Léa Beaulieu-Kratchanov Journaliste d’enquête · Pivot
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Jeudi et vendredi, plusieurs milliers d’étudiant·es des cégeps et universités du Québec seront en grève afin de demander aux institutions académiques, aux entreprises et aux gouvernements provincial et fédéral de couper les ponts avec Israël.

Plus de 82 000 étudiant·es dans les cégeps et les universités au Québec se sont doté·es d’un mandat de grève pour exiger la fin du génocide à Gaza et demander à leurs institutions d’enseignement, mais aussi aux entreprises et aux gouvernements provincial et fédéral, de mettre fin à leurs liens avec Israël. Des lignes de piquetage seront tenues les 21 et 22 novembre sur plusieurs campus au Québec.

Au total, 42 associations étudiantes, à l’UQAM, à l’UQAR, à Concordia, à l’Université de Montréal, à l’Université de Sherbrooke, aux collèges de Maisonneuve, Montmorency et Dawson, ainsi qu’aux cégeps Lionel-Groulx, Marie-Victorin, de Saint-Jérôme, et du Vieux-Montréal ont voté en faveur d’un mandat de grève. On attend toujours les résultats pour quelques autres regroupements.

La participation d’autres associations étudiantes, dont celles de l’Université McGill, n’a pas été confirmée, mais est attendue, selon des représentant·es de la Coalition de résistance pour l’unité étudiante syndicale (CRUES), un nouveau regroupement qui représente 35 000 étudiant·es au Québec et qui a lancé une campagne pour organiser cette mobilisation.

« En tant que Palestinienne, je ne peux pas décrire ce que je ressens », réagit Danna, membre de l’Association étudiante de l’Université Concordia, émue par le haut taux de participation. « C’est le résultat de plusieurs années de travail de sensibilisation sur la Palestine. »

Le succès du mouvement, même en région, surprend Matis, représentant de l’association étudiante de l’UQAR. « Je pense que c’est un sujet qui est très émotif, qui touche tout le monde par le contact des médias sociaux », avance-t-il. « Tout le monde se rend compte du précédent que ça crée, et de l’importance de répondre à cette situation […] parce que c’est de montrer qu’on tient au droit international. »

Des manifestations sont prévues à Montréal jeudi et vendredi. Des contingents d’étudiant·es venant d’ailleurs au Québec sont attendus.

McGill et Concordia pointées du doigt

« Le traitement du militantisme pro-palestinien est complètement différent en fonction des différents campus », explique Olivier, représentant de la CRUES. La Coalition s’inquiète particulièrement de la répression aux universités McGill et Concordia.

À Concordia, plusieurs étudiant·es ont été détenu·es par les services de sécurité de l’université ou même arrêté·es au cours des derniers mois. Deux étudiant·es avaient été arrêté·es le 31 octobre dernier lors d’une manifestation qui dénonçait la présence de la police sur le campus et sa violence envers les groupes pro-Palestine. Quelques jours plus tôt, le 25 septembre, d’autres étudiant·es avaient été détenu·es.

D’autres ont été suspendus en raison de leurs activités en lien avec la Palestine.

« On trouve que c’est nécessaire de mettre de l’avant le fait que c’est inacceptable ce qui se passe sur ces campus-là, qu’il n’y a pas de cohérence avec ce qui se passe ailleurs. Ce qui va mener à un respect entre les personnes militantes et les administrations, c’est la discussion », dit Olivier.

Dans un courriel transmis à sa communauté étudiante en vue des grèves, la vice-rectrice aux affaires académiques de l’Université Concordia, Anne Whitelaw, a appelé « à dénoncer la violence sous toutes ses formes ».

Danna y voit « une menace voilée envers les organisateurs ». L’ironie de la chose, selon elle, c’est que « les grèves sont justement une dénonciation de la violence et qu’elles visent à mettre fin à la violence, sur le campus et à l’étranger, à laquelle nos universités participent activement. »

De son côté, l’Association étudiante de Concordia « essaie de prendre un rôle de protection des étudiants, et moins un rôle d’organisation des grèves », explique Danna.

« Il y a plusieurs étudiants qui sont terrifiés parce que l’Université essaie de leur faire peur et de [les convaincre de] ne pas participer, mais qui veulent participer à la grève », déplore-t-elle. « On essaie de créer un environnement où ces étudiants peuvent venir et apprendre et rencontrer des gens pour renforcer leur optimisme dans la cause et le mouvement. »

L’Université Concordia n’a pas fait suite aux nombreuses demandes médiatiques de Pivot.

Depuis plusieurs années, des étudiant·es des deux universités anglophones montréalaises dénoncent les liens étroits qu’elles entretiennent avec Israël. Depuis le début des mobilisations étudiantes en octobre 2023, la discussion avec les administrations des deux universités semble avoir atteint une impasse.

Selon ses propres données financières, McGill détient plus de 5,4 millions $ dans des compagnies d’armes et de technologies militaires ayant des contrats avec l’armée israélienne, selon les calculs de Pivot.

En juin, alors que des étudiant·es avaient établi un campement sur le terrain de l’université pour demander notamment la fin de ces investissements, McGill avait proposé d’examiner ses placements dans des entreprises d’armements, mais les négociations n’ont pas abouti avant que l’établissement procède au démantèlement du campement étudiant par la force.

De son côté, Concordia ne divulgue pas publiquement ses investissements, mais elle entretient des liens académiques et des partenariats avec des universités en Israël, ainsi qu’avec des donateurs sionistes, notamment la Fondation Azrieli, qui est à l’origine de l’Institut Azrieli d’étude israélienne de l’Université Concordia.

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