Le premier ministre François Legault a annoncé jeudi le passage à la trappe du controversé projet de loi 97 (PL97) réformant le régime forestier de la province. Les groupes environnementaux et autochtones appellent maintenant le gouvernement à repenser complètement sa réforme en collaboration avec la société, pour assurer les droits des Premières Nations et l’avenir de la forêt pour tous les groupes qui en font usage.
Cet article reprend le contenu de trois articles de l’Initiative de journalisme local d’abord parus dans Le Manic et Le Soleil.
L’annonce a eu lieu lors d’un colloque réunissant les maires de la Fédération québécoise des municipalités.
Ces derniers étaient parmi les nombreux détracteurs du projet de loi qui ne recueillait que bien peu d’appuis, tant du côté des environnementalistes que de l’industrie.
Le principe de « triade » derrière les grandes orientations du projet de loi devait assurer une meilleure prévisibilité à l’industrie forestière en lui donnant carte blanche sur un tiers du territoire forestier.
Cette mesure avait mené à une levée de boucliers tant du côté des Premières Nations (APNQL), des pourvoyeurs que des groupes environnementalistes. Seule l’industrie semblait y trouver son compte, mais des doléances émanaient également de ce secteur.
L’Association des Premières Nations Québec-Labrador avait exigé plus tôt ce mois-ci le retrait du projet de loi.
La mise au rencart de l’ex-ministre des Ressources naturelles et des Forêts Maïté Blanchette Vézina, suivie de sa démission bruyante, laissait présager que le projet de loi ne passerait pas la rampe.
Le gouvernement souhaite déposer un nouveau projet de réforme d’ici un an.
– Émélie Bernier, IJL/Le Manic
Les groupes environnementaux appellent à un véritable dialogue
La décision est bien accueillie par Nature Québec, la Société pour la natures et les parcs (SNAP), le Regroupement national des conseils régionaux en environnement, la Fédération des pourvoiries, Zecs Québec et la Fédération québécoise pour le saumon atlantique.
Incidemment, ce collectif livrait il y a quelques jours à peine une déclaration commune réclamant l’abandon du PL97, rappelant toutefois que le statu quo n’est pas une option à envisager.
« Après des mois à collaborer en front uni afin de faire entendre nos voix, nous soulignons cette victoire importante contre ce projet de réforme mal conçu et mal mené », ont déclaré les représentants en réaction à l’annonce.
La prochaine mouture devra être le fruit d’une vaste collaboration, indique le collectif de groupes environnementaux.
Ils invitent le gouvernement à ne pas refaire « l’erreur d’élaborer une réforme sans consulter adéquatement les parties prenantes du milieu forestier et sans respecter l’obligation légale de consultation des Premières Nations ».
Ils demandent au gouvernement « d’entamer une réelle démarche de concertation pour une véritable modernisation du régime forestier », espérant que l’abandon du projet de loi 97 « ne soit que le point de départ pour que le Québec se dote d’un régime forestier qui répond aux besoins du milieu ».
Le nouveau régime forestier « doit permettre de concilier, de manière durable et équitable, le respect des droits ancestraux, la pérennité de la forêt et des avantages multiples qu’elle procure, la protection de la biodiversité ainsi que la qualité et la stabilité d’emplois à long terme dans le secteur forestier », intime le regroupement.
– Émélie Bernier, IJL/Le Manic
« On va être ferme », disent les Premières Nations
Le répit sera de courte durée pour les Premières Nations, qui demandent au gouvernement Legault de se pencher rapidement sur la prochaine mouture de la réforme du régime forestier. « C’est nécessaire », juge Francis Verreault-Paul, le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador.
« Il y a un consensus […] ça prend une réforme du régime forestier », a-t-il tranché lors d’un point de presse en marge du congrès de la Fédération québécoise des municipalités.
Il demande maintenant au gouvernement Legault de saisir cette « opportunité » pour repenser la réforme en collaboration avec les Premiers Peuples. « Il faut s’assurer, à la fin de l’exercice, d’être en cogestion et de vraiment co-construire ce projet de loi », juge Francis Verreault-Paul.
« Malheureusement, avec l’approche initiale, c’est comme si un train était parti et on courait derrière pour essayer de l’arrêter », illustre le chef de l’APNQL.
« Ces projets de loi là ont des impacts concrets », a-t-il souligné. « Le projet de loi sur la forêt, c’est directement lié à nos cultures, à nos identités. C’est identitaire. Donc c’est quelque chose qui est extrêmement sensible. »
Trois axes principaux guideront les discussions entre les Premières Nations et le gouvernement Legault pour la suite des choses, explique Francis Verreault-Paul, qui se dit prêt à entamer le processus.
En plus d’exiger le retrait du zonage d’aménagement forestier dit prioritaire, les représentants autochtones réclament la mise en place d’une « véritable cogestion des forêts » et le respect de leurs droits ancestraux.
« On ne bougera pas. On va être ferme. »
Des manifestants autochtones, opposés au projet de loi déposé par la CAQ, bloquent depuis plusieurs mois des routes forestières, dans l’espoir de faire valoir leurs préoccupations.
Questionné par les journalistes, le chef de l’APNQL n’a pas été en mesure d’assurer que l’abandon du projet de loi permettrait la levée des barrages forestiers. « Les gens sont libres de partager leurs opinions, leur mécontentement. »
Il a tout de même souligné « la mobilisation des chefs », avant de préciser que le dossier doit « se régler au niveau politique ».
– Gabrielle Cantin, IJL/Le Soleil