Rumneek Johal Journaliste · PressProgress
Claire Ross Responsable de la rédaction · Pivot
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Lundi, après plus de trois semaines de grève, le syndicat des employé·es de Postes Canada a présenté une nouvelle offre à l’entreprise pour le renouvellement de la convention collective. L’employeur a déjà averti les grévistes et le public de ne pas compter sur une résolution rapide du conflit de travail. Que veulent les postier·es et pourquoi la grève s’étire-t-elle?

Une version antérieure de cet article est parue en anglais chez PressProgress.

Le 15 novembre dernier, suivant l’échec des discussions à la table de négociations avec Postes Canada, 55 000 membres du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) ont déclenché une grève nationale.

Il y a maintenant deux semaines, le 27 novembre, la médiation mise en place par le ministère fédéral du Travail a été suspendue jusqu’à nouvel ordre, puisque les deux parties étaient « trop éloignées sur des questions cruciales », selon le ministre Steven MacKinnon.

Depuis, les propositions et contre-propositions présentées par Postes Canada et par le syndicat, notamment celle déposée lundi par le STTP, n’ont pas permis de relancer les discussions.

Les travailleur·euses disent résister au nivellement par le bas de Postes Canada et au refus de la partie patronale de négocier de bonne foi.

Comment en vient-on à une grève nationale des postes?

Jan Simpson, présidente nationale du STTP, explique que les négociations avec l’employeur ont débuté il y a un peu plus d’un an, en novembre 2023, avant l’échéance de la convention collective.

« Nous cherchions à éviter ce genre de situation. Nous espérions qu’en date d’aujourd’hui, les négociations seraient terminées, mais rien ne bouge à la table de négociations », ajoute Jan Simpson, en entrevue avec PressProgress au début de la grève.

« On pensait conclure les négociations il y a déjà longtemps, mais Postes Canada a fait trainer le processus jusqu’à en faire écoper les Canadien·nes. »

Jan Simpson, STTP

Après la publication d’un préavis de grève par le STTP le 12 novembre dernier, Postes Canada a aussitôt riposté avec un préavis de lock-out.

Puis, le 15 novembre, « le jour où le début de la grève était possible, Postes Canada a changé nos conditions de travail », relate Jan Simpson. « Par exemple, ils ont annulé nos régimes de santé, on n’avait plus de revenus, et même les employé·es en situation d’invalidité temporaire ont vu leurs prestations être annulées. »

« C’est ce qui nous a poussés à la grève. »

Que revendiquent les membres du STTP?

La stagnation des salaires, surtout depuis la pandémie, est l’une des raisons qui poussent les travailleur·euses vers la grève, explique Colleen Dzogan, membre du STTP présente à une ligne de piquetage à Maple Ridge en Colombie-Britannique, en novembre.

« Un gros enjeu, c’est les salaires », confie-t-elle. « Je connais beaucoup de personnes qui ont plus d’un emploi pour arriver à la fin du mois. Elles travaillent à temps plein, mais elles n’arrivent pas à payer leur loyer, leur épicerie, ce genre de chose. »

« Travailler à temps plein, ça devrait nous permettre de subvenir à nos besoins. »

Dans sa dernière offre présentée lundi, le STTP demande des hausses salariales permettant de rattraper l’inflation des dernières années, soit des hausses de 9 % la première année, puis de 4 %, 3 % et 3 % les années suivantes. Les postier·es gagnent environ entre 20 $ et 30 $ l’heure selon l’ancienneté, d’après les chiffres disponibles.

Le syndicat souhaite aussi des semaines de 40 heures garanties pour les postier·es à temps plein hors des grands centres. Pour les postier·es en ville, il demande d’avantage de postes à temps plein ainsi que des semaines de 20 heures garanties aux employé·es à temps partiel.

« Nos membres veulent travailler et vivre leur retraite dans la dignité. Ils aiment leur clientèle et ils aiment leur travail. »

Jan Simpson

Le régime de retraite est une autre préoccupation importante pour les travailleur·euses des postes, qui ne sont pas d’accord avec l’offre de l’employeur de remplacer le régime à prestations déterminées par un régime à cotisations déterminées pour les futur·es employé·es.

