintenir de siège au parlement.
Nous avons évité d’attribuer le rôle de politicien·ne de carrière à des élu·es dans le cadre de cette analyse pour ne pas fausser les données. Nous avons tout de même attribué le rôle d’attaché·e politique à huit personnes dont la majorité de la carrière professionnelle s’est déroulée au sein de l’appareil politique de leur parti.
Certaines personnes, comme Pascal Bérubé, qui représente la population de Matane sous la bannière péquiste depuis 19 ans, ont toutefois occupé une fonction élue durant la majorité de leur vie d’adulte et pourraient être perçues comme des politicien·nes d’abord du point de vue professionnel.
Six élu·es ont ainsi plus de quinze ans d’expérience dans ce rôle sur les 127 porté·es au pouvoir lors du dernier scrutin. Notons toutefois que l’un d’entre elleux, Alexandre Boulerice, ex-député fédéral du Nouveau Parti démocratique et maintenant député de QS, en est à sa première présence à l’Assemblée nationale.