À Gaza, comment les enfants vivent-ils la rentrée scolaire après trois ans de guerre?

Sarah Emad Chroniqueuse à Gaza · Pivot
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À Gaza, comment les enfants vivent-ils la rentrée scolaire après trois ans de guerre?

Après près de trois années de guerre et d’interruption scolaire, des milliers d’enfants de Gaza s’apprêtent à reprendre le chemin de l’école.

En effet, cette rentrée scolaire marque une reprise unifiée et officielle sous l’égide du ministère palestinien de l’Éducation à Ramallah. Mais entre les souvenirs des rentrées d’avant-guerre et la réalité de septembre 2026, leurs cartables, leurs écoles et leurs attentes ont changé.

Avant la guerre, la rentrée scolaire était un moment particulier pour les enfants de Gaza. Quelques jours avant le début des cours, beaucoup étaient accompagnés de leurs parents dans les marchés pour choisir un nouveau cartable, des cahiers, des crayons et le reste des fournitures scolaires. Les enfants rentraient chez eux, impatient·es de préparer leurs affaires et de retrouver leurs camarades.

Le premier jour était souvent synonyme de joie et d’excitation : les nouveaux uniformes, les sacs fraîchement achetés, les retrouvailles avec les ami·es et la découverte d’une nouvelle classe. Pour les enfants comme pour leurs parents, la rentrée marquait le début d’une nouvelle année, avec ses projets, ses envies et ses petites habitudes. 

Ces trois ans de guerre ont profondément bouleversé cette routine. En septembre 2026, les enfants de Gaza s’apprêtent à reprendre le chemin de l’école, mais dans des conditions qui n’ont plus rien à voir avec celles qu’iels connaissaient avant octobre 2023. 

« Je suis déplacé du nord de Gaza vers le sud. J’espère que nous pourrons retourner dans le nord, là où se trouve mon école, pour que, lorsque je serai grand, je puisse avoir une bonne éducation »

Ibrahim Al-Khudari, 11 ans

Pour Layan, 16 ans, aujourd’hui déplacée de Beit Hanoun à Deir al-Balah, retrouver une salle de classe reste toujours autant un moment important. Après des années de déplacements et d’interruption scolaire, elle dit retrouver dans cet espace quelque chose qui lui manquait. « Cette école me fait me sentir normale à nouveau. Étudier en présentiel est tellement mieux : cela m’aide à créer un lien avec mes enseignant·es », raconte-t-elle. 

Layan aimait le codage avant la guerre. Aujourd’hui, l’accès limité à Internet l’empêche de poursuivre cette passion comme elle le faisait auparavant. Elle rêve désormais de devenir médecin, tout en gardant cet intérêt pour l’informatique. « Je rêve toujours de devenir une médecin qui sait coder, quelqu’un de spécial qui peut faire la différence », dit-elle.

Les écoles détruites 

Cette rentrée, fixée au 6 septembre 2026 par le ministère palestinien de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, doit marquer une reprise progressive de l’enseignement en présentiel dans la bande de Gaza. Mais pour de nombreux élèves, retrouver le chemin de l’école ne signifie pas retrouver leur ancienne école. Selon les chiffres du Ministère, environ 95 % des bâtiments scolaires et éducatifs ont subi des dommages depuis le début de la guerre, tandis que près de 85 % sont désormais hors service en raison de destructions partielles ou totales.

Face à ces destructions, les écoles sont aujourd’hui, dans de nombreuses zones, remplacées par des espaces d’apprentissage temporaires installés sous des tentes. Des enfants y reprennent les cours avec des moyens limités, loin des salles de classe qu’iels connaissaient. Ailleurs, dans les établissements encore utilisables, les élèves doivent partager certains espaces avec des familles déplacées qui n’ont nulle part où aller. La rentrée scolaire se fait ainsi dans des lieux qui ne sont plus seulement des écoles, mais aussi des abris.

Selon des données du ministère palestinien de l’Éducation rapportées par l’UNICEF, au 26 août 2025, 17 237 élèves et 741 membres du personnel éducatif avaient été tués à Gaza.

Dans cet environnement, même les fournitures scolaires les plus simples ont pris une autre importance. À Gaza, Basil, 13 ans, a récemment reçu un cahier, des stylos, une gomme, une règle, un rapporteur, des crayons et des feutres lors d’une distribution locale de fournitures scolaires. Il les attendait depuis longtemps.

« Ces fournitures vont vraiment m’aider à étudier. Je suis soulagé de ne pas avoir à les acheter à des prix aussi élevés », raconte-t-il.

