Cette semaine, la secrétaire d’État fédérale à la Lutte contre la criminalité, Ruby Sahota, annonçait un investissement de 36,9 millions $ via le Fonds pour la résilience communautaire pour prévenir l’extrémisme violent.
Or, plusieurs bénéficiaires se trouvent au Québec, ce qui soulève une question, vu la présence de Montréal au sein du Réseau municipal canadien en prévention de la criminalité, qui a reçu du financement. Comment ces fonds s’articulent-ils avec les responsabilités locales des municipalités, souvent improductives – voire complices – face aux exclusions qu’elles prétendent combattre?
La responsabilité et le pouvoir des Villes
Pendant que l’Union des municipalités du Québec (UMQ) affirme que « les municipalités sont les premières responsables de la sécurité de leur population », des réseaux d’entraînement et des fraternités paramilitaires se multiplient au Québec – des initiatives en apparence légitimes, mais aux visées idéologiques profondément inquiétantes.
En juillet 2025, la Gendarmerie royale du Canada (GRC), à la suite d’un signalement du Service canadien du renseignement de sécurité, a procédé à l’arrestation de quatre gars blancs, Marc-Aurèle Chabot, Simon Angers-Audet, Raphaël Lagacé et Matthew Forbes, tous liés aux Forces armées canadiennes et installés dans la région de Québec. Seize explosifs, 83 armes à feu, 11 000 balles. Près d’un demi-million $ en transactions suspectes.
Ce scandale paraît loin du champ municipal, mais les villes peuvent agir. Genève, par exemple, s’est dotée d’un plan d’Organisation en cas de catastrophe pour anticiper les crises sociales et sécuritaires. Montréal, elle, se félicite de ses pistes cyclables en plein échec de soutien à ses populations vulnérables.
« Les municipalités sont les premières responsables de la sécurité de leur population. »
Union des municipalités du Québec
Quand l’ancien maire de Québec, Régis Labeaume, dans une récente chronique, dit ne plus reconnaître sa province, on pense à la milice suprémaciste née dans sa ville, mais aussi à la tragédie de la Grande Mosquée de Québec, où six fidèles ont été tués et d’autres gravement blessés par un jeune homme blanc, craintif de l’annonce du gouvernement canadien sur l’arrivée de réfugié·es, devenant le pire tueur en série de musulmans de l’histoire du pays et inspirant le tueur de Christchurch, en Nouvelle-Zélande.
Pourtant, rares sont les maires et mairesses à suivre audiblement Régis Labeaume dans son inquiétude. L’Union des municipalités du Québec reste muette. Quant à Valérie Plante, sa voix, dans les derniers milles de son mandat, serait pourtant précieuse.
En 2018, Valérie Plante se disait inquiète du discours sur les seuils d’immigration. En 2023, elle réclamait de l’aide face au manque de ressources.
Projet Montréal ne laisse aucun legs tangible aux communautés ciblées.
On se souviendra aussi qu’après le massacre de Charlie Hebdo, Montréal avait réuni 23 maires du monde entier et fondé le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPMRV) – le premier du genre au Canada. Malgré ses limites, cette initiative prouvait que les villes peuvent agir. Le CPRMV fait d’ailleurs partie des récipiendaires du financement fédéral annoncé cette semaine.
Les Villes, comme gouvernements de proximité, sont bien placées pour panser les plaies de celles et ceux qui souffrent de la montée de la droite. Mais à Montréal, Projet Montréal ne laisse aucun legs tangible aux communautés ciblées.
Le Bureau d’intégration des nouveaux arrivants, anciennement sous la direction générale et ensuite relégué à un rang subalterne, symbolise cette mise à distance.
Rappelons aussi les 18 000 dossiers d’immigration annulés à l’époque du projet de loi 9, en 2019, lorsque le gouvernement du Québec a suspendu le traitement de nombreux dossiers dans l’ancien système d’immigration. Silence radio des municipalités.
La fascisation tranquille des Villes
Si Ottawa investit pour prévenir l’extrémisme, les Villes doivent admettre leur propre part de responsabilité – par leurs omissions, leurs décisions et leurs silences. Elles doivent examiner comment leurs pratiques contribuent aussi, par omission, aux dynamiques d’exclusion qui alimentent la radicalisation.
Pendant que Québec investit 140 millions $ sur cinq ans pour « contrer le recrutement par le crime organisé », les causes profondes – pauvreté, exclusion, racisme – restent intactes.
Un mois avant cette annonce faite à Longueuil, Nooran, un adolescent afghan non armé de quinze ans était abattu par la police de cette même ville. Paix à son âme.
Les Villes doivent admettre leur propre part de responsabilité – par leurs omissions, leurs décisions et leurs silences.
D’ailleurs, les instruments de l’État, trop souvent, reprennent les logiques mêmes qu’ils prétendent combattre. Quand des corps policiers municipaux profilent, brutalisent ou tuent des personnes racisées ou marginalisées, n’assiste-t-on pas à une radicalisation d’État?
Cette dérive se manifeste jusque dans les symboles : à Montréal, le parti qui promettait jadis une « ligne rose » pour désenclaver les quartiers du Nord-Est a plutôt démontré un penchant pour la Thin Blue Line – cet emblème policier controversé, associé aux mouvements de réaction face à Black Lives Matter et aux rhétoriques de suprématie blanche.
À Montréal, la compassion municipale se manifeste souvent à géométrie variable. En 2021, la mairesse Plante s’était recueillie à l’endroit où Thomas Trudel, seize ans, avait été abattu à Saint-Michel, promettant de « tout faire » pour élucider sa mort.
Mais qu’en est-il des victimes de son propre appareil administratif – à commencer par les personnes tuées par des interventions policières?
Rien n’est plus cruel qu’un gouvernement qui crée ses propres ennemis et efface la mémoire de ceux dont il a brisé la vie.