La mémoire de l’internationale féministe

Ce dimanche, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, les féministes marcheront sous le thème « Générations deboutte », une référence sans équivoque au journal Québécoises deboutte!, publié par le Front de libération des femmes du Québec (FLF) en 1971.

Le FLF avait été mis sur pied dans la foulée des mobilisations contre l’interdiction de manifester à Montréal mis en œuvre en 1969 par l’autoritaire maire Jean Drapeau. Le 29 novembre de la même année, des militantes de la CSN avaient tenu un rassemblement au nom d’un Front commun des Québécoises en défiance du règlement et plusieurs avaient été arrêtées et condamnées à l’amende.

À l’époque, la répression politique de la police de Montréal était brutale et sans appel. Après l’occupation militaire de la ville et la détention arbitraire de centaines de militant·es indépendantistes et de gauche en octobre 1970, les mouvements de libération avaient continué de s’intensifier et la répression avec eux.

L’inégalité est une condition du capitalisme et au-delà de la guerre de classe, la guerre réelle est la meilleure façon de la maintenir.

En octobre 1971, une militante syndicale, Michèle Gauthier, était d’ailleurs décédée sous la charge des milices du capital lors d’une manifestation en appui aux grévistes de La Presse. Elle a été mise en terre avec honneur par les chefs des grandes centrales quelques jours plus tard.

L’histoire du mouvement féministe est une histoire ouvrière. C’est l’histoire des luttes menées dans les usines de textile, et la grève des allumettières. C’est l’histoire des syndicalistes qui ont fondé la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Léa Roback, Madeleine Parent et Simonne Monet-Chartrand, entre autres.

C’est une histoire qui continue.

Feministes internationalistes

Au moment de la création du FLF, le mouvement indépendantiste québécois avait le vent dans les voiles. Il s’inscrivait dans un vaste mouvement de libération international dans lequel les femmes jouaient un rôle majeur. Mais après octobre 1970, une ligne de fracture est devenue de plus en plus évidente, exemplifiée par les divergences entre Pierre Vallière et Charles Gagnon au moment de la dissolution du Front de libération du Québec (FLQ).

D’un côté, le nationalisme du Parti québécois, déterminé à faire l’indépendance à travers la bourgeoisie au pouvoir depuis la Révolution tranquille. Un compromis pour la gauche, dont Vallière, qui bénéficie à ce moment du rapport de force des luttes populaires au sein du parti et y voit une étape nécessaire pour construire la République socialiste.

De l’autre, l’internationalisme des mouvements ouvriers et marxistes, solidaires des autres mouvements de libération, qui refusent de former un État client au sein de l’empire. C’est le camp de Gagnon, de Michel Chartrand et du Front de libération des femmes.

Les féministes choisissent la libération internationale.

On sait aujourd’hui quel camp l’a emporté chez les souverainistes.

Le nationalisme bourgeois dirige les affaires de la nation sans opposition depuis les années 1980. Les riches pures laines n’ont pas besoin d’un pays et trouvent très bien leur compte dans les querelles entre Québec et Ottawa, François Legault en est probablement le meilleur exemple.

À la croisée de l’histoire, la gauche tout entière doit répondre à l’appel du mouvement des femmes et combattre une mémoire qui fait trop souvent défaut.

Les séparatistes du PQ, maintenant libérés de leur gauche, n’ont plus à faire de compromis et promettent un pays où la classe politique actuelle pilotera sans opposition son propre projet colonial. Au diable la décolonisation, les n****s blancs d’Amérique habitent à Dubaï, vendent des armes aux Américains et accaparent les territoires palestiniens.

Et ceux qui nous disent encore colonisé·es ont le grand remplacement au bout des lèvres.

Même si le FLF a été de courte durée, notamment en raison de la difficulté à construire un mouvement féministe au sein d’un mouvement marxiste limité par son machisme, sa tradition n’a jamais été perdue. On la retrouve encore dans le mouvement syndical – pensons au Centre international de solidarité ouvrière (CISO) – et dans la Marche mondiale des femmes, qui a réuni plus de 15 000 personnes à Québec en octobre dernier.

Le camp féministe, plus que jamais, doit honorer son histoire et faire à nouveau le choix de l’internationalisme.

Les femmes contre l’empire

L’ère des empires ne vient pas de commencer. Les frappes américaines au Vénézuéla et en Iran ne sont que la continuation d’une politique en place depuis la fin de la guerre civile américaine.

Le génocide autochtone à l’ouest du Mississippi et l’expansionnisme international américain sont les conséquences directes de la fin de l’esclavage. Une réponse pragmatique à un problème économique duquel les Noir·es américain·es écopent toujours. Parlez-en à Angela Davis.

L’inégalité est une condition du capitalisme et au-delà de la guerre de classe, la guerre réelle est la meilleure façon de la maintenir.

Alors que les bombes pleuvent sur Téhéran, sur les hôpitaux et les écoles, comme elles ont plu sur Gaza depuis octobre 2023 et sur Caracas au début de l’année, il faut plus que jamais serrer les coudes. L’heure n’est pas à la dissertation et aux faux-semblants, mais à la solidarité.

Il faut se ranger derrière les Iraniennes du mouvement Femmes, vie, liberté et condamner l’agression israélo-américaine qui vise délibérément les filles. Il faut le faire avec fermeté, massivement et sans réserve. Le mouvement des femmes iraniennes ne doit jamais être le prétexte d’une défense de l’impérialisme.

Même si le FLF a été de courte durée, notamment en raison de la difficulté à construire un mouvement féministe au sein d’un mouvement marxiste limité par son machisme, sa tradition n’a jamais été perdue.

Il faut se ranger derrière les Cubaines, les révolutionnaires les plus exemplaires. Celles qui, comme Marta Rojas, ont participé à construire le socialisme par la base. Celles qui, par leur génie et leur résilience, ont permis à l’île de traverser la « période spéciale » en inventant de toute pièce une économie de la récupération. Celles qui, comme Mariella Castro, ont avancé la libération gaie et celle des personnes trans.

Cuba est présentement en état de siège et ce sont les femmes, les enfants et les personnes âgées qui en sont les premières victimes. Il faut briser le blocus qui précède les bombes.

À la croisée de l’histoire, la gauche tout entière doit répondre à l’appel du mouvement des femmes et combattre une mémoire qui fait trop souvent défaut. Remettons-nous deboutte, et sachons reconnaître dans les failles de l’histoire le chemin de la libération.