La mise à jour économique présentée par le ministre des Finances du Québec Éric Girard offre très peu de nouveaux investissements pour tenter d’enrayer les crises que traverse la province. Les sommes prévues pour la lutte à la pauvreté ou encore aux changements climatiques sont minimes. Celles destinées au logement ne permettront pas d’accroître le logement social. Les investissements dans le transport en commun permettent quant à eux de rattraper un long retard dans le financement provincial.
La mise à jour budgétaire de l’automne, présentée jeudi à l’Assemblée nationale par le ministre des Finances Éric Girard, envoie ainsi des signaux d’austérité, selon Guillaume Tremblay-Boily, analyste à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).
« Nous restons dans la même logique de réduction des dépenses que le gouvernement Legault avait mise de l’avant avec le budget de ce printemps », remarque-t-il.
Au total, la mise à jour économique prévoit de nouvelles dépenses de 2,1 milliards $ sur cinq ans, touchant le logement et la pauvreté (218 millions $), le transport collectif (880 millions $), le développement de la métropole et de la Capitale-Nationale (300 millions $), l’aide à l’industrie forestière (252 millions $) et la sécurité des régions (433 millions $), notamment après le passage de la tempête Debby.
« Même pas des miettes » pour la pauvreté
Une seule mesure supplémentaire est destinée directement aux plus démuni·es. Elle consiste en une bonification de 10 millions $ sur cinq ans pour permettre aux prestataires des programmes de solidarité sociale et de l’aide sociale qui travaillent de conserver une plus grande part de leur prestation même s’ils génèrent un petit revenu d’appoint.
« On s’entend, ce sont de très petits montants d’argent qui touchent très peu de personnes. On parle d’environ 2000 personnes qui vont en bénéficier », précise Serge Petitclerc, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté.
Ces dépenses pour le moins restreintes annoncées jeudi déçoivent et inquiètent le porte-parole. D’autant plus que plusieurs organismes d’aide aux personnes démunies avaient tenté d’attirer l’attention du ministre sur les immenses besoins du filet social québécois, lors d’une sortie commune. « Notre message au ministre était simple : la situation est critique, tout ce qu’il peut nous donner qui pourrait former un début de réponse aux nombreux problèmes est essentiel », rappelle-t-il.
« Finalement, il n’y a rien – en fait, presque rien. Ce serait exagéré de dire qu’il y a des miettes, ce ne sont même pas des miettes », dénonce Serge Petitclerc.
De l’argent pour le logement, mais sans objectifs clairs
Des investissements de 208 millions $ ont été annoncés dans le logement, visant à « consolider le soutien aux Québécois », ce que le ministère annonce comme une des grandes priorités du gouvernement avec cet exercice budgétaire.
Une belle intention, mais qui n’a toutefois pas été accompagnée de mesures qui auraient permis au gouvernement de se donner les moyens de ses ambitions, prévient Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). En effet, si toute aide supplémentaire permettant d’endiguer la crise du logement est la bienvenue, la portée des sommes ajoutées par la mise à jour budgétaire devrait être très limitée.
La majorité des nouvelles sommes, soit 184 millions $ sur cinq ans – dont la moitié provient du gouvernement fédéral –, doit être investie dans la construction de nouveaux logements. Par contre, la mise à jour maintient l’objectif du gouvernement de construire 8000 logements sociaux et abordables, annoncés lors de la mise à jour budgétaire de l’automne 2023. Cela laisse donc présager que les nouvelles sommes pourraient servir à consolider les projets existants plutôt qu’à construire de nouvelles unités.
« C’est très inquiétant à un moment où les besoins sont criants », commente Véronique Laflamme.
« Au minimum, ça nous prendrait une cible de construction de logements locatifs hors marché privé. Nous savons que le gouvernement veut construire plus de logements, mais on dirait bien qu’ils vont surtout construire des logements trop chers », souligne-t-elle. Rappelons que les logements dits « abordables » ne le sont pas toujours, comme leur loyer est fixé en fonction des prix du marché, et non des revenus des locataires.
Le reste des sommes investies en matière de logement serviront à fournir de l’aide au loyer pour 500 jeunes issus du réseau des centres jeunesse (17,8 millions $) ainsi qu’à aider le Tribunal administratif du Logement (TAL) à s’attaquer aux problèmes administratifs qui l’empêchent de régler rapidement les dossiers portés à son attention (6,2 millions $).
Un répit pour le transport collectif
Le gouvernement Legault a également profité de la mise à jour budgétaire pour reconnaître les problèmes de financement des sociétés de transport en commun, qui doivent composer avec une hausse substantielle de leurs dépenses, mais aussi une baisse de leurs revenus depuis les perturbations liées à la pandémie.
Bien qu’il insiste toujours pour que les sociétés de transport mettent en œuvre « des mesures d’optimisation de leurs revenus et dépenses », le gouvernement ajoute un financement de 880 millions $ sur quatre ans qui devraient permettre d’assurer la continuité de leurs services pour les prochaines années.
« C’est une aide qui va faire beaucoup de bien, mais qui ne fait que réparer le manque de subvention systématique des dernières années », remarque Guillaume Tremblay-Boily.
« Il ne faut pas oublier que lors du dernier budget, le gouvernement n’avait augmenté le financement du transport en commun que de 0,29 %, alors qu’il avait augmenté le budget des routes de 10 % : ce n’était pas soutenable », ajoute-t-il.
Pour l’analyste, cette aide supplémentaire au transport en commun doit être remise dans le contexte où le plan de transition énergétique et de développement économique axé sur la voiture électrique individuelle, préconisé par le gouvernement Legault, commence à battre de l’aile.
Presque rien pour l’environnement
D’ailleurs, la mise à jour économique ne comprend que très peu de mesures pour l’adaptation et la lutte aux changements climatiques.
Il prévoit toutefois 440 millions $ pour planter 100 millions d’arbres en terres publiques et privées et pour réparer une partie des dommages créés par l’intensification des feux de forêt. Une mesure qui vise toutefois principalement à « soutenir la croissance et la création de richesse » du secteur forestier, bien qu’elle ait aussi des retombées environnementales.
Sinon, le budget du ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques est bonifié de 240 millions $, mais ces sommes sont principalement dues à la réévaluation des coûts engendrés les « provisions pour passif environnemental », soit les sommes que le gouvernement met de côté pour décontaminer et remettre en état après usage les sites qui sont sous sa responsabilité.
La mise à jour budgétaire est toutefois déjà touchée par les effets des changements climatiques, alors que le gouvernement ajoute aux dépenses 250 millions $ d’argent public pour reconstruire et venir en aide aux sinistré·es à la suite du passage de la tempête Debby, le 9 août dernier.