
Ce texte est aussi disponible en anglais chez The Rover.
Gaza, ma ville bien-aimée, tremble sous l’ombre d’une invasion imminente. Les bombardements ont déjà détruit des quartiers entiers, et les ordres d’évacuation se répandent comme une ombre sur nos foyers.
L’expulsion forcée est sur le point de devenir réalité. Nous savons avec certitude que nous ne reverrons plus jamais nos maisons.
Chaque rue, chaque maison, chaque souvenir sont menacés.
Les habitant·es attendent, le cœur serré et l’esprit accablé, tandis que la peur s’installe dans chaque regard. Partout à Gaza, les habitant·es vivent dans une anxiété constante, essayant de garder un semblant de normalité au milieu du chaos.
Le cycle des déplacements
Le déplacement est un cycle sans fin, qui mène les gens de maison en tente, et de la tente vers l’inconnu.
Dois-je fuir ou rester? Où fuir? Comment survivre? Personne ne répond.
Nous savons avec certitude que nous ne reverrons plus jamais nos maisons.
J’ai dit à mon père que je ne voulais plus retourner dans une tente. Mes larmes coulaient sans contrôle. Il m’a regardée, impuissant, et a murmuré : « Nous n’avons pas le choix. »
Nous nous sommes dirigé·es vers le sud, dans la région d’al-Zawayda, après avoir été déplacé·es sous les obus de la maison de mon oncle.
Des gestes simples et désespérés
La survie semble impossible. Les bruits d’explosions des « robots bombardiers » nous terrifient. Les éléments de la ville ont disparu à 80 %.
Et cette fois, ce ne sera pas simplement une punition : ce sera l’effacement de tout ce que nous avons connu.
Les derniers instants dans la ville sont consacrés à des gestes simples et désespérés : partager un dernier repas, parcourir des rues que nous connaissons depuis toujours, prendre des photos des lieux qui nous ont vu·es grandir. Chaque souvenir devient précieux, fragile, menacé de disparaître à jamais.
N’oubliez pas ma ville, noyée dans l’amour et la guerre.
Cependant, les résident·es de Gaza continuent de vivre. Même dans les pires moments, il y a des instantanés de vie, des sourires forcés et des moments d’espoir.
Aujourd’hui, le 28 août, mon frère s’est marié, et malgré le poids de la douleur qui nous entoure, ce mariage est un éclat de joie, un rappel que la vie persiste et qu’il y a toujours une place pour le bonheur.
Mais cet espoir est fragile, coexistant avec la peur des bombes, la mort et la perte qui ne peuvent pas être compensées.
Nos voix étouffées
L’occupation de Gaza a déjà commencé. Des centaines de bâtiments ont été détruits la semaine dernière et les ordres d’évacuation se multiplient.
Au 3 septembre 2025, les rapports indiquent que plus de 796 000 Palestinien·nes ont été déplacé·es de force depuis l’effondrement du cessez-le-feu le 18 mars 2025., et ce nombre risque d’augmenter si l’occupation lance une nouvelle opération militaire dans la ville de Gaza.
Je pense que ce qu’Israël nous fera dans le sud, c’est un camp de détention, où nous serons coupé·es du monde et où nos voix seront étouffées comme si nous étions dans une prison où personne ne nous entend.
Comment survivre? Personne ne répond.
Gaza étouffe sous le silence du monde. Jusqu’à quand laisserez-vous ses cris sans réponse, alors qu’il ne reste presque plus rien pour la sauver? Élevez votre voix avant que les dernières lueurs d’espoir ne s’éteignent à jamais.
Ne m’oubliez pas, Sarah Emad, fille palestinienne dont le plus grand rêve est de terminer ses études à l’étranger.
N’oubliez pas ma ville, noyée dans l’amour et la guerre.
Vous pouvez faire un don pour soutenir Sarah Emad et ses proches.
L’argent amassé doit aider sa famille à évacuer Gaza.