Sam Harper Journaliste aux balados · Pivot
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Le 25 novembre dernier, Philippe Plamondon était invité au Spacecast, une émission diffusée à Radio X, pour parler de « science des religions ». Le militant ethno-nationaliste a profité de cette tribune pour accuser le mouvement pro-palestinien d’islamisme, pour affirmer que l’islam serait par essence antisémite… et pour expliquer que la honte occidentale envers les crimes d’Adolf Hitler fonderait aujourd’hui « un anti-racisme devenu fou ».

Philippe Plamondon est l’un des trois membres du Parti québécois qui ont été expulsés du parti en 2016 pour avoir rencontré Marine Le Pen, alors présidente du Front national (FN), un parti d’extrême droite français.

Avec son collègue Alexandre Cormier-Denis, il a fondé Horizon Québec Actuel, un groupe faisant la promotion du FN ici, et plus récemment, la chaîne identitaire Nomos TV, qui prône un nationalisme ethnique et farouchement conservateur.

Les manifestations pro-palestiniennes sont islamistes

C’est officiellement pour parler de religion que Jean-Francis Blais, animateur du Spacecast à Radio X, invite Philippe Plamondon à son émission du 25 novembre. Plamondon a une maîtrise en sciences des religions. Selon l’animateur, « la religion s’est un peu imposée sur le spectre de l’actualité ». Il réfère là aux manifestations pro-palestiniennes, notamment celle contre l’OTAN du vendredi précédent.

En abordant la présence d’une personne faisant des saluts nazis et appelant à la « solution finale » dans une manifestation pro-palestinienne tenue le jeudi 21 novembre, l’animateur concède qu’il serait exagéré de faire un amalgame entre le nazisme et l’islam.

Philippe Plamondon n’est pas du même avis. Il affirme qu’« il y a une fascination théologique de la détestation des juifs dans l’islam ». Il considère que si on ajoute à cela la création de l’État d’Israël, « tous les ingrédients sont là pour une espèce de convergence entre le national-socialisme allemand et le monde arabe qui déteste les juifs par essence théologique […] et politiquement ».

La manifestation contre l’OTAN et sa complicité dans le génocide en cours à Gaza — accusation qualifiée de « complètement ridicule » par le duo — est décrite comme une manifestation « islamiste » par Philippe Plamondon. L’animateur à Nomos TV affirme que « plus on va faire venir de musulmans, plus on va assister à des manifestations de type islamistes ». « Si tu fais venir des musulmans, tu as de l’islam. L’islam, c’est profondément antisémite », martèle-t-il.

Coran et antisémitisme

Cette idée que l’slam est fondamentalement antisémite serait « fausse et anachronique », selon le philosophe et spécialiste de l’islam Meir M. Bar-Asher. Dans un entretien au quotidien français Le Monde, il explique que bien que certains passages peuvent être interprétés de façon à promouvoir une pensée antisémite, « dire explicitement que le Coran est un texte antisémite, c’est faux ».

Selon ce professeur, bien que le conflit israélo-palestinien « ne soit pas nécessairement d’ordre religieux, dans plusieurs périodes de leur histoire, des penseurs des deux côtés ont tenté de lui donner une dimension essentiellement religieuse ».

Il explique qu’il y a une « certaine ambivalence » dans le Coran au sujet des juif·ves. Différents passages n’abordent pas le peuple juif de la même façon.

Le professeur en études islamiques à l’Université hébraïque de Jérusalem considère qu’il est primordial d’interpréter ces textes dans le contexte de l’époque et de ne pas tenter de les généraliser aux juifs et arabes d’aujourd’hui.

La deuxième carrière d’Adolf Hitler

Jean-Francis Blais poursuit la discussion en disant qu’« Adolf Hitler [étant] mort en 1945, il y a de quoi d’étonnant […] que son image, son idéologie resurgi[sse] encore aujourd’hui ».

Les auditeur·trices du Spacecast auraient pu s’attendre à des explications sur la montée de l’extrême droite. Au lieu de cela, Plamondon cite Renaud Camus, l’auteur de la théorie conspirationniste du « grand remplacement » voulant que les « élites » cherchent à remplacer les populations « de souches » occidentales avec des personnes issues de l’immigration.

Le chroniqueur d’extrême droite paraphrase l’auteur français en expliquant que l’anti-racisme contemporain serait la conséquence d’un sentiment de culpabilité occidental face aux crimes nazis. « Au nom de ce que Adolf Hitler a fait, là, on est tombé dans l’anti-Adolf Hitler. C’est-à-dire que c’est comme le fantôme d’Adolf Hitler qui vient nous hanter au nom de l’anti-racisme ». «

C’est ce que Renaud Camus appelle “ la seconde carrière d’Adolf Hitler ” », explique Plamondon, soit « une espèce d’anti-racisme devenu fou ».

Il donne comme exemple le fait qu’en ce moment, « le métissage c’est encore mieux que les blancs » et que la société actuelle ferait une « espèce de valorisation raciale inversée ».

Mais quel est, pour l’auteur Renaud Camus, cet anti-racisme devenu fou ?

On retrouve un chapitre intitulé « La seconde carrière d’Adolf Hitler » dans un livre de Renaud Camus publié en 2007, soit deux ans après d’importantes émeutes dans les banlieues françaises suite à la mort de deux adolescents. En 2018, il publie un nouveau livre du même titre.

Dans l’édition de 2007, on peut lire que Renaud Camus considère que Adolf Hitler « allait montrer qu’il pouvait encore nuire — pas autant que la première fois, sans doute, mais de façon plus insidieuse, plus captieuse comme il convient à un fantôme, et plus durable ».

En effet, le rejet ferme du nazisme et de ses violences aurait mené au développement d’un anti-racisme excessif, porté à s’opposer à toutes les idées pouvant rappeler de près ou de loin des aspects du national-socialisme, selon Camus.

L’auteur explique que l’anti-racisme est devenu une arme qui tend à « élargir considérablement, et presque indéfiniment, [son] champ d’application ». Il raconte qu’à cause de cet anti-racisme, « ce sont des pans entiers de la connaissance, de l’histoire, de l’expérience, de la raison même et du jugement qui s’effondrèrent, disparurent, devinrent impossibles à mentionner seulement ».

L’auteur se garde de trop expliciter quelles sont ces choses qu’on ne peut plus dire ou même penser. Il évoque les « distinctions ethniques et les dimensions héréditaires des civilisations » qu’on n’aurait plus le droit de mentionner.

Il déplore également qu’on assigne des causes « économique et sociale » à « l’état de délabrement des quartiers et des vies, et le désespoir qu’il entraîne » alors que pour lui, il s’agirait de la « conséquence de la situation ethnique ».

Pour Renaud Camus, théoricien du « grand remplacement », c’est l’influence d’Adolf Hitler et des regrets qu’il suscite en Occident, « plus que tout autre facteur, qui a ouvert aux immigrés, au moins dans ces proportions-là, le chemin de notre pays ».

Si Philippe Plamondon n’a pas développé ces idées aussi amplement que Renaud Camus, il s’est fait porteur des idées de cet auteur d’extrême droite sur les ondes publiques québécoises un soir de semaine.

L’animateur termine en invitant les gens à écouter Nomos TV : « c’est du contenu de qualité jour après jour [que vous] nous livrez », lance-t-il à Philippe Plamondon.

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