Bifan Sun Journaliste · Pivot
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Les discussions autour de la manifestation contre l’OTAN du vendredi 22 novembre se sont largement focalisées sur des actes de vandalisme et des accusations d’antisémitisme attribué aux manifestant·es. Cependant, les groupes pacifistes dénoncent la répression policière violente et la tentative des politicien·nes de détourner le message politique porté par la manifestation.

Vendredi soir, suite à l’ouverture de l’Assemblée parlementaire de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) à Montréal, un millier de personnes ont pris la rue au centre-ville de la métropole pour dénoncer l’impérialisme, le colonialisme et le militarisme de l’alliance euro-atlantique, et surtout sa complicité dans le génocide en cours à Gaza. 

Cette manifestation faisait partie d’une série de mobilisations contre l’OTAN qui ont eu lieu pendant la fin de semaine. Elle était co-organisée par le collectif Désinvestir pour la Palestine et la Convergence des luttes anticapitalistes.

La manifestation a commencé pacifiquement à la Place des Arts, rassemblant des citoyen·nes de tous horizons, des aîné·es, des étudiant·es, ainsi que des familles avec enfants. Des policiers encadraient la manifestation le long des trottoirs.

Cependant, quand la foule est arrivée au quartier chinois, des frictions ont éclaté entre des manifestant·es et les forces de l’ordre.

Quelles violences?

D’après William Wilson, un photographe indépendant qui se trouvait à proximité, les policiers ont commencé à bousculer les pancartes des manifestant·es et ont ensuite utilisé du poivre de cayenne à très courte distance contre certain·es manifestant·es, mais surtout contre lui et d’autres photographes.

William Wilson a dû appeler les paramédicaux pour faire soigner son œil. Celui-ci n’est toujours pas revenu à la normale, rapporte-t-il.

Des manifestant·es ont alors répliqué avec des projectiles, des feux d’artifice et des bombes de peinture.

Lorsque la foule s’est approchée du Palais des congrès, où se tenait l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, des vitrines ont été fracassées par des personnes masquées, notamment celles du Palais des congrès et de la CIBC, une institution bancaire ciblée par le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) pour avoir promu les investissements en Israël.

Dans le même temps, l’incendie de véhicules stationnés près du Palais des congrès a été signalé. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avait d’abord affirmé que deux véhicules avaient été incendiés par des manifestant·es, avant de revenir sur ces propos. En effet, TVA Nouvelles a révélé qu’une cartouche de lacrymogène avait été retrouvée dans l’un des véhicules.

Lundi, le SPVM a confirmé à Pivot que l’enquête était toujours en cours pour déterminer la cause de l’incendie des voitures, de même que de tous les autres actes criminels survenus lors de la manifestation.

Benoît Allard, porte-parole de Désinvestir pour la Palestine, dénonce les accusations contre les manifestant·es au sujet des véhicules incendiés formulées initialement par le SPVM et relayées par plusieurs médias sans vérification, jugées mensongères.

Peu après le début des hostilités, le SPVM a procédé à la dispersion de la manifestation en faisant un fort usage de gaz lacrymogène et en assénant des coups de matraques et de boucliers aux manifestant·es.

« La violence policière n’a fait que renforcer la détermination du mouvement à lutter jusqu’à la libération de la Palestine et de tous les peuples opprimés et colonisés. »

Collectif Désinvestir pour la Palestine

Questionné par Pivot, le SPVM dit être intervenu lorsque la foule est devenue « hostile » et que des « actes criminels » ont été commis, sans toutefois préciser de quoi il s’agissait afin de ne pas divulguer sa stratégie d’intervention.

D’après Benoît Allard, d’autres personnes ont dû être évacuées d’urgence par ambulance afin d’être hospitalisées.

Toujours selon lui, une personne aurait été frappée à la tête et a dû recevoir cinq points de suture. Une autre personne aurait subi une fracture au bras suite à des coups de matraque. Une troisième personne aurait été hospitalisée après avoir inhalé une quantité dangereuse de gaz lacrymogène.

Benoît Allard, comme une dizaine de ses camarades, a été blessé par des coups de matraque. Il témoigne également avoir été bousculé et frappé par la police alors qu’il accompagnait une personne sérieusement blessée en attendant l’ambulance.

Le SPVM a déclaré à Pivot que trois personnes avaient été arrêtées pour avoir entravé le travail des policiers. Elles ont été identifiées et libérées sur place. Une sommation à comparaître leur sera envoyée.

Antisémitisme?

Samedi dernier, plusieurs politicien·nes, notamment le premier ministre canadien Justin Trudeau, la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly, le ministre de la Défense Bill Blair et le chef conservateur Pierre Poilievre, ont fermement condamné les actes commis par les manifestant·es, suggérant que de telles manifestations incitent à la haine et à l’antisémitisme.

Toutefois, le SPVM confirme qu’aucun acte antisémite n’a été signalé pour le moment.

« C’est une tentative de nos institutions de décrédibiliser et délégitimer l’expression d’une colère justifiée des citoyens et citoyennes face à la complicité de nos gouvernements et de l’OTAN dans des violations graves des droits humains et des droits internationaux à travers le monde, mais surtout en ce moment à Gaza, en Cisjordanie et au Liban », déclare Benoît Allard.

« Ce qui est particulièrement outrageux dans les circonstances, c’est qu’on accorde autant d’espace à des vitres cassées. Nos institutions et nos représentants politiques se sont indignés de cette violence et non de la violence subie par les manifestants, ni de la violence génocidaire à Gaza », dénonce Benoît Allard. « C’est hypocrite. »

Dans un communiqué, le collectif Désinvestir pour la Palestine affirme que « la violence policière n’a fait que renforcer la détermination du mouvement à lutter jusqu’à la libération de la Palestine et de tous les peuples opprimés et colonisés ».

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