Pour cette rentrée, son sac ne contient peut-être pas tout ce qu’il aurait voulu y trouver, mais il lui permet au moins de reprendre les cours avec le nécessaire. Malgré les années d’interruption, Basil continue de se projeter dans l’avenir.

« Quand je serai grand, je veux devenir ingénieur », dit-il.

Retrouver le rythme de l’école

Pour les enseignant·es, la rentrée ne consiste pas seulement à reprendre les cours là où ils se sont arrêtés. Après de longs mois d’interruption, certain·es élèves ont besoin de temps pour retrouver le rythme d’une journée scolaire, se concentrer en classe et renouer avec leurs enseignant·es et leurs camarades. Selon des données du ministère palestinien de l’Éducation rapportées par l’UNICEF, au 26 août 2025, 17 237 élèves et 741 membres du personnel éducatif avaient été tués à Gaza.

À Khan Younès, Sara Al-Louh, 30 ans, enseigne dans un espace d’apprentissage installé sous une tente. Professeure d’arabe de formation, elle assure également des cours de sciences en raison du manque de personnel enseignant. « Nous avons perdu beaucoup d’enseignant·es et beaucoup d’élèves », explique-t-elle. Pour elle, ces pertes se ressentent dans le quotidien des classes, tout comme les longues périodes pendant lesquelles les enfants ont été éloignés de l’école.

« Iels ont été privés d’école pendant plus de quinze mois, et cela a affecté leur concentration », dit-elle. Pour les aider à retrouver progressivement leurs repères, Sara et ses collègues accordent du temps aux échanges, aux activités collectives et à la participation en classe. Iels essaient surtout de recréer un cadre rassurant, où les enfants peuvent reprendre leurs habitudes, retrouver leur capacité à se concentrer et renouer avec l’apprentissage. Malgré les conditions difficiles, Sara dit qu’elle continuera à enseigner « avec détermination et persévérance » et à accompagner ses élèves dans cette reprise.

Retrouver son école, retrouver une partie de sa vie

À travers les témoignages des enfants, le retour à l’école apparaît ainsi comme bien plus qu’une reprise des cours. Il touche aussi à leurs souvenirs, à leurs habitudes et aux lieux qui ont marqué leur enfance.

Ibrahim Al-Khudari, 11 ans, a été déplacé du nord de Gaza vers le sud. Pendant la guerre, il a perdu son frère, qui l’accompagnait autrefois sur le chemin de l’école à Beit Lahia. Aujourd’hui, ce trajet lui manque autant que l’école elle-même : les rues qu’il connaissait, les habitudes de chaque matin et la présence de son frère à ses côtés.

« Je suis déplacé du nord de Gaza vers le sud. J’espère que nous pourrons retourner dans le nord, là où se trouve mon école, pour que, lorsque je serai grand, je puisse avoir une bonne éducation », dit-il. Pour Ibrahim, retrouver son école signifie donc aussi retrouver une partie de son enfance, même si le chemin vers cette vie d’avant ne sera plus le même.

Continuer à rêver malgré tout

Malgré les interruptions, les déplacements et les conditions dans lesquelles les élèves reprennent aujourd’hui leurs études, iels continuent de parler de ce qu’iels veulent devenir. 

Basil, 13 ans, veut devenir ingénieur. Layan, 16 ans, rêve de devenir médecin tout en continuant à s’intéresser au codage. Ibrahim, 11 ans, espère pouvoir retourner dans le nord et retrouver son école pour poursuivre son éducation.

Leurs réponses sont différentes, mais elles ont un point commun : l’école reste associée à l’idée d’un avenir possible.

Une rentrée qui cherche encore ses repères

Le 6 septembre, les enfants de Gaza reprendront progressivement leurs cours dans des écoles encore debout, des tentes et des espaces d’apprentissage temporaires. Pour certain·es, iels retrouveront leurs enseignant·es et leurs camarades. Pour d’autres, iels découvriront un nouvel endroit, loin de leur ancienne école. Cette rentrée ne ressemble donc pas à celles dont les élèves se souvenaient avant la guerre. Elle ne peut pas effacer les années d’interruption ni les pertes qui ont marqué leurs familles.

Mais elle représente malgré tout un retour.

Un cahier dans un sac, un cours à suivre, un·e professeur·e devant une classe, un enfant qui lève la main : des gestes simples qui retrouvent une place dans le quotidien de Gaza.

Après trois ans, les enfants ne retrouvent pas encore l’école qu’iels ont connue, mais essaient d’en reconstruire une nouvelle, avec ce qu’il reste, et avec l’espoir de pouvoir un jour reprendre le chemin de celle qu’iels ont laissée derrière elleux.