Sam Harper Journaliste aux balados · Pivot
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Le collectif Montréal antifasciste appelle à manifester pour protester contre la présence de groupes musicaux entretenant des liens avec l’extrême droite à la Messe des Morts, un festival annuel de musique « black métal », qui aura lieu du 28 au 30 novembre au théâtre Paradoxe, à Montréal.

Montréal antifasciste (MAF) reproche à l’organisateur de la Messe des Morts, Sepulchral Productions, d’avoir invité des groupes entretenant différents liens avec l’extrême droite. En réaction, le collectif appelle à une manifestation le vendredi 29 novembre.

Parmi les groupes aux sympathies d’extrême droite ciblés par MAF, la tête d’affiche est Marduk, un groupe qui puise son inspiration dans la Seconde Guerre mondiale, du point de vue nazi, et dont deux membres ont fait des emplettes chez une organisation néo-nazie scandinave.

Un autre groupe dénoncé par MAF est Horna, qui a été fondé par un individu ayant été impliqué dans un groupe musical aux sympathies néo-nazies. De plus, le groupe Sargeist, même s’il n’est pas nommé par Montréal antifasciste, a aussi été fondé par la même personne et fait partie de la programmation de la Messe des Morts cette année.

Le groupe Akitsa est aussi critiqué pour avoir collaboré à différentes reprises avec d’autres groupes ouvertement néo-nazis au sein de la scène black métal.

Ce n’est pas la première fois que Sepulchral Productions est critiqué pour les groupes qu’il invite à son festival. En 2016, un des spectacles de la Messe des Morts avait dû être annulé à la suite des pressions de militant·es antifascistes.

Le black métal a toujours été un style de musique extrême et controversé. Le satanisme, la noirceur, la violence et la haine sont des thèmes fréquemment abordés par les artistes de ce courant. Une minorité y voit aussi une façon de propager son idéologie nazie. Il existe une certaine porosité entre cette minorité et le reste de la scène, qui semble s’en accommoder sans trop de problème. 

Ne pas laisser de place à l’extrême droite

Pivot s’est entretenu avec un membre de Montréal antifasciste, qui a requis l’anonymat en raison du risque de représailles.

« On est assez déçu de l’attitude de la scène black métal en général », se désole-t-il. « On le sait que la plupart d’entre eux s’en foutent de la politique […] mais, là, on trouve qu’ils s’en foutent un peu trop. » Malgré la présence de longue date, dans cette scène, de groupes entretenant des liens évidents avec les milieux néo-nazis, peu d’amateur·trices de cette musique prennent la parole pour dénoncer leur présence, rapporte-t-il.

Montréal antifasciste adopte comme principe de ne pas laisser de place à l’extrême droite, ce qui lui permettrait de s’exprimer et s’organiser publiquement. Cette attitude est basée sur ce que le membre du collectif appelle le « paradoxe de la tolérance », en référence au concept développé par le philosophe Karl Popper. « Dans une société tolérante, si tu tolères des discours intolérants et haineux, ça devient une société qui n’est plus tolérante », explique-t-il.

Les concerts de groupes néo-nazis servent en effet au recrutement. Toutefois, au Québec, les spectacles ouvertement néo-nazis sont rares et lorsqu’il y en a, ils sont habituellement tenus de façon très privée, et donc leur « capacité au recrutement est très limitée », rapporte le militant antifasciste.

Il explique qu’en Europe, il existe des festivals de musique black métal ouvertement néo-nazis qui servent de point de rassemblement culturel et de lieu de recrutement. « Ce n’est vraiment plus comme ça ici et, justement, on essaie de garder ça comme ça. »

Marduk aime beaucoup l’histoire… de l’Allemagne nazie

La tête d’affiche de la Messe des morts des 29 et 30 novembre prochains est Marduk, un groupe suédois fondé en 1990. Le guitariste Morgan Håkansson a lancé cette formation dans le but de créer le groupe « le plus blasphématoire et le plus satanique » au monde.

Marduk est fortement inspiré par le satanisme, mais aussi par les événements de la Seconde Guerre mondiale. Celle-ci est abordée exclusivement du point de vue de l’Allemagne nazie.

Ce sont les morceaux de son album Panzer Division Marduk (référence à la division blindée de l’armée allemande) que le groupe doit jouer pour son deuxième soir de prestations montréalaises. Les paroles témoignent d’une certaine fascination, si ce n’est une admiration, pour l’Allemagne nazie.

Le groupe, dans diverses entrevues, se défend en disant qu’il ne fait que s’intéresser à l’histoire.

Cet intérêt historique est également reflété dans le choix du nom de l’entreprise créée par le fondateur pour gérer les affaires du groupe : Wolfsschanze, le nom du bunker d’Adolf Hitler.

Une fuite de données de la boutique en ligne du Nordic Resistance Movement, un mouvement néo-nazi actif en Scandinavie, a révélé qu’en 2016, deux membres du groupe, Daniel Rostén et Frederik Vidigs, en étaient les clients. Parmi les items achetés, on retrouve des collants, des tracts, le livre National-socialisme : la vision biologique du monde et des livres niant l’Holocauste.

Le groupe nie que ses membres ont fait ces achats et rejette tout lien entre ses membres et l’organisation néo-nazie. Pivot a toutefois pu confirmer que les courriels utilisés pour faire ces achats sont bien utilisés par ces personnes pour d’autres services en ligne.

Plus récemment, en 2023, le groupe a congédié son bassiste, Joel Lindholm, après que celui-ci a fait des saluts nazis sur scène.

« Je crois à la liberté d’expression plus que tout le monde. »

Morgan Håkansson, fondateur de Marduk

En entrevue en 2019 sur la chaîne YouTube Rauta, Morgan Håkansson explique qu’il chante à propos de choses qu’il trouve intéressantes, fascinantes et auxquelles il croit. « Nous créons des bandes sonores à propos d’événements qui se sont passés, et j’aime ça ! » dit-il.

Questionné sur le fait que la musique de Marduk suscite la controverse, il réplique : « Je ne vais pas reculer face à des gens qui disent “ tu ne peux pas faire ceci, tu ne peux pas faire cela ”. »

« Tu peux chanter à propos de tuer des chrétiens et les violer, mais dès que tu chantes au sujet de thèmes en lien avec la Seconde Guerre mondiale, tu as franchi la ligne. Ce n’est pas ma ligne, alors allez vous faire foutre ! Je m’en fous ».

« Je crois à la liberté d’expression plus que tout le monde. »

Entre nationalisme et nazisme

Dans sa thèse de doctorat en musique à l’Université Laval, Mai-Ra St-Laurent décrit l’axe idéologique du black métal comme se situant entre « le rejet de la société contemporaine » et « l’idéalisation du passé ». Elle explique que « pour plusieurs amateurs, ce regard vers le passé est souvent accompagné d’une volonté de se tourner vers les cultes païens ancestraux, vers la nature et vers une forme de nationalisme ».

On retrouve ce nationalisme dans le « métal noir québécois » (MNQ). Le MNQ désigne un ensemble de groupes issus du Québec qui jouent du black métal, chantent en français, expriment un fort attachement à la culture et à l’histoire du Québec et sont indépendantistes.

Le black métal comporte également un ensemble de groupes qui épousent l’idéologie nazie du parti d’Adolf Hitler. Ce courant, qui mélange idéologie fasciste, nationalisme identitaire, racisme et musique extrême, est appelé NSBM, pour « National Socialist Black Metal ».

Les groupes du MNQ rejettent l’association de leur mouvement avec celui du NSBM. Le travail de St-Laurent montre d’ailleurs les variations idéologiques de ces groupes québécois, allant du centre-droite à la gauche.

Il existe des groupes NSBM au Québec, mais ils sont minoritaires et ne font pas partie de ce qui est habituellement inclus dans l’appellation de MNQ.

