L’institut de Nouveau monde organisait, le 16 septembre dernier, une présentation des candidat-es à la mairie de Montréal, sous le thème de la démocratie municipale. Une première occasion d’entendre les idées de la relève qui dirigera Montréal en novembre. La soirée était divisée en deux blocs thématiques: intégrer la participation citoyenne dans le développement des milieux de vie et inclure toutes les voix même ceux qui sont marginalisés.
L’évènement était organisé par Malorie Flon, directrice générale de l’institut du Nouveau Monde, un organisme non partisan qui a pour mission de renforcer la participation citoyenne à la vie démocratique, et Bertrand Fousse, coordinateur de transition en commun, une alliance de groupes mobilisés afin de trouver des solutions aux problèmes de notre époque.
Les candidat-es à la mairie, Soraya Martinez Ferrada d’Ensemble Montréal, Craig Sauvé de Transition Montréal, et Luc Rabouin, de Projet Montréal ont eu l’occasion d’exprimer leurs ambitions pour Montréal et la démocratie.
Les participants à l’évènement ont pu constater beaucoup d’effervescences à l’entrée et à l’intérieur de l’Auditorium, qui faisait salle comble avec environ 300 personnes. Des citoyen-nes impliqué·es dans le communautaire se demandent si leurs questions seront posées durant l’évènement. Des cols bleus distribuent des pamphlets concernant leurs négociations collectives.
Présentation des candidats:
Craig Sauvé, Transition Montréal : Il souhaite renforcer la démocratie à Montréal et dénonce l’opposition systématique entre les partis et voudrait une diversité d’opinion. Il souhaite une réforme électorale, plus de collaboration et plus de travail en équipe. Il a une expérience de 15 ans dans le milieu municipal.
Ensemble Montréal, Soraya Martinez Ferrada: Immigrante, elle a fui une dictature avec sa famille du Chili pour arriver à Montréal à 8 ans. L’activisme militant et l’engagement citoyen ont toujours fait partie de sa vie. Elle est arrivée dans les organismes communautaires par hasard. Elle a fait du bénévolat avec les nouveaux arrivant-es. C’est la table de concertation de son milieu qui lui a demandé de se présenter aux élections. La consultation citoyenne fait partie de son engagement.
Projet Montréal, Luc Rabouin : Ancien militant du sommet sur l’avenir de Montréal, auteur de Démocratiser la ville et est père de famille. Il s’intéresse à la démocratie municipale depuis le début des années 2000 et organise des sommets citoyens sur l’avenir de Montréal. Il faisait pression sur les candidats pour qu’ils adoptent des propositions pour une ville juste, inclusive, écologique et démocratique. Il est fier d’être dans un parti politique progressiste, écologique et féministe. Ses priorités sont l’itinérance et la crise du logement.
Premier bloc : Comment intégrer la participation citoyenne dans le milieu de vie?
Comment allez-vous vous assurer que vos décisions répondent aux besoins et aux aspirations des citoyens dans les projets de développement et d’aménagement urbain?
Soraya Martinez Ferrada: Avec son travail de conseillère municipale dans l’opposition, elle a vu que l’engagement des citoyens est mis à mal. « Il n’y a pas de suivi sur nos interventions, il faut faire confiance à l’intelligence de vie collective, faire des projets qui représentent ce que les citoyens veulent », dit-elle.
« On ne peut pas juste consulter ceux qui pensent comme nous. Il faut entendre tous les points de vue. La réglementation ne doit pas freiner l’appropriation des rues, des ruelles et des espaces ainsi que le bien être collectif. Il faut mieux outiller les citoyens pour s’assurer qu’ils participent. Actuellement la participation est difficile. Il faut s’assurer de la diversité des voix » ajoute-t-elle.
Craig Sauvé : Plusieurs crises coexistent (logements, itinérance, économique). Il y a un angle mort dans le système : « beaucoup de gens sont en survie ». La solution : rendre la vie plus facile matériellement pour l’accessibilité à la démocratie.
Luc Rabouin : Il faut répondre aux besoins de bases. Il faut s’assurer qu’on pense aussi à ceux qui ne sont pas là. Il faut un dialogue organisme et promoteur pour connaître leur réalité.
Seriez-vous prêt·e à renforcer le pouvoir et l’impact des comités consultatifs d’urbanisme afin que la voix des citoyens et citoyennes soit mieux prise en compte dans les décisions d’urbanisme de la Ville ?
Soraya Martinez Ferrada: Prête à le renforcer en le recadrant vers l’impact du voisinage (qualité de vie) et le rendre public, plus transparent.
La démocratie est l’un des quatre piliers de la vision 2030 de la ville de Montréal comment allez vous faire de la démocratie un pilier stratégique d’ici 2030 notamment dans le fonctionnement interne de la ville et dans la société civile?
Craig Sauvé: Il est content de la question, ce qui fait rire la salle. Selon lui, ça prend un conseil municipal uni, une réforme électorale à demander à Québec. Il faut la représentation de plusieurs partis. Il fait du porte-à-porte depuis 20 ans. Il propose une vraie réforme démocratique à Montréal, des conseils municipaux unis, on va pouvoir changer la manière de voter. Il y a eu des aberrations dans le passé, manque de représentativité pour l’autre partie. Il faut un scrutin proportionnel pour forcer une collaboration. Il veut un bulletin préférentiel, combattre le cynisme à Montréal.
Dans un contexte de choix difficiles liés aux finances publiques, vous engagez-vous à mettre en place un chantier sur la démocratie, avec la société civile, pour revoir et mettre à jour nos outils démocratiques ?
