Féminicides : que nous proposent les partis politiques?

Anne-Sophie Gravel Chroniqueuse · Pivot
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Féminicides : que nous proposent les partis politiques?

Trois féminicides en dix jours à l’aube des élections, est-ce que ce n’est pas assez pour décider la classe politique à agir?

Les annonces de nouveaux féminicides deviennent si fréquentes qu’on en commence parfois à perdre le compte. Souvent, nous avons à peine le temps d’encaisser le choc du meurtre précédent qu’un prochain est annoncé. 

À la mi-août, deux féminicides sont survenus en 48 heures. Et un autre au début de la semaine dernière. Sans compter que, jeudi dernier, une femme a échappé à la mort de justesse après avoir été poignardée à de multiples reprises par son conjoint – qui n’en est pas à sa première arrestation pour violence contre une conjointe ou une ex-conjointe.

Il y a des limites

Rappelons qu’à l’heure d’aujourd’hui, encore environ une femme sur deux se voit refuser une demande d’aide en maison d’hébergement pour femmes, faute de place et de ressources. Les délais sont aussi souvent beaucoup trop longs pour l’urgence que représente un appel à l’aide en cas de violence conjugale.

En réaction à ce contexte particulièrement violent, l’Alliance des maisons d’hébergement de deuxième étape pour femmes et enfants victimes de violences conjugales (Alliance MH2) a fait paraître une lettre dans La Presse la semaine passée.

« Au cours des dernières années, notre réseau a fait sa part, écrit Nathalie Guay au nom de l’Alliance MH2. Malgré des ressources financières limitées, nous avons fait preuve de créativité, d’innovation et de détermination pour répondre aux besoins croissants des femmes et des enfants victimes de violence conjugale. Cependant, ces efforts ne peuvent à eux seuls contrebalancer des années de sous-investissement. »

Car c’est un fait: les sphères sociales associées au care et aux femmes (comme le communautaire ou l’éducation) sont critiquement sous-financées, et il revient aux femmes qui tiennent ces milieux à bout de bras de sans cesse redéployer des trésors d’énergie et d’imagination pour trouver des solutions. 

Mais il y a franchement des limites à demander aux intervenantes de racler les fonds de tiroir et de faire preuve d’inventivité. Imaginez seulement ce que ces femmes qui font des miracles avec rien depuis des années pourraient accomplir si on leur en donnait les moyens! 

La loi Gabie Renaud : et ensuite?

C’est vrai qu’en juin dernier, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi Gabie Renaud, porté par la co-porte-parole de Québec Solidaire, Ruba Ghazal. Le projet est ainsi nommé en hommage à Gabie Renaud, assassinée par son conjoint en septembre 2025. Le meurtrier avait un très lourd historique de violence et avait déjà été reconnu coupable plusieurs fois de violence conjugale.

Le projet de loi vise ainsi à donner aux femmes l’accès à l’information concernant les antécédents judiciaires de leur partenaire. C’est un pas dans la bonne direction. Mais il ne faut surtout pas s’arrêter là. 

D’abord, parce que même si de nombreux féminicides surviennent en contexte conjugal ou intime (particulièrement au moment d’une rupture amoureuse), ils ne représentent pas la totalité des meurtres de femmes. 

D’autre part, s’en tenir uniquement à la loi Gabie Renaud sans accroître davantage les ressources venant en aide aux femmes risquerait encore une fois de faire porter aux femmes l’unique responsabilité de se protéger et de se sortir d’une situation de violence.

Élections provinciales : le temps des discours est passé

Nous sommes officiellement en campagne électorale depuis jeudi dernier. Et sans surprise, avec le coût de l’épicerie et du logement, la question des finances figurera assurément parmi les préoccupations principales de nombreux électeurs et électrices dans les semaines à venir.

Un récent sondage dévoile que hausser les impôts pour augmenter l’enveloppe budgétaire des programmes et services sociaux est tout au bas de la liste des priorités des personnes sondées, puisque 62% d’entre elles considèrent qu’il s’agirait d’une « mauvaise mesure » à mettre de l’avant.

On comprend que l’électorat ne souhaite pas qu’on pige plus avant dans ses poches. Mais il serait de très mauvaise foi de prétendre qu’investir dans les programmes sociaux ne contribuerait pas à résoudre plusieurs autres problèmes, tout comme de prétendre qu’une hausse d’impôts est la seule option envisageable. 

Il faut exiger des partis politiques qu’ils nous expliquent ce qu’ils ont à proposer pour tenter de stopper l’enfilade effrénée des féminicides. Ils devraient avoir eu amplement le temps d’y penser dans les dernières années, me semble-t-il. 

Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale a d’ailleurs fait paraître le communiqué « Élections provinciales : face à la violence conjugale, l’inaction n’est pas une option ». Y sont ciblés trois enjeux précis et leurs solutions proposées, dans le contexte de la montée de la misogynie et de l’antiféminisme. On propose notamment d’améliorer la formation des professionnel·les intervenant auprès des victimes, et la création d’un ministère des Droits des femmes et de l’Égalité.

Il est grand temps d’arrêter de se contenter de l’étape de l’indignation et des discours politiques prononcés avec un air abattu. Il faut faire plus. Et le milieu communautaire sait quoi faire. 

Nous n’avons qu’à l’écouter.