Ce qui complique le tableau, comme le mentionne Méi-Ra St-Laurent, est que les groupes de black métal, misant sur la transgression, « réalisent peu à peu que leurs propos satanistes soulèvent de moins en moins de polémiques. Ainsi, ces derniers se tournent vers ce qui est encore aujourd’hui considéré comme une des idéologies politiques les plus controversées : le national-socialisme ».

On retrouve donc dans cette scène à la fois des personnes qui utilisent l’imagerie nazie pour choquer et d’autres qui y croient et se servent de la musique pour faire de la propagande et recruter.

Un autre facteur qui favorise cette confusion entre les groupes NSBM et ceux qui ne le sont pas est la tolérance dans la scène black métal pour ces individus et groupes adeptes du nazisme. Comme nous le verrons, plusieurs membres de la scène vont rejeter toute accusation de racisme, tout en faisant la promotion ou jouant sur scène avec des groupes ouvertement fascistes et racistes.

Cette attitude contradictoire est soulevée par St-Laurent. Elle note que certains artistes et admirateurs de black métal « semblent entretenir un discours où il est possible d’entériner une opinion dans certains contextes et de la rejeter dans d’autres ».

La docteure en musicologie explique que cette façon de brouiller le discours est propre aux codes du black métal, où les adeptes vont traiter « volontairement des sujets transgressifs (la tenue de propos d’apparence raciste, ou fortement controversée) dans le but de déranger le plus possible, tout en se défendant ensuite d’entretenir un discours haineux ».

Elle note aussi qu’il y a une attitude « où on choisit tacitement d’ignorer certains propos potentiellement haineux ». Les adeptes de la scène black métal vont dire que la musique n’a rien à voir avec la politique ou qu’il faut séparer l’art de l’artiste.

« Selon ce principe, les sujets potentiellement problématiques abordés dans les chansons de métal extrême (p. ex. les propos politiques d’extrême droite, le racisme, l’homophobie) sont consciemment ignorés par les musiciens et les amateurs au profit du plaisir désengagé pour la musique », explique Méi-Ra St-Laurent. Cette façon de se distancer du propos véhiculé « produit une “ dépolitisation ” où certaines pratiques ou comportements sont tacitement ignorés ».

Horna et Sargeist : nationalisme élitiste et connexions néo-nazies

Deux autres groupes qui participent à la Messe des Morts sont Horna et Sargeist, deux formations finlandaises. Elles ont en commun d’avoir été fondées par Ville Pystynen, alias Shatraug.

Lors d’une entrevue publiée sur la chaîne YouTube Rauta en 2021, le chanteur de Horna, Spellgoth, réplique à une question sur les liens entre son groupe et l’extrême droite. « Il ne sert à rien de répondre aux douchebags, les gens se sont fait une idée. […] Lisez les paroles, il n’y a rien de politique là-dedans. »

Shatraug poursuit en affirmant que « la principale chose que l’humanité fait depuis des siècles est d’éviter l’ordre naturel de toutes les manières possibles » et que « la politique n’a rien à voir, ce n’est qu’une invention humaine ».

Cet « ordre naturel » n’est pas explicité par Shatraug, mais une entrevue avec le fanzine Transcending the Mundane, publiée en 2003, donne une idée de sa vision élitiste. « La guerre est dans l’âme de l’Homme et donc nécessaire pour le progrès de notre race. Au lieu d’aider la vie à exister partout, nous devrions nous concentrer sur les plus forts. »

Bien que Horna ne se réclame d’aucune idéologie, si ce n’est le satanisme, ses membres ont entretenu au cours de leurs carrières plusieurs liens avec l’extrême droite.

Dans une entrevue donnée au fanzine Canadian Assault, Shatraug confirme son intérêt pour le nationalisme finnois. Il explique qu’avec Horna, il se concentre sur les thèmes ésotériques et occultes, mais que pour « les idées plus nationalistes, [il est] impliqué dans un projet du nom de Blutschrei ».