Luc Rabouin : Parle de l’importance de l’enjeu démocratique, qu’il est engagé pour le chantier 2.0, d’ouvrir des espaces et des alliances avec le civil, de la nécessité des dialogues.
Contrairement aux autres arrondissements de Montréal, Ville-Marie n’a pas de maire ou de mairesse d’arrondissement élu par ses électeurs, car le poste est automatiquement occupé par la mairesse ou le maire de Montréal. De plus, le conseil d’arrondissement comprend notamment deux conseillères et conseillers de ville désignés qui ne sont pas élus spécifiquement pour l’arrondissement. Vous engagez-vous à résoudre ce déficit démocratique?
Luc Rabouin : Il s’engage à faire élire trois conseillers et abolir les conseillers désignés tout en conservant le maire de la ville pour l’arrondissement Ville-Marie.
Pouvez-vous définir en vos mots ce que représente pour vous la démocratie directe et nous dire si on peut ramener de la démocratie directe à l’échelle municipale?
Soraya Martinez Ferrada: Il faut avoir une écoute à long terme, que les citoyens posent des questions et les politiciens municipaux répondent directement.
La démocratie locale suppose de faciliter la participation de la population à la prise en charge de leur milieu de vie. Comment comptez-vous simplifier et appuyer la mise en place de nouvelles mesures environnementales souhaitées par les résidents et résidentes et les organismes?
Craig Sauvé : L’arrondissement Ville-Marie devrait voter pour leur propre maire/mairesse. En mode accompagnement pour l’environnement. La pluie acide a été le déclencheur de son militantisme. Par exemple, il travaille avec la population du Sud-Ouest et l’écoquartier pour réduire la collecte des poubelles de deux à une fois. C’est une forme d’éducation populaire, pour accompagner les gens pour les changements comme le compost.
Deuxième bloc : Inclure toutes les voix incluant celles qui sont marginalisées
Comment décrivez-vous le climat social et le dialogue démocratique à Montréal?
Luc Rabouin : L’égalité c’est important. Ça prend la création d’espace pour parler, c’est mieux que les réseaux sociaux. Le dialogue permet d’entendre d’autres points de vue. Il y a des décisions importantes à prendre et c’est important la participation citoyenne.
Soraya Martinez Ferrada: Le climat social est fragile, il y a beaucoup de tension dans les rues, la crise du logement, le mode survie. Le dialogue démocratique est polarisé, manque d’empathie, pas de consensus. « On va écouter tout le monde ».
Craig Sauvé : Il faut changer le système pour obliger les partis politiques à collaborer. Il faut des coalitions entre les partis, qu’il y ait plus de partis, travailler plus unis.
Quelles mesures allez-vous mettre en place à court terme pour favoriser la participation des jeunes aux instances politiques municipales et aux instances de votre parti?
Luc Rabouin : Il est père de deux jeunes prêts à voter aux élections municipales. Un conseil jeunesse à la ville, un conseil consultatif jeunesse, un jeune conseil pour expérimenter. Les Maisons de jeunes et les organismes jeunesse les préparent.
Comment encourager l’implication civique des nouveaux arrivants pour renforcer leur attachement à la vie municipale et à leur communauté?
Soraya Martinez Ferrada: Elle croit qu’on doit s’assurer que le filet social qui les accueille les outille pour la démocratie locale et municipale.
Comme maire ou mairesse, comment allez-vous vous assurer de traiter les quartiers et arrondissements de Montréal de manière équitable?
Craig Sauvé : Ça prend plus d’élus d’autres partis et une réforme électorale, visiter chaque arrondissement à plusieurs reprises par année.
Pensez vous qu’actuellement nos processus consultatifs donnent trop de poids à des petits nombres de personnes par rapport à l’intérêt d’une majorité silencieuse?
Craig Sauvé : Ça prend des mesures ciblées comme rendre la vie plus abordable (logement, transport en commun, mettre un frein à la gentrification économique).
Comptez-vous consulter les personnes en situation d’itinérance dans l’élaboration d’une solution à la crise de l’itinérance actuelle?
Soraya Martinez Ferrada: Ça prend des conversations privées avec les itinérants par respect, qu’ils parlent avec des travailleurs de rue tout en marchant. Solution : les faire voter dans des organismes qu’ils connaissent.
En cette période électorale, comment votre parti compte-t-il rejoindre les personnes marginalisées en situation d’itinérance ou à risque pour leur présenter votre programme? Et quelles mesures prendrez-vous pour encourager leur participation au vote?
Luc Rabouin : L’habitation et l’itinérance sont sa première priorité. C’est un devoir de loger tout le monde. 60% des gens ne votent pas. Les itinérants peuvent donner l’adresse d’un organisme pour voter. Enjeux : il faut aussi rejoindre les autres.
Mots de la fin
Craig Sauvé : Il faut se donner l’opportunité de changer le système à Montréal, taxer les ultrariches, avoir des bons projets.
Soraya Martinez Ferrada: Elle a 6 chantiers pour redonner à Montréal son énergie (itinérance, logement, mobilité, sécurité, ville propre, tous ensemble)
Luc Rabouin : Il y a beaucoup de choses à régler, invitation à voter pour son parti. Il faut faire face aux inégalités, aller vers le progressisme.
Ce compte rendu est l’oeuvre des camelots de L’Itinéraire participant au projet Documentalistes Canada.
Documentalistes Canada est financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (225 000 $) et la Fondation Inspirit (50 000 $). Nous sommes reconnaissants envers l’Association de recyclage électronique pour son prochain don d’ordinateurs remis à neuf.


