On a beau se plaindre du mode de scrutin, il y a quelque chose de profondément juste à l’absence de la CAQ de la prochaine législature malgré un nombre de votes supérieur à celui de Québec solidaire.
J’aime croire que leur résultat n’aurait été guère différent si l’élection avait exigé un second tour de vote. C’est d’ailleurs peut-être un des angles morts les plus importants de la discussion sur la réforme du mode de scrutin : comment garantir ce droit fondamental de se débarrasser d’une classe politique devenue nuisible?
La proportionnelle nous aurait privé·es de l’humiliation de la CAQ. Food for thought.
Le jugement de l’histoire
L’assemblage d’opportunistes qu’était la Coalition avenir Québec aura été la grande force réformatrice néolibérale que les précédents gouvernements austéritaires ont échoué à incarner. Elle aura été aussi efficace à légiférer le démantèlement des protections publiques qu’elle aura été impopulaire à le faire.
Legault a mis le plan en exécution. L’autre devait effacer les traces.
Trop peu trop tard.
Le peuple a parlé, et les sautes d’humeur de Bernard ne me feront pas croire que c’est la face sur la pancarte qui a fait leur défaite.
Après deux mandats, tout le monde constate l’étendue des dégâts et le jugement est clair.
Nos droits ont reculé, notre situation matérielle s’est dégradée, celle des riches est meilleure que jamais et les services publics ont été saccagés. L’État est en ruines; un million de nouvelles patentes de gestionnaires ont été créées et le cash pisse de tous les bords dans des contrats et des investissements ruineux.
Une catastrophe que seul un ancien patron de compagnie qui s’est payé toute sa vie dans les fonds publics pouvait mettre au monde. Un membre typique de notre bourgeoisie nationale qui a occupé ses deux mandats comme premier ministre à passer au suivant.
Qui a dit que les riches n’avaient pas de conscience de classe?
Conservateurs minoritaires
L’opportunisme petit-bourgeois que porte le chef du PQ, même minoritaire, n’est toutefois pas de meilleur augure.
La minorité du PQ est facile à combler par sa droite, en particulier quand vient le temps de mettre en œuvre le nécessaire ménage dans les dépenses publiques. Le chef du Parti Québécois a mis ça au clair assez vite : sa priorité sera l’austérité et il aura certainement un allié chez Éric Duhaime pour tenir la tronçonneuse.
Ce ne sera pas l’équilibre budgétaire à la Mamdani que souhaiterait Québec solidaire, pensez plutôt à des conservateurs comme Lucien Bouchard.
D’un autre côté, le PQ est tellement contraint dans sa position qu’il pourrait être forcé par le PCQ de s’enfoncer dans une lutte idéologique impopulaire et de devoir porter lui-même les conséquences des demandes de ses alliés.
Ça va prendre du nerf quand même pour couper des emplois ou diminuer les services publics pendant une guerre économique qui détourne des centaines de millions de dollars de nos impôts vers la grande industrie et l’armement. Ce n’est pas dit que le PQ est prêt à aller au bout de ses paroles.
Ou en tous cas, il tiendra au camp des travailleur·euses de le rappeler à toutes les occasions que nous aurons. Il faut punir sévèrement et rapidement toute tendance austéritaire, particulièrement quand le choix politique est si clairement délibéré.
QS coincé entre le bloc bourgeois et le bloc populaire
Mine de rien, la formation de Ruba Ghazal et Sol Zanetti a récolté la balance du pouvoir malgré un recul remarqué dans les votes obtenus.
Leur situation pourrait s’avérer puissante, mais ça demanderait une fermeté qu’on ne leur connaît pas et une résilience dans l’adversité qui leur manque face à la classe médiatique.
Il en tiendra donc aux mouvements populaires de garder le parti à l’ordre. Leur position de force pourrait être la nôtre, mais il faut s’assurer une fois pour toutes de mettre un terme aux trahisons faites pour les relations de presse du mandat précédent. Nous n’oublions pas l’affaire Bouazzi, le soutien au projet de loi 96 et la dénonciation des camarades d’Alliance ouvrière. La loyauté du parti aux luttes populaires et à la classe ouvrière reste à démontrer, leurs actions doivent parler notre langage et non celui complètement déconnecté des médias de droite.
Le premier test sera la Palestine, dont la défense demande une démonstration de sérieux après trois ans de génocide. Québec solidaire peut et doit exiger la fermeture immédiate du Bureau du Québec à Tel-Aviv comme condition sine qua non d’une participation de bonne foi au processus législatif. Toute faillite à utiliser sa position de force est une trahison.
Ce devrait être un compromis facile pour le PQ qui hérite de la décision moralement répugnante du précédent gouvernement et a donc l’occasion de prendre une mesure populaire et de faire justice sans avoir l’air de reculer. Devant une telle aubaine politique, il faudrait que Paul St-Pierre Plamondon soit un sioniste convaincu pour s’en tenir à l’impopularité collante du régime d’occupation.
Le seul parti électoral de gauche doit comprendre que nous prenons acte de sa position de pouvoir et que nous le jugerons à son usage. Nous ne pardonnerons aucune compromission avec les génocidaires et les négationnistes.
Seule la lutte paie
Est-ce qu’on est dans une meilleure position qu’avant les élections? Je dirais que oui.
Pas que le gouvernement péquiste m’enchante, mais sa minorité avec une balance du pouvoir au seul parti de gauche nous donne de l’espace pour faire de la politique comme on n’en avait pas. On peut agir beaucoup plus directement sur le processus législatif et notamment sur Québec solidaire par les moyens de la mobilisation populaire.
La classe politique est désunie et nous avons l’occasion de rendre leur collaboration difficile, voire impossible, en punissant toute attaque contre la classe ouvrière pour forcer les politiques publiques dont nous voulons vraiment.
Les mobilisations se sont intensifiées dans les derniers mois sur de nombreux sujets : souverainetés autochtones, logement, immigration, coût de la vie, chômage, impérialisme, etc. Des réseaux militants dont on n’avait plus l’habitude réémergent, d’autres se créent de toutes pièces.
Il y a une effervescence dans l’air. On a même vu le premier squat politique depuis longtemps qui aura duré un total de 67 heures avant que le SPVM ne le saisisse.
Partout ça s’agite, ça se prend l’ambition du pouvoir.
Il n’y a aucun doute, la campagne est commencée.