Biz, l’ex-chanteur des Loco Locass et romancier, a partagé ses opinions au sujet des garçons et des filles, lors d’une longue entrevue à la radio 98,5 FM. Évidemment, il est pour l’égalité, a-t-il précisé, en pensant à ses propres enfants. Nous voilà rassurés.
Mais, car il y a un mais, il faut selon lui « accepter et reconnaitre qu’il y a des différences entre les gars et les filles ». Et le voilà qui enfile les clichés masculinistes, devant une animatrice ravie que son invité « ose » dire pareilles choses…
Les hommes dans la publicité
Il ose dire, par exemple, que « les gars sont des imbéciles » dans « toutes les publicités » à la télévision, ce qu’on nous répète pourtant depuis au moins vingt ans!
Je me suis donc écrasé dans mon divan, calepin et stylo à la main, pour noter ce qu’on voit dans les 26 publicités que j’ai pu saisir, en zappant 30 minutes, sur Noovo, Radio-Canada, TVA. Certes, on entend des voix off de femme pour vendre des culottes féminines pour fuites urinaires et pour un test de grossesse. Biz s’en remettra-t-il? Mais on voit surtout des hommes incarner un livreur à domicile, un père rapporter l’épicerie pour ses enfants, un autre accompagner sa fille à son mariage en voiture de luxe, un chocolatier, un pharmacien, un optométriste, un conseiller financier, des entrepreneurs et des ingénieurs (pour une compagnie d’énergie), des travailleurs de la construction (pour le gouvernement fédéral) et trois entraineurs sportifs (uniquement masculins) pour la Ligue de départ Bell pour les immigrants. Une publicité de cellulaire met aussi en scène une femme qui achète des fleurs et un homme qui gère un BBQ. Sans oublier les publicités pour le concert de Dirty Dancing avec sa mâle vedette romantique, pour le nouvel album de Marc Dupré et pour la course de Formule E en Arabie Saoudite.
Des publicités proposent aussi des voix off d’hommes – sérieuses et crédibles – pour nous vendre des produits pour animaux, des assurances, des médicaments, le spectacle Disney sur glace et nous encourager à « acheter canadien » (gouvernement fédéral). Bref, si Biz ne voit que des hommes « imbéciles » dans « toutes les publicités » télévisées, il devrait se proposer pour jouer le rôle d’un client, dans une publicité pour la SQDC, puisqu’il semble en fumer du bon… Mais attention au badbuzz!
L’école, toujours l’école
Toujours aussi courageux, il a déploré qu’on fasse lire aux écoliers « des livres idéologiques » représentant la vie sur une réserve autochtone. Il préférerait que son fils puisse lire des « romans de joueurs de hockey en couple avec des femmes », ce qui – apparemment – n’est pas du tout idéologique… Une recherche que je viens de mener en partenariat avec la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) a pourtant permis de conster que c’est parmi les joueurs de hockey des équipes scolaires qu’on retrouve les élèves qui sont le plus souvent, en groupe, sexistes, homophobes et transphobes, intimidant par exemple leurs camarades de la diversité (j’en avais parlé dans Pivot).
Biz a enfin « osé » déclarer que « les petits gars » devraient avoir le droit de « se tirailler dans la cour d’école ». Quelle audace, même si cette idée est régulièrement défendue par les ministres de l’Éducation, comme Bernard Drainville exigeant qu’on laisse les élèves jouer au Roi de la montagne, en précisant qu’il pensait surtout aux garçons.
L’idée osée de Biz nous rappelle celle de l’école primaire Du Boisé, à Sept-Îles, qui avait organisé, en 2017, des batailles supervisées entre garçons, pendant les récréations (on peut voir les images ici). Selon la directrice, il fallait que les « garçons puissent prendre la place comme de jeunes chiots qui aiment se bousculer, qui aiment se chicaner ». Le ministre de l’Éducation d’alors, Sébastien Proulx, avait salué l’initiative : « il faut travailler différemment avec nos garçons et à leur réussite, et il ne faut pas les empêcher d’être ce qu’ils sont ».
Je mentionne cet exemple régulièrement dans mes conférences sur le masculinisme, en ironisant sur le fait que pareille initiative ne doit pas favoriser la lutte contre l’intimidation à l’école. Mais il m’a fallu presque 10 ans pour penser au plus important : à part les professeurs comme moi qui n’en sortent jamais, le commun des mortels quitte l’école pour entrer dans sa vie adulte, se trouver un emploi et se mettre en couple.
Or on oublie toujours cette réalité si banale, quand on s’inquiète pour nos garçons à l’école. Je n’avais d’ailleurs jamais pensé consulter les statistiques de la MRC de Sept-Rivières, où est située Sept-Îles. Je l’ai fait, finalement, il y a quelques semaines.
Selon le dernier recensement de 2020, les hommes de la région bénéficient du plus grand écart de revenu d’emploi moyen et médian de la province, en comparaison aux femmes, en grande partie grâce aux emplois dans les mines. S’ils décrochent un poste à Fermont, ils empocheront alors en moyenne 90 000 $ de plus par années que les femmes, soit 146 000 $ contre 56 000 $.
Dans la région, ces femmes sont pourtant deux fois plus nombreuses à détenir un diplôme universitaire. Mais avec de telles perspectives économiques, pourquoi diable les garçons resteraient-ils longtemps à l’école? Et qu’ils s’y battent entre eux sert à quoi, et à qui, au juste?
Parlant de se battre, j’ai aussi consulté les données sur les violences conjugales. Devinez-quoi? La région a un taux de violence conjugale masculine deux fois plus élevé que la moyenne – et même le plus élevé – du Québec. À quoi bon, alors, encourager les garçons à se battre?
Mais Bizz ose mener d’autres combats plus importants : il se plaint aussi, à la radio, qu’on dépeigne les hommes comme « des violeurs potentiels ». « Bizz, tu es un phare dans la nuit », notait Colin Boudrias avec ironie sur les médias sociaux, au sujet de cette entrevue radiophonique.
Malheureusement, l’ampoule du phare est grillée…