Depuis des années, je lis des articles qui marginalisent les immigrant·es.
À l’approche d’un nouveau cycle électoral au Québec, les salves d’affront à leur endroit ne font que s’intensifier.
Les discours du « nous » et du « eux » reprennent de plus belle le devant de la scène médiatique. Ce discours d’altérité fragmente en groupes. Le « nous » omniprésent représentant le groupe dominant et le « eux », les « autres », les « indésirables ».
Au début du siècle dans Racisme : la responsabilité des élites, l’historien Gérard Noiriel constatait qu’« aujourd’hui, c’est le discours politique qui véhicule la plupart des stéréotypes sur l’immigration ».
Or, ces discours et leur violence ont des répercussions sociales non négligeables.
Les conséquences des choix politiques et historiques ont eu un effet domino sur la vie de générations d’individus et de leur descendance, qui en subissent encore les soubresauts. Ils ne sont souvent que des pions sur l’échiquier des pouvoirs impérialistes ou colonialistes.
Voir le migrant sans tenir compte des contextes géopolitiques et historiques qui ont forgé son parcours est d’une injustice sans nom.
Face à rien
À force de les écouter, on vient à oublier que les immigrant·es sont des êtres humains à la recherche d’un avenir meilleur pour eux-mêmes et pour leurs enfants.
On oublie souvent que c’est le fruit du hasard que certain·es soient né·es sous des cieux plus cléments que d’autres. Un privilège dû à la chance, un cadeau du ciel pour certain·es et empoisonné pour les « autres », les « métèques », comme le disait George Moustaki.
Un jour, j’assistais à une conférence lors de laquelle une conférencière, grâce à son puissant récit, nous a fait vivre ce que c’était d’être un·e réfugié·e.
Elle nous a fait parcourir le chemin du réfugié, des milliers de kilomètres traversés avec une ou deux valises qui contiennent des fragments de toute une vie. Il a laissé derrière lui sa famille, ses amis, son réseau, bref tout son capital social.
Il n’est face à rien. Il ne lui reste que la fuite vers l’avant, vers un avenir… incertain.
Voir le migrant sans tenir compte des contextes géopolitiques et historiques qui ont forgé son parcours est d’une injustice sans nom.
Et comme le disait Jean-Jacques Goldman dans la chanson « Là-bas », pour celui qui quitte son pays :
Faut du cœur et faut du courage
Mais tout est possible à mon âge
Si tu as la force et la foi
Le rêve et les espoirs des immigrants sont bien rendus par Goldman.
J’aurai ma chance, j’aurai mes droits
Et la fierté qu’ici je n’ai pas
Tout ce que tu mérites est à toi
Ici, les autres imposent leur loi
Je te perdrai peut-être là-bas
Je me perds si je reste là
La vie ne m’a pas laissé le choix
Nos responsabilités
On nous dit qu’il y a trop d’immigrant·es et trop de réfugié·es, mais on oublie de nous parler de la misère du monde.
On oublie de nous rappeler que nous faisons partie de la famille humaine et qu’à ce titre, nous avons des responsabilités. Cela veut dire qu’il y a une obligation humaine, celle de porter secours à ceux et celles qui demandent l’asile.
« Aujourd’hui, c’est le discours politique qui véhicule la plupart des stéréotypes sur l’immigration. »
L’historien Gérard Noiriel
Récemment, le ministre québécois de l’Immigration, Jean-François Roberge, disait qu’il ne pouvait pas « exclure » de couper des services aux personnes demandeuses d’asile si le fédéral n’accédait pas à certaines demandes de Québec en matière d’immigration.
Certaines obligations des nations sont prévues dans les conventions internationales. Ces conventions prévoient des droits pour les réfugié·es, notamment un droit de non-refoulement ainsi que l’accès aux soins de santé et à l’éducation. De surcroit, l’État ne peut les discriminer sur la base de leur statut de réfugié·es.
Qui est coupable?
Mais encore une fois, on en fait des boucs émissaires.
Mais qu’est-ce qu’un bouc émissaire?
Dans une société, le sacrifice du bouc émissaire sert à orienter la violence vers une personne afin de protéger le reste de la société.
Comme on peut le lire dans un article portant sur les travaux du philosophe René Girard sur le sacrifice et la violence, « la personne qui est choisie comme bouc émissaire “absorbe toutes les tensions et contradictions de la société qui, sans exutoire, menacent de détruire le tissu social”.
« Le sacrifice rassemble, au moins temporairement, toute l’agitation de la société, tous les éléments épars de mécontentement, et les réunit dans une cible de substitution – le bouc émissaire. »
Lorsque l’immigrant-bouc émissaire aura été finalement sacrifié, que restera-t-il de notre humanité?