Sam Harper Journaliste aux balados · Pivot
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Des femmes ont lutté pendant près d’un siècle aux États-Unis pour être considérées comme des citoyennes à part entière et obtenir le droit de vote. Cette victoire n’était pas inévitable : elle est le résultat d’une action collective. C’est cette réalité que Tory Brown veut illustrer avec le jeu de société Votes for Women.

« Je veux que tout le monde qui joue à Votes for Women se sente inspiré à se joindre à un mouvement », explique Tory Brown. « Si on veut voir les choses changer, on doit le faire ensemble. Seul·es, nous sommes limité·es. Ensemble, nous sommes puissant·es. »

« Je veux que les gens réalisent que le mouvement était complexe. Il y avait des conflits à l’intérieur du mouvement suffragiste, il y a eu plusieurs revers, mais grâce à leur ténacité et leur résilience, ces personnes se sont réunies et se sont battues pendant 70 ans. »

« Je veux que les gens se sentent inspiré·es, mais je veux aussi qu’ils et elles s’amusent. Le jeu doit offrir de la valeur au-delà du message politique », rapporte-t-elle.

Tory Brown, qui travaille en communications pour un syndicat d’enseignant·es aux États-Unis, était l’invitée d’honneur de la convention annuelle de jeux de société Stack Académie, qui a eu lieu à Montréal du 2 au 4 mai dernier.

Lors de cet événement spécialisé en jeu à caractère historique, elle enseignait les règles de son jeu et répondait aux questions des joueur·euses.

Un jeu de société peut servir à enseigner l’histoire

Dans Votes for Women, une joueuse incarne le mouvement « suffragiste » (le terme « suffragette » était un terme péjoratif employé au Royaume-Uni pour qualifier le mouvement) et l’autre joue l’opposition.

En utilisant des cartes, les deux camps tentent d’influencer le Congrès et les États afin de faire adopter le 19e amendement de la Constitution américaine.

« Dans mon jeu, on peut jouer l’opposition, parce que je pense qu’on doit sérieusement examiner leurs motivations, leurs justifications », dit-elle. « Encore aujourd’hui, on voit une opposition, principalement une opposition conservatrice, qui travaille à maintenir ses privilèges ».

Tory Brown raconte qu’elle jouait à des jeux grand public comme Carcassonne ou Les Aventuriers du rail. Un ami, propriétaire d’une compagnie qui publie des jeux, cherchait des idées et lorsqu’elle lui a parlé des suffragistes, il l’a encouragée à créer Votes for Women.

C’est en jouant à un jeu sur le scandale du Watergate, qui a mené à la destitution du président Richard Nixon, qu’elle a commencé à penser différemment aux jeux de société. « C’est un jeu qui te permet de comprendre l’histoire tout en en faisant partie », raconte-t-elle.

« Cela a ouvert mes yeux sur le fait que des jeux de société pouvaient être utilisés pour raconter des histoires à propos de la politique d’une manière originale. »

Une lutte toujours actuelle

Le jeu semble tristement pertinent dans le contexte politique américain actuel.

« Il est facile de se sentir désespéré aux États-Unis en ce moment. On peut avoir l’impression que les obstacles sont sans précédent », dit la conceptrice. « On est en train de mettre un terme à la fiction selon laquelle nous avons des droits. »

Ces droits ont toujours été des privilèges dépendant de la bonne volonté d’individus en position de pouvoir, qui acceptent ou non de nous les accorder, explique Tory Brown. Pour les femmes, les personnes racisées, les immigrant·es, les droits ont toujours été fragiles.

« Lorsque les gens disent qu’ils ne reconnaissent plus l’Amérique [depuis la victoire de Trump], ils sont en train d’apprendre la vérité sur notre pays. »

« Ce jeu devrait vous faire réaliser que le progrès n’est jamais inévitable », dit-elle. « Des femmes ont été emprisonnées, torturées, pour obtenir le droit de vote. »

« Ce n’était pas seulement de gentilles dames qui demandaient poliment. Il y avait beaucoup de gentilles dames qui demandaient poliment, mais il y avait aussi des femmes féroces qui exigeaient et elles en ont payé le prix. »

Tory Brown dit être honorée de voir son jeu susciter de l’intérêt à l’extérieur des États-Unis. « J’espère qu’il y a une universalité au message de ce jeu », dit-elle, « de s’organiser, de travailler collectivement, pour rendre les choses meilleures. »

« J’espère qu’où que soient vos lecteurs et lectrices, ils et elles réalisent la force qu’ils et elles peuvent avoir en s’unissant avec des personnes partageant les mêmes idéaux pour travailler à faire de ce monde celui que nous méritons. »

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