Un régime à prestations déterminées offre un revenu garanti pour les retraité·es, tandis qu’un régime à cotisations déterminées offre une pension moins certaine, qui se limite aux sommes accumulées au moment de quitter son emploi et à leur rendement sur les marchés financiers.

Le régime envisagé par Postes Canada impliquerait aussi une contribution réduite de l’employeur.

« On prend la défense des futur·es travailleur·euses. On ne peut pas accepter de telles conditions pour eux, on doit prendre soin d’eux comme les travailleur·euses avant nous ont défendu nos conditions de travail, » dit Colleen Dzogan.

« Si on ne défend pas nos droits, d’autres droits sont menacés. On veut élever la barre pour tout le monde. »

Colleen Dzogan

Le syndicat demande aussi des journées de congé de maladie supplémentaires et une hausse des prestations d’invalidité de courte durée.

Les travailleur·euses s’inquiètent de plus de la volonté de Postes Canada de séparer les tâches de tri et celles de livraison du courrier, ce qui conduirait les postier·es à passer considérablement plus de temps sur la route – une tâche exigeante.

Postes Canada désire aussi étendre les livraisons aux fins de semaine, mais les syndiqué·es craignent que ces nouvelles plages horaires pèsent lourd sur les employé·es existant·es, notamment les plus précaires, si de nouveaux postes ne sont pas créés.

Pour Jan Simpson, si les grévistes de Postes Canada peuvent obtenir un meilleur contrat de travail, cela peut ultimement bénéficier à tout le monde. « D’autres syndicats vont entrer en grève bientôt. Protéger nos droits et protéger nos membres, c’est une façon d’aider les autres mouvements de grève. »

Quelle est la réponse de Postes Canada?

La déclaration de Postes Canada du 15 novembre en réponse à la grève dépeint les moyens de pression du STTP comme la cause des retards dans les services.

Jan Simpson souligne cependant que les négociations sont difficiles et que l’employeur « refuse tout ».

« Nous refusons de niveler par le bas », dit la présidente du syndicat. « En tant que société de la Couronne, Postes Canada doit niveler par le haut. »

Selon Jan Simpson, l’employeur refuse de négocier dans l’espoir que le gouvernement intervienne et adopte une loi spéciale obligeant les travailleur·euses des postes à retourner au travail. « Ils ne négocient pas de bonne foi. »

« Les travailleur·euses utilisent les pouvoirs dont ils disposent pour leur dire qu’assez, c’est assez », ajoute Jan Simpson. « Nos membres veulent travailler et vivre leur retraite dans la dignité. Ils aiment leur clientèle et ils aiment leur travail. »

« Notre travail fait vraiment une différence dans la vie des gens. »

Colleen Dzogan

À la fin novembre, le syndicat a fait savoir que des employé·es en grève avaient reçu des avis de Postes Canada leur annonçant leur mise à pied. Le STTP estime qu’il s’agit d’une « tactique d’intimidation » et a porté plainte pour pratique déloyale auprès du Conseil canadien des relations industrielles.

Quelle est la réaction du public?

Même si elles et ils sont en grève, les travailleur·euses de la poste reconnaissent que leurs services sont essentiels aux Canadien·nes.

Par exemple, des travailleur·euses quittent temporairement les lignes de piquetage pour livrer volontairement les chèques de pension et d’aide sociale.

Colleen Dzogan est l’une de ces volontaires.

« Les gens m’arrêtaient pour nous remercier, parce qu’on tient à ce que les gens qui dépendent de nos services ne souffrent pas de la grève », raconte Colleen Dzogan. « Ça fait plaisir de se rappeler que notre travail fait vraiment une différence dans la vie des gens. »

Les travailleur·euses présent·es sur les lignes de piquetage disent que le « moral est bon » et qu’ils et elles reçoivent beaucoup d’appui du public.

« Si on ne défend pas nos droits, d’autres droits sont menacés. On veut élever la barre pour tout le monde. »

Traduction de l’anglais par Miriam Hatabi

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