Le projet de loi omnibus de Donald Trump vient tout juste d’être officiellement adopté et comprend, notamment, un agenda nataliste poussé par le président américain pour renverser la baisse du taux de natalité qui touche plusieurs pays.
Cela dit, cette obsession pour la procréation n’est pas l’apanage du dirigeant d’extrême droite : sous plusieurs formes, elle imprègne notre culture en profondeur, pesant en particulier sur les épaules des femmes.
La non-maternité attire depuis longtemps l’opprobre sur les femmes, alors que l’équivalent inverse n’existe pas : le choix d’un homme de ne pas avoir d’enfants ne fait généralement pas de remous ni ne suscite de malaise ou de questionnements.
C’est d’ailleurs la prémisse qui a inspiré l’autrice Mona Chollet dans l’écriture de son essai Sorcières : la puissance invaincue des femmes, paru en 2018.
La catégorie des femmes sans enfants serait l’une des principales ciblées par les chasses aux sorcières du Moyen Âge et de la Renaissance. Les inquisiteurs en avaient notamment contre les femmes qui osaient contrôler les naissances et sortir des rôles de genres prescrits.
Même son de cloche dans les contes de fées de notre enfance, où la sorcière est plus souvent qu’autrement une femme sans enfant – aigrie et laide, de surcroît.
Comment faire pour se désengluer de cette image péjorative et persistante de la femme nullipare?
L’instinct maternel des femmes des cavernes
Aussi modernes et ouvert·es que nous nous clamions, nous parlons encore souvent de la nature des femmes comme étant rattachée à la maternité, en nous basant sur des faux concepts historiques.
L’idée de « l’instinct maternel » s’appuie souvent sur la préhistoire en prétextant que les femmes auraient par nature l’instinct tourné vers la parentalité et les hommes vers la chasse. Mais cette image est remise en question par de nombreux·euses chercheuses et chercheurs.
Francis Dupuis-Déri détaille d’ailleurs dans l’ouvrage La crise de la masculinité : autopsie d’un mythe tenace que notre vision de l’âge de pierre est une construction récente qui projette sur les premiers humains l’organisation sociale patriarcale des années 1950.
Nous parlons encore souvent de la nature des femmes comme étant rattachée à la maternité.
Les historiens du 20e siècle qui ont contribué à l’essor des études préhistoriques ont reconduit des rapports de pouvoir qui favorisent la domination mâle.
Or, selon une récente étude, les femmes préhistoriques – loin d’être confinées à la caverne – auraient représenté entre 30 % et 50 % des personnes chassant le gros gibier. La paléontologue Marylène Patou-Mathis souligne même que les différenciations corporelles et capacités physiques des hommes et des femmes étaient alors moins marquées qu’aujourd’hui.
La valeur des mères
La notion « d’instinct maternel » serait ainsi une manœuvre patriarcale perpétuée depuis des décennies pour assigner les femmes au domestique… et antagoniser du même coup les femmes avec et sans enfant.
Car il n’est pas rare qu’on taxe les femmes nullipares de manquer de cet instinct naturel ou encore d’être « carriéristes » – un terme à connotation péjorative qui ramène l’ambition à l’arrivisme ou à la cupidité. L’ambition professionnelle au féminin demeure à ce jour associée à la sévérité ou même à l’égoïsme.
On a beau célébrer les avancées sociales des dernières décennies en matière de droits des femmes, s’il demeure difficile d’assumer la non-parentalité, c’est aussi parce que notre société insiste souvent sur la grande valeur symbolique des mères.
Dans les médias populaires, par exemple, il n’est pas rare que la protagoniste d’un fait divers soit ramenée à sa parentalité dès l’intitulé d’un article. Par exemple, on peut lire cette semaine qu’une « mère de famille [a été] sauvée de la noyade ». Le fait que la femme en question soit mère n’a pourtant aucun rapport avec l’actualité rapportée, sa fille étant même absente lors de l’incident.
Sans rien enlever à l’importance des mères dans les vies de leurs enfants – d’autant plus qu’il est important de continuer à souligner que c’est souvent sur les mères que pèse la majorité des charges mentales et domestiques –, cette tendance médiatique insinue que les faits rapportés seraient moins intéressants et attireraient moins de clics si les femmes qui les avaient vécus n’avaient pas eu d’enfants.
Changer d’angle d’approche
Les femmes étant par ailleurs enjointes à la modestie et à l’humilité, il reste parfois difficile, quand on n’a pas d’enfant, de ne pas se sentir vantarde ou prétentieuse en affichant sur les réseaux sociaux, au milieu des photos d’enfants de nos proches, des réalisations qui n’ont rien à voir avec la création d’une famille.
Pour modifier notre perception de la non-parentalité au féminin, de plus en plus de créatrices de contenu anglophones font du fait de ne pas avoir d’enfant leur image de marque sur les réseaux sociaux.
Les femmes qui n’ont pas d’enfant devraient pouvoir célébrer ce mode de vie.
Afin de contrer les stéréotypes, elles se disent souvent « child free » et non « child less », de manière à insister sur la liberté de leur mode de vie, au lieu de souligner un « manque » ou une « absence » – comme le veut aussi la traduction française « femme sans enfant ».
Elles font par exemple valoir la grande flexibilité de leur horaire et la possibilité qu’elles ont d’accepter des invitations à l’improviste, ou soulignent encore les économies financières que la non-parentalité leur permet de réaliser.
De même, de plus en plus de femmes parlent d’un « désir de non-maternité » au lieu d’un « non-désir ». Les femmes qui n’ont pas d’enfant ne le sont pas forcément par dépit et devraient pouvoir célébrer ce mode de vie au même titre que celles qui sont mères de famille.