Sept ans après avoir fui le génocide au Myanmar, certain·es Rohingyas luttent pour la préservation de leur langue maternelle, tandis que d’autres choisissent de l’abandonner dans l’espoir d’une vie meilleure.
« Pourquoi ne quittes-tu pas le pays? Tu es bengali, tes traits sont bengalis, vous avez la même religion. Pourquoi tu restes ici? »
C’est le genre de questions que les gardes posaient au maulana Mohammed Saleh, à travers les barreaux de sa cellule au Myanmar (Birmanie).
Les autorités avaient entrepris d’arrêter plusieurs intellectuel·les de la communauté rohingya, une minorité musulmane originaire de l’Arakan, sur la côte ouest du Myanmar, longtemps persécutée dans ce pays à majorité bouddhiste. Le terme « Bengali » est souvent envoyé aux Rohingyas en guise d’insulte, visant à discréditer leur identité en l’assimilant au pays voisin, le Bangladesh.
Mohammed Saleh, tout comme plusieurs autres Rohingyas détenu·es à l’époque, n’a jamais connu les motifs de son incarcération, qui a duré plus de quatre ans. Mais il soupçonne qu’elle ait été liée à ses implications à la madrasa, une école islamique où on pouvait apprendre deux langues dont l’enseignement est proscrit par les autorités : l’arabe et, nouvellement, le rohingya.

Longtemps considéré comme un dialecte oral, le rohingya venait tout récemment de trouver son propre système écrit : l’alphabet hanifi. Son créateur et celui qui lui a donné son nom est Mohammad Hanif, un érudit musulman, poète et polyglotte qui, au courant des années 1970, en a eu assez de ne pouvoir écrire dans sa langue maternelle qu’en empruntant d’autres alphabets, arabe ou encore latin.
Si l’alphabet hanifi a été mis au point au cours des années 1980, sa dissémination au Myanmar demeurait précaire. « Nous apprenions le hanifi informellement, en raison des restrictions du gouvernement », explique Mohammed Saleh, qui a fait partie des premières cohortes clandestines en tant que jeune adulte. « Nous ne pouvions pas fonder une école officielle », se souvient-il.
Au même moment, le gouvernement adoptait une loi refusant la citoyenneté birmane aux Rohingyas, faisant de la communauté l’une des plus grandes populations apatrides au monde. La législation s’inscrit dans un continuum de persécution et d’exclusion des Rohingyas par l’État birman, de plus en plus prononcée depuis son indépendance en 1948 et qui a culminé en un génocide depuis 2017.
En raison des violences perpétrées par l’armée birmane ayant fait plusieurs milliers de morts, Mohammed Saleh a alors choisi de fuir vers le Bangladesh, entreprenant un trajet difficile, malgré son âge avancé, avec sa femme et ses enfants.

Plus de 700 000 personnes ont effectué le même périple pour se réfugier au-delà de la frontière au sud du Bangladesh, dans un camp qui compte aujourd’hui près d’un million de personnes. Environ trois quarts sont des femmes et des enfants, selon les derniers recensements des Nations unies, ce qui en fait le plus grand camp de réfugié·es au monde.
Enseigner pour préserver
La chance dans la malchance, pour Mohammed Saleh, c’est qu’ici, contrairement au Myanmar, « il n’y a plus de restrictions » pour enseigner sa langue maternelle.
Selon lui, près de 80 écoles offrent non officiellement des cours de hanifi dans le camp. « Parfois, les enseignant·es utilisent les abris d’écoles hors de leurs heures de classe habituelles », explique-t-il.
Cela fait six mois que Mohammed Tofiq enseigne le hanifi dans une petite école du camp, l’une des seules l’inscrivant formellement à son programme.
Le cursus n’a été approuvé officiellement qu’en janvier dernier par les autorités bangladaises, qui continuent plutôt de préconiser l’apprentissage du birman en vue d’un éventuel retour des réfugié·es au Myanmar.
« Le birman est vraiment difficile pour nous. C’est la langue nationale, mais ce n’est pas notre langue maternelle », explique Mohammed Tofiq.
Dans sa salle de classe – un abri dont les murs en bâche de plastique sont tapissés de dessins d’alphabet et d’affiches éducatives –, les étudiant·es semblent enthousiastes malgré la chaleur accablante. Iels ricanent, mais répondent vivement aux questions du professeur et n’hésitent pas à se porter volontaires pour lire à voix haute.

Comparativement aux autres langues et alphabets enseignés dans le camp, comme l’anglais ou le birman, le hanifi « est plus accessible pour les étudiants », fait remarquer Mohammed Saleh. « Ils connaissent déjà le sens des mots, ils doivent juste apprendre à les décoder [à l’écrit]. »
« Si on sait lire et écrire dans notre langue, on peut facilement documenter notre propre histoire, apprendre d’autres langues, apprendre la chimie, les mathématiques… », acquiesce Mohammed Tofiq.
« Les étudiants sont fiers d’apprendre leur langue. Ce n’était pas une opportunité qui leur était offerte au Myanmar », explique-t-il. Pour lui, cela est « vital pour l’identité de la communauté », au sein de laquelle les taux d’analphabétisme sont élevés.
« On enseigne le rohingya pour préserver notre identité. »
Rêves de retour
« C’est important pour les Rohingyas d’apprendre leur langue. Toutes les communautés ont la leur », pense Abul Kasem, qui ne savait ni lire ni écrire avant d’apprendre le hanifi. Il s’agit du seul alphabet qu’il connaît à ce jour.
Abul Kasem a commencé l’apprentissage du hanifi en 2010, alors qu’il vivait toujours au Myanmar. Il se réunissait en douce avec un petit groupe d’autres élèves, pas plus de trois ou quatre personnes à la fois, afin d’apprendre l’alphabet auprès de personnