Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
Partager

Vendredi matin à Montréal une contre-manifestation organisée par une coalition de militant·es queers et anti-fascistes a été violemment réprimée par la police, alors qu’elle tentait d’empêcher un groupe opposé à l’éducation sexuelle dans les écoles et hostile aux droits LGBTQ+ de défiler dans les rues de la métropole.

Pourtant, la journée avait débuté dans la bonne humeur et dans une ambiance cordiale.

Vers 8 h, près de trois cents militant·es de divers horizons s’étaient donné rendez-vous aux abords de l’hôtel de ville de Montréal pour offrir un contre-discours au rassemblement organisé par l’organisation Ensemble pour protéger nos enfants (EPPNE) de l’autre côté de la rue.

Le groupe EPPNE est une branche québécoise du mouvement décentralisé 1 Million March 4 Children, qui organisait des rassemblements un peu partout au pays vendredi. Il milite contre l’éducation sexuelle dans les écoles et demandait la suspension du nouveau cours Culture et citoyenneté québécoise, « imprégné de l’idéologie du genre ».

Plus largement, EPPNE défend différentes positions issues du conservatisme religieux et défend notamment des restrictions aux droits des personnes trans. Invités à expliciter leurs points de vue, les représentants d’EPPNE ont refusé l’offre de Pivot.

Une démonstration de solidarité

Du côté de la contre-manifestation, le ton était à l’affirmation de soi plutôt qu’à la confrontation. On observait aussi plusieurs signe de soutien à la lutte des Palestinien·nes.

« Le but aujourd’hui est de montrer aux jeunes trans qu’on est là, qu’ils ont du support, qu’ils ont une communauté et que malgré qu’il y a une hausse de haine envers les personnes trans et queers, iels ne sont pas seul·es : on est là pour eux », explique Aziz, Jamil porte-parole de la contre-manifestation.

Le groupe de contre-manifestant·es a ainsi procédé à scander des slogans, chanter des chansons et tenir des discours pour faire sentir sa présence aux membres d’EPPNE ainsi qu’aux touristes et nombreux groupes scolaires qui arpentaient le Vieux-Montréal vendredi matin. Le tout dans une ambiance festive où les représentant·es des divers groupes venus en soutien aux personnes trans s’échangeaient sourires et poignées de main.

Le député fédéral du Nouveau Parti démocratique Alexandre Boulerice était sur place pour montrer son appui.

Après environ une heure, une partie du groupe – environ soixante personnes – a entrepris d’aller s’installer sur la place de la Commune, derrière les manifestant·es d’EPPNE, qui étaient alors une trentaine.

Maintenu à plusieurs dizaines de mètres du rassemblement anti-trans par les policiers, ce deuxième groupe interpellait plus directement le camp adverse. On pouvait entendre des slogans suggérant que le message d’EPPNE en était un de haine déguisée sous un voile de bienveillance.

À ce stade, le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) déployait environ une centaine de policiers entre les deux camps pour les garder bien séparés ainsi que pour assurer la fluidité du déplacement des touristes.

L’usage de la force par la police gâche la fête

Vers 10 h 30, le rassemblement d’EPPNE, dont les rangs avaient tranquillement gonflé pour atteindre une centaine de personnes, a entrepris de défiler vers l’ouest sur la rue Notre-Dame.

Devant et autour d’eux, les policiers du SPVM leur ouvraient la voie, repoussant physiquement toute personne qui se trouvait devant ou autour de la marche, jusqu’à ce que le cortège arrive au coin du boulevard Saint-Laurent, soit aux abords du palais de justice de Montréal.

À cet endroit les attendait le groupe de contre-manifestant·es qui était auparavant derrière le rassemblement sur la place de la Commune. Les deux contingents, toujours séparés par plusieurs policiers, sont alors restés une dizaine de minutes en face à face.

Du côté d’EPPNE, des personnes invectivaient les contre-manifestant·es, leur reprochant de les empêcher d’utiliser leur droit constitutionnel de manifester.

Du côté de la contre-manifestation, les militant·es leur répondaient que leur discours était un message haineux et qu’iels ne les laisseraient le répandre aux quatre coins de la ville.

Puis le SPVM a tranché.

