Difficile ces temps-ci de parler d’autre chose que du génocide perpétré par le régime Netanyahou à Gaza, surtout qu’il est avalisé par toutes les chancelleries occidentales.
Mais quand on tient une chronique portant sur l’actualité internationale, on est généralement devant au moins deux défis : ne pas parler de sujets qu’on ne maîtrise pas (même si le mémo ne s’est pas rendu à certain·es commentateur·trices dans les Médias des Gens de Bien) et essayer de transcender les sujets brûlants pour vous renseigner sur d’autres enjeux.
Et très souvent, tous ces enjeux se recoupent, surtout quand on revient à la source de la plupart des maux qui affligent les peuples du Sud global, c’est-à-dire ce bon vieil impérialisme américain.
Signe que les choses ne risquent pas de s’améliorer, l’Empereur-Dieu auto-proclamé parle maintenant de changer le nom du département de la Défense pour celui de département de la Guerre. Ce serait un retour à l’appellation en vigueur de 1789 à 1947 et un sacré symbole envoyant le message que la force militaire sera à l’avant-plan de la politique étrangère américaine (comme si elle ne l’était pas déjà) et même de la politique intérieure, à voir le déploiement de soldats en territoire national.
Beaucoup s’en indignent. Pas moi. Au contraire, il s’agit d’un autre moment où l’amerikanischer Führer Trump ne fait que rendre l’appareil d’État moins hypocrite. On doit au moins lui donner cela – nonobstant les menaces proférées à la Suède pour qu’on lui décerne le prix Nobel de… la paix.
Des marines au Venezuela
Entretemps, le régime, dans un déploiement d’écran de fumée des plus dangereux pour tenter de distraire le bon peuple de l’ampleur sans précédent de la corruption et de l’incompétence dans l’appareil d’État fédéral, vient de menacer la souveraineté du Venezuela en envoyant au large de ses côtes, dans la mer des Caraïbes, trois destroyers lance-missiles, un croiseur lance-missiles et un sous-marin d’attaque.
Selon des sources anonymes citées dans les médias américains, on pourrait y déployer un total de plus de 4000 marines, ainsi qu’un navire d’assaut amphibie porte-hélicoptères d’où peuvent se déployer les troupes par les airs ou grâce à des véhicules de combat amphibies.
Le casus belli invoqué? La lutte contre le trafic de drogue et les accusations de complicité avec les cartels contre le gouvernement de Nicolás Maduro. On devine là que ce sont de grossières balivernes.
En perte de crédibilité sur la scène mondiale, les États-Unis se tournent vers leur puissance militaire inégalée pour réaffirmer leur suprématie.
J’entends déjà certains commentateur·trices nous saupoudrer de bonne vieille propagande anti-Maduro et anti-chaviste, nous rappelant que le Venezuela serait une « dictature » et un « État voyou », comme ils le font avec une myriade de pays du Sud non alignés qui rejettent l’hégémonie globale des pays du Nord.
Et nous badigeonner de sauce puisée dans le pot de l’impérialisme en nous disant que, parce que le peuple vénézuélien est pauvre et pris dans les rets d’un régime autoritaire, ce serait le rôle de nos États éclairés de le « libérer » – une notion à l’origine du Groupe de Lima, une alliance internationale qui préconise un changement de régime, et dont fait partie le Canada!
Je propose ici un exercice de pensée : le gouvernement du Venezuela serait-il aussi autoritaire s’il n’avait pas à se protéger sans cesse des attaques extérieures contre sa révolution bolivarienne opérée par Hugo Chavez et qui a, entre autres réformes, terminé de nationaliser son industrie pétrolière, dont les réserves sont vraisemblablement les plus importantes au monde?
En cette ère où les États-Unis en perte de crédibilité sur la scène mondiale se tournent désormais principalement vers leur puissance militaire inégalée pour réaffirmer leur suprématie, rien d’étonnant à ce que leur politique étrangère revienne à un impérialisme digne du tournant du 20e siècle, quand les marines agissaient comme fiers-à-bras pour United Fruit et Standard Oil.
Parions qu’Exxon Mobil, ConocoPhillips et Chevron aimeraient bien récupérer leur pied-à-terre au Venezuela, après en avoir été expulsés.
Des mercenaires à Haïti
D’autant qu’en plus du Venezuela, les États-Unis pointent également leur collimateur sur… Haïti.
La Perle des Antilles est toujours prise dans une coquille hermétiquement fermée par la misère fabriquée, conséquence des châtiments subis comme prix de son indépendance depuis 220 ans, ainsi que du chaos des gangs armés qui font la pluie et le beau temps sur l’île.
Les mercenaires de l’infâme fondateur de Blackwater, Erik Prince, sont sur le terrain, engagés par le gouvernement haïtien.
La force militaire sera à l’avant-plan de la politique étrangère américaine.
Déjà, la question se pose : est-il dans l’intérêt d’un « contracteur militaire privé » – la curiosité sémantique à peine orwellienne trouvée pour javelliser l’image des mercenaires – de régler le problème des gangs?
D’autant que Prince et ses molosses se sont rendus par le passé coupables de crimes de guerre en Irak et qu’en 2011, Prince a violé l’embargo international sur les armes en Libye en livrant des drones à un chef de milice.
Avant de déployer des mercenaires et d’organiser une énième force d’intervention militaire multinationale, la « communauté internationale » devrait plutôt commencer à s’attaquer à l’accès aux armes des gangs armés en organisant un blocus naval entre la Floride et Haïti puisque l’immense majorité de l’arsenal des gangs provient… des États-Unis!
Rappelons qu’il n’existe aucune fabrique d’armes et de munitions dans le pays de Tousssaint Louverture.
Mais s’attaquer à la circulation d’armes états-uniennes contreviendrait à la politique étrangère américaine et aux intérêts de son complexe militaro-industriel.
Parce que le chaos politique dans la mer des Caraïbes est payant pour l’Empire et ses baise-la-bague.