Il y a bientôt 40 ans, la Ville de Montréal rompait tout lien avec l’apartheid sud-africain, ce qui lui valut d’être saluée par Nelson Mandela comme une « ennemie de la tyrannie raciste ». Devant le génocide et l’apartheid que subit aujourd’hui le peuple palestinien, Montréal peut se montrer à la hauteur de cette histoire.
Nous, organisations et citoyen·nes de tous horizons, appelons le conseil municipal de Montréal à adopter une motion de solidarité avec le peuple palestinien, qui reconnaisse ces crimes et engage la métropole à suspendre l’ensemble de ses liens avec Israël : liens institutionnels, contrats avec des entreprises complices, échanges sportifs, académiques et culturels.
Ce 24 août, une motion de solidarité avec le peuple palestinien sera soumise au vote lors du conseil municipal. Déposée en juin par Projet Montréal, elle fait suite à des mois de mobilisation soutenue par des Montréalais·es solidaires. Cette motion a le mérite de nommer les choses. Elle reconnaît le régime d’apartheid imposé en Palestine et le génocide qui y est perpétré. Et elle y attache un engagement concret : la suspension des liens institutionnels de la Ville avec l’actuel gouvernement d’Israël, ses institutions et ses municipalités. C’est un pas dans la bonne direction.
Le droit international a parlé, alors qu’Israël poursuit sa campagne génocidaire à Gaza et son expansion coloniale meurtrière au Liban, en Syrie et dans tout le territoire palestinien occupé. En 2021 et 2022, Human Rights Watch, B’Tselem et Amnistie internationale ont documenté l’apartheid et le nettoyage ethnique. En 2024, la Cour internationale de Justice (CIJ) a reconnu qu’Israël pratique la discrimination raciale à l’encontre des Palestinien·nes, déclaré l’occupation illicite et rappelé aux États leur obligation de ne pas y contribuer. La même année, la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahu et son ancien ministre Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, dont la famine délibérée. En 2025, une Commission d’enquête de l’ONU a conclu au génocide.
Montréal n’est pas étrangère à ces crimes. Des terres palestiniennes y ont été mises en vente illégalement lors d’un salon immobilier en 2024. Le rapport de la campagne Arms Embargo Now recense, entre octobre 2023 et juillet 2025, 47 envois de matériel militaire vers Israël, dont 21 au départ de Montréal, plaque tournante de cette chaîne d’approvisionnement. Parmi les expéditrices figure CAE, basée à Montréal et qui fournit l’équipement d’entraînement des pilotes israéliens bombardant les Palestinien·nes lors du génocide en cours. L’entreprise canadienne Galvion conçoit à Montréal des équipements militaires fournis aux forces d’occupation israéliennes. L’entreprise israélienne Cellebrite, dont les outils d’extraction de données sont utilisés contre les Palestinien·nes dans le cadre du système d’apartheid israélien, figure parmi les fournisseurs de la police de Montréal. Et la Ville a octroyé depuis 2021 plus de 34 millions $ de contrats à la filiale canadienne d’Oracle, dont les logiciels équipent l’armée d’occupation israélienne. Chacun de ces faits appelle une action. Les contrats, la Ville peut les rompre elle-même. Les expéditions de matériel militaire ne cesseront que par un embargo total et immédiat contre Israël, ce que le conseil municipal doit exiger du gouvernement canadien, comme l’a fait la Ville de Burnaby, en Colombie-Britannique.
Certains objecteront que ces enjeux débordent la juridiction municipale. C’est doublement faux. Sur le plan juridique, en rompant ses liens, Montréal ne ferait qu’appliquer le droit international, plus précisément l’obligation énoncée par la CIJ de ne rien faire qui soutienne l’occupation illégale. Les Principes de Gwandju, édictés en 2014 au 4è Forum mondial des Villes des Droits humains, ne laissent place à aucun doute : les villes doivent adopter une approche fondée sur les droits humains et sur la solidarité dans toutes les dimensions de la gouvernance municipale. Et sur le plan historique, l’autonomie administrative des villes leur a souvent permis d’adopter des politiques audacieuses poussant les autres paliers de gouvernement à agir aussi.
Montréal l’a déjà démontré en 1987, en devenant la première ville canadienne à adopter une politique anti-apartheid. Elle refusait sous le maire Jean Doré tout contrat aux entreprises bénéficiant du régime sud-africain. Voilà un précédent historique.
Montréal ne serait pas seule aujourd’hui : des municipalités québécoises comme Price, Saint-Germain-de-Kamouraska, Saint-Cuthbert, Saint-Valérien et Sainte-Angèle-de-Mérici, ou à l’international Barcelone, Liège, Oslo, Oxford ou Bristol ont déjà condamné le génocide et l’apartheid, et posé des actions concrètes. Il est temps que Montréal se joigne au mouvement international de défense des droits du peuple palestinien.
Madame la Mairesse Soraya Martinez Ferrada, Mesdames et Messieurs les élu·es, au nom de la justice, de la solidarité et du respect des droits humains, Montréal doit dénoncer un État d’apartheid qui commet un génocide et suspendre l’ensemble de ses liens avec Israël refusant ainsi toute association à la perpétuation de ces crimes. L’administration municipale peut encore se hisser à la hauteur de ce moment historique en adoptant une motion en ce sens ce 24 août. Vous inscrirez ainsi Montréal dans la continuité de ce qu’elle a fait de mieux.
Cette lettre a été initiée par La Coalition du Québec URGENCE Palestine, la Ligue des droits et libertés, Amnistie internationale Canada francophone, Palestiniens et Juifs unis (PAJU) et le Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM-CSN) à laquelle plus de 130 organisations et 1400 citoyen·nes ont ajouté leur signature.