Blutschrei a été actif entre 2005 et 2008. Ce groupe était composé de deux autres membres provenant des groupes de la mouvance National Socialist Black Metal, Sombre Chemin et Hammer. Les paroles de Blutschrei campent clairement ce groupe dans le camp NSBM.

« Au lieu d’aider la vie à exister partout, nous devrions nous concentrer sur les plus forts. »

Shatraug, fondateur de Horna et Sargeist

Shatraug affirme continuer dans cette veine avec un autre projet appelé Finnentum. Cette formation a lancé un album en collaboration avec le groupe NSBM australien Eternum.

Shatraug dirigeait jusqu’en 2012 une maison de disques du nom de Grievantee Productions. Cette étiquette a produit des albums de groupes black métal « traditionnels » mais aussi plusieurs groupes NSBM comme Hammer, Kristallnacht et d’autres.

En 2017, Horna a joué un concert privé à Helsinki, en Finlande, organisé par Veriyhteys. Ce collectif, dont le nom peut être traduit par « lien de sang », se proclame « la voix de la contre-culture radicale nationale ». Sur la version archivée de son site Web, que Pivot a pu consulter, on trouve de nombreux comptes-rendus de concerts néo-nazis. Si l’affiche du concert privé, ornée d’une croix gammée, n’était pas un indice suffisant, les autres groupes présents à cet événement faisaient partie de la mouvance NSBM.

Le chanteur de Horna, Spellgoth a aussi été claviériste pour le groupe français Peste noire, un autre groupe phare de la mouvance NSBM. Dans une entrevue de 2017, il juge ridicule que Peste noire soit considéré « nazi ».

Pourtant, le fondateur et chanteur du groupe, Ludovic Faure, surnommé Famine, ne cache pas ses idées d’extrême droite. Dans une vidéo produite par Peste noire, il explique que « le nazisme pour [lui], c’est l’ordre, la pureté, la vitalité, la discipline », mais que bien que lui le soit « à 80 % », Peste Noire « a toujours pris soin de ne pas être ouvertement et directement NS ». Il reconnaît toutefois que le démo du groupe, intitulé Aryan Supremacy (Suprématie aryenne), représentait une exception.

Le black métal et la transgression

Le black métal a toujours baigné dans la controverse. Dans sa thèse de doctorat, Méi-Ra St-Laurent décrit ce courant comme « un des styles musicaux les plus transgressifs jamais créés, tant sur les plans esthétique qu’idéologique ».

Le black métal est une « musique glaciale accompagnée de cris déchirants », explique St-Laurent. La musique est sombre, les paroles violentes et l’usage de maquillage cadavérique par les musiciens accentue une esthétique satanique.

Né dans les années 1980, le style s’est surtout développé et fait connaître au début des années 1990 en Norvège. Le courant est marginal, mais c’est l’implication des membres de groupes à l’origine du mouvement dans divers crimes qui fait la manchette.

Une vague d’incendies d’églises est liée à la naissante scène black métal norvégienne. On estime qu’entre 35 et 60 incendies d’églises traditionnelles en bois sont causés par des adeptes de ce courant musical. Le chanteur et multi-instrumentiste du groupe Burzum, Varg Vikernes, sera condamné pour certaines d’entre elles.

Il sera également condamné à la prison pour le meurtre d’Øystein Aarseth, alias Euronymous, membre du groupe Mayhem. Le jeune batteur du groupe Emperor, Bård Guldvik « Faust » Eithun, a également été condamné à la prison pour le meurtre d’un homme gai.

Akitsa : l’art de la collaboration

Un autre groupe ciblé par le collectif Montréal antifasciste est Akitsa. C’est l’un des groupes importants de la scène black métal au Québec, bien qu’il ne se réclame pas du courant « métal noir québécois ».

Le fondateur du groupe, Pierre-Marc Tremblay, alias O.T., a déjà déclaré en entrevue avec le média Vice qu’« Akitsa n’est pas un projet raciste et ne le sera jamais. Il a toujours été important pour moi d’être honnête dans ma démarche et je n’ai jamais cru en la supériorité d’une race au-dessus d’une autre », insiste-t-il.

Au magazine Thurium, Pierre-Marc Tremblay, rapporte que son groupe a « déjà tenu un discours plus nationaliste au début […] qui s’est effrité au fil du temps. Nous sommes toujours fiers de nos origines et de chanter en français, mais nos paroles d’aujourd’hui ne sont plus axées sur ces sujets », dit-il.

Ces idées nationalistes sont exprimées dans une entrevue de 2004 avec le fanzine Black Plague, où O.T. se prononce sur la question du NSBM dans la scène black métal. « Je ne vois pas de problème avec [les groupes NS] parce que c’est vrai que l’on doit arrêter l’immigration telle qu’elle est en ce moment. La plupart de nos pays occidentaux sont envahis par des étrangers avec une culture différente de la nôtre. Ils détruisent notre véritable culture européenne. […] La philosophie NS a quelques bons points concernant ces problèmes. »

Akitsa illustre aussi bien l’absence de frontière stricte entre le NSBM et le reste de la scène black métal.

Par exemple, Akitsa a enregistré un split avec Satanic Warmaster, un groupe qui entretient des liens avec le courant NSBM. Satanic Warmaster y a inclus des chansons intitulées « Six Million Tears » (« Six millions de larmes », en référence au nombre de victimes juives de l’Holocauste) et « March of the Legion Werwolf » (« Marche de la légion Werwolf », un corps de volontaires nazis formé pour combattre l’avancée des Alliés).

Lorsque Peste noire a fait une tournée au Canada en 2008 — organisée par Sepulchral Productions —, Akitsa en faisait partie.

De plus, O.T. a prêté sa voix pour la chanson « Une lame pour les infâmes » du groupe NSBM français Baise Ma Hache en 2016.

Le groupe joue également avec l’imagerie fasciste, par exemple en incluant le slogan mussolinien « Me ne frego » (« Je m’en fous ») dans son logo, ou encore en affichant sur un t-shirt des « faisceaux », une autre imagerie mussolinienne à l’origine du mot fascisme.

« On choisit tacitement d’ignorer certains propos potentiellement haineux. »

Méi-Ra St-Laurent, dans sa thèse de doctorat

Bien qu’il ne se réclame pas du NSBM ou du racisme, Akitsa « ne pren[d] pas de position face à cette partie de la scène. Nous sommes des analystes du monde moderne, pas des polices de la pensée », justifie Tremblay dans son entrevue à Thurium.

O.T. est également le propriétaire de l’étiquette de disques et distributeur Tour de garde. On retrouve plusieurs groupes d’extrême droite, racistes ou NSBM dans le catalogue de distribution actuel de Tour de garde, ainsi que dans les versions anciennes archivées : Absurd, Mésalliance, Gaszimmer, Geimhre, Kristallnacht, Peste noire, Sombre Chemin, Artghoslent, Goatmoon et Spear of Longinus.

Notre demande d’entrevue à O.T., via Tour de Garde, est restée sans réponse au moment de publier.

La Messe des Morts, Sepulchral Productions et le NSBM

L’organisateur de la Messe des Morts, Sepulchral Productions est une étiquette de disques fondée en 1999, mais qui a surtout été active à partir de 2006. Cette étiquette, lancée par Martin Marcotte, alias Myrkhaal, pour la promotion de son propre groupe, a diffusé plusieurs groupes associés au courant du métal noir québécois.

Bien qu’il se défend de promouvoir cette idéologie, Myrkhall n’a pas de problème à faire la promotion de groupes NSBM. Sepulchral Productions distribue des groupes NSBM comme le subtilement nommé Pogrom, un groupe français, et Ad Hominem, par exemple.

Martin Marcotte, en entrevue en 2014, explique qu’il se considère de « la vieille école en ce qui concerne ce que le black métal devrait véhiculer (le satanisme, l’occulte, etc.), et [qu’il] préfère, en second lieu, les thèmes associés à un nationalisme romantique/classique à une approche plus politisée ».

