Élections américaines : pour les peuples du Sud, c’est du pareil au même

Martin Forgues Chroniqueur · Pivot
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Élections américaines : pour les peuples du Sud, c’est du pareil au même

Écoutons, enfin, la voix de la conscience politique planétaire qui murmure depuis le Sud global.

Salle comble mardi soir à la Brasserie des Patriotes, au cœur du quartier populaire d’Hochelaga-Maisonneuve, où six humoristes engagé·es ont cherché à apaiser la tension qui régnait alors que la carte politique américaine rougissait de brun d’heure en heure.

Un « pacing » paritaire, par ailleurs, et surtout formé de vrai·es comiques politiques (à l’opposé du triste clown Guy Nantel qui, lui, sert de fou du roi aux tisserands du pouvoir) issu·es principalement de la relève. Ils et elles étaient porteur·euses de l’esprit des défunts Zapartistes, surtout avec la présence du camarad Christian Vanasse), pour qui rire est une jolie façon de montrer les dents.

Car ne nous trompons surtout pas : c’est un régime fasciste qui prendra d’assaut la Maison-Blanche, le Congrès, le Pentagone, la Cour Suprême et toutes les institutions de la plus grande puissance politique et militaire de la planète, avec à leur tête l’idiot utile et sénile de cette alliance cynique entre les talibans américains de l’extrême droite chrétienne et la machine militaro-capitaliste qui domine ce pays depuis plus d’un siècle.

Pour paraphraser Bertolt Brecht : comment peut-on avoir une franche discussion sur le fascisme lorsqu’on refuse même de remettre en question le capitalisme, qui lui sert de berceau?

Et là se trouve le péché originel américain, que l’on soit démocrate ou républicain. Les deux partis prêtent le même Serment du Test envers le capitalisme, l’impérialisme (rebaptisé « exceptionnalisme » pour préserver les chastes oreilles des extrême-centristes) et le sionisme.

Si on veut mettre fin à ce cauchemar politique, il faudra arrêter de se surprendre des symptômes qui s’aggravent et enfin s’attaquer au mal qui est à leur source.

Bonnet brun, brun bonnet

Mardi soir, l’humoriste Emna Achour a tapé sur le clou que l’ensemble de la gauche institutionnelle et de l’extrême centre refusent obstinément d’enfoncer : pour le peuple palestinien, le résultat de l’élection ne changera rien à leur effacement de la surface de la Terre dans l’indifférence de la « communauté internationale ».

Hier, l’autrice Yara El-Ghadban rappelait sur Facebook que l’électorat progressiste avait toujours le choix de soutenir le Parti vert de Jill Stein plutôt que de s’obstiner à chercher le progressisme dans un Parti démocrate devenu expert en décoration de vitrine. On en trouvera sûrement plusieurs pour mettre la responsabilité de l’élection de Trump sur les épaules des gauchistes qui ont refusé de soutenir la version bleue de l’agenda génocidaire et impérial.

Les deux partis prêtent le même Serment du Test envers le capitalisme, l’impérialisme et le sionisme.

J’entends déjà tant les extrême-centristes que les éternels abonné·es à la gauche molle et aux analyses plates de la Chaire Raoul-Power Corporation nous accuser d’alimenter la division au sein des forces « progressistes » tout en se faisant croire qu’un vote démocrate aux États-Unis, libéral ici ou macroniste en France revient à « préserver la démocratie ». Or, comme le soulignait le journaliste français Hervé Kempf il y a déjà près de vingt ans, nos « démocraties » ne sont essentiellement plus que des oligarchies à suffrage universel.

Et ceux qui nous le rappellent de la manière la plus limpide, ce sont les peuples des pays du Sud global, de la Palestine à l’ensemble du continent africain, en passant par Haïti et l’Amérique latine. En Irak et en Afghanistan, qu’elles soient larguées par un âne ou un éléphant, les bombes tuent tout autant.

Que ce soient les libéraux ou les conservateurs qui arrivent à endormir le mieux des électorats repus et inconscients ne change rien à l’oppression des peuples par des psychopathes sur le payroll des multinationales occidentales.

Voilà de quoi tempérer notre déception : a-t-on vraiment perdu quand on ne pouvait pas gagner de toute manière?

La peste

Reste que pour les Américain·es, l’élection d’un président fasciste aux velléités dictatoriales laisse planer nombre de graves menaces : déportations de masse, attaques frontales contre l’autonomie corporelle des femmes et des personnes LGBTQ+, usage de la force militaire contre l’« ennemi intérieur » gauchiste, accroissement des inégalités économiques, etc.

Ne nous trompons surtout pas : c’est un régime fasciste qui prendra d’assaut la Maison-Blanche

Et n’oublions surtout pas que lorsque les États-Unis toussent, le Canada attrape la grippe – ou, si nous ne retenons pas la leçon, la peste.

À l’aube d’un régime fasciste qui fera indéniablement des petits, écoutons plus que jamais ce murmure poussé par le vent du Sud.