Plusieurs policiers en équipement anti-émeute ont entrepris de charger la ligne de contre-manifestant·es, distribuant les coups de matraque, faisant exploser des charges d’aérosol capsique (dispositif de « gaz poivre » irritant) et repoussant les contre-manifestant·es sur le trottoir.

Se faisant, les forces policières auraient blessé deux contre-manifestant·es à coups de matraque, qui ont ensuite dû prendre le chemin de l’hôpital, selon les organisateur·trices de la contre-manifestation. Les agents ont également procédé à l’arrestation d’un homme de trente ans pour « agression envers les policiers », selon le service média du SPVM.

@pivot.quebec

Vendredi matin, à Montréal, une contre-manifestation était organisée pour empêcher un groupe opposé à l’éducation sexuelle dans les écoles et hostile aux droits LGBTQ+ de défiler dans les rues de la métropole. Organisée par une coalition de militant·es queers et anti-fascistes, la contre manifestation a été violemment réprimée par la police. #polmtl #polqc #manifestation #spvm Les détails de l’événement sont à retrouver dans l’article de Francis Hébert-Bernier, sur pivot.quebec 👇 https://pivot.quebec/2024/09/23/le-spvm-use-de-la-force-pour-ouvrir-la-voie-aux-manifestants-anti-trans/

♬ son original – user02139200465

Alertée par les explosions et les cris, une partie du contingent principal de la contre-manifestation est accourue pour venir en aide à ses camarades. Pris en étau, les policiers ont alors entrepris de faire exploser une douzaine de charges d’aérosol capsique pour disperser la foule.

Or, la configuration particulière de l’endroit ne permettait pas vraiment aux gaz de se dissiper.

Résultat : en plus des contre-manifestant·es, de nombreux policiers, des membres du rassemblement d’EPPNE, des membres des médias, des usager·es du palais de justice ainsi que des passant·es se sont retrouvé·es incapacité·es par les gaz. Une vingtaine de minutes après les faits, il était toujours très difficile de respirer et de garder les yeux ouverts sur les lieux de l’incident.

Une « option raisonnable »

Interrogé sur l’utilisation de ce dispositif dans des circonstances pacifiques et dans un environnement qui ne permettait pas au gaz de se dissiper facilement, le SPVM nous a dit suivre les directives de l’École nationale de police. Celles-ci permettent « de faire un choix parmi les options raisonnables et d’intervenir afin d’assurer leur propre sécurité ainsi que celle du public », nous a-t-on indiqué par courriel.

Le SPVM confie avoir déterminé à l’avance avec sa division de planification opérationnelle les effectifs et les moyens à utiliser pour les évènements de vendredi, mais dit ne pas pouvoir commenter davantage ses méthodes et stratégies d’intervention pour des raisons de sécurité.

« Pourtant, on manifestait de manière pacifique et les policiers ont fait une escalade de violence assez intense et assez spontanée. Ils n’ont pas attendu pour foncer dans le tas », remarque Rébecca Lavoie, porte-parole de la contre-manifestation.

« On n’a pas eu de contact physique [ni avec le rassemblement ni avec la police], mais les policiers n’étaient vraiment pas down avec ça et ils nous l’ont montré avec leurs matraques et leur poivre de cayenne », souligne-t-elle.

Ce n’est pas la première fois récemment que le SPVM fait usage de la force pour réprimer une mobilisation LGBTQ+ : fin août, en pleine semaine de la Fierté et au cœur du Village, la manifestation de la Fierté radicale avait aussi subi coups de matraque et gaz poivre après que le SPVM ait provoqué une escalade de la violence.

Premiers soins et marche sous haute surveillance

Après l’intervention policière, la majorité des contre-manifestant·es se sont rassemblé·es à nouveau près de l’hôtel de ville pour faire le point et pour aider ceux et celles qui souffraient toujours des effets des gaz irritants.

Pendant ce temps, le rassemblement d’EPPNE s’est regroupé et a entrepris de poursuivre sa marche dans le Vieux-Montréal et dans le centre-ville. Une poignée de contre-manifestant·es, les yeux rougis par les gaz et doté·es d’un mégaphone, a choisi de les suivre pour continuer à dénoncer leur message. Iels ont été gardé·es à bonne distance de la marche par les policiers.

Environ une heure plus tard, le cortège s’est dissous aux abords de la station de métro Berri-UQAM.

Récents articles

Voir tous