« Je suis aussi de ceux qui croient que le “ politically correct ” n’a pas sa place au sein du black métal », ajoute-t-il.

Il reproche aux « antifas » de voir « des nazis partout » et se désole qu’on associe le nationalisme au national-socialisme.

En 2011, Sepulchral Productions organise la première Messe des Morts. Ce festival de black métal accueille des groupes du Québec et des formations internationales.

Depuis sa fondation, Sepulchral Productions invite des groupes au passé trouble à son festival. Cette année n’est pas une exception.

Lors de la première édition, une des têtes d’affiche était le groupe Inquisition, originaire des États-Unis. Le chanteur, Jason Weirbach, alias Dagon, a déjà été accusé d’avoir des sympathies néo-nazies par le chauffeur de leur fourgonnette de tournée. Dagon raconte une version différente de cette histoire, niant toute sympathie fasciste.

Ces accusations ne seraient pas aussi crédibles si Dagon n’avait pas participé, avec son autre groupe 88mm, à la compilation Declaration of Anti-Semetic [sic] Terror (Déclaration de terreur antisémite) publiée par le label NSBM Satanic Skinhead Propaganda. Le titre de la chanson de 88mm ? « 14 showerheads, 1 Gas tight door » (« 14 pommeaux de douche, 1 porte étanche au gaz »).

En 2013, la Messe des Morts invitait Horna et Sargeist, dont nous avons déjà parlé.

Cette année-là, le festival accueillait aussi Taake, un groupe norvégien. En 2007, le fondateur du groupe, Ørjan Stedjeberg, alias Hoest, était monté sur scène en Allemagne avec une croix gammée peinte sur la poitrine. Le groupe avait par la suite publié des excuses sur son site Web, expliquant qu’il ne s’agissait que d’une « provocation » et qu’il allait « censurer certains symboles » à l’avenir. Le groupe disait s’excuser auprès de ses collaborateurs qui pourraient avoir des problèmes à cause de la svastika — « sauf pour le sous-homme (“ untermensch ”) propriétaire du club, tu peux aller sucer un musulman ».

« On le sait que la plupart d’entre eux s’en foutent de la politique […] mais, là, on trouve qu’ils s’en foutent un peu trop. »

Montréal antifasciste

En 2015, Satanic Warmaster, un groupe NSBM déjà mentionné, faisait partie de la programmation. Le fondateur et chanteur, Lauri Penttilä, alias Werwolf, dirige une maison de disques qui publie bon nombre de groupes NSBM. Il a participé au groupe NSBM Gestapo 666. Il explique en entrevue que l’influence du Troisième Reich est indéniable, car « certaines des idées sociales et politiques les plus avancées ont été créées durant le régime de fer du Reich. Bien sûr, je suis intéressé et je ressens une forte sympathie pour les idéaux de cette période ».

En 2016, lors de la sixième édition du festival, la venue du groupe polonais Graveland, associé au mouvement NSBM, avait suscité la controverse. Une manifestation de groupes antifascistes avait finalement forcé l’annulation du dernier soir du festival.

En 2017, le chanteur du groupe Nargaroth avait mentionné les « antifas » plusieurs fois durant sa prestation, de manière moins que sympathique. Le blogue Dure Réalité rapportait qu’une quarantaine de « boneheads » — des néo-nazis s’habillant comme des skinheads —, étaient présents. La pochette du premier album de Nargaroth décrivait le son du groupe comme une musique « allemande haineuse et misanthrope, faite par un homme blanc pour l’homme blanc » et arborait une dédicace aux soldats de la Wehrmacht, l’armée allemande, et une salutation à Absurd, un groupe NSBM.

En 2019, le festival avait invité Vargrav, un autre groupe de Werwolf, le chanteur du groupe NSBM Satanic Warmaster.

Martin Marcotte et Sepulchral Productions n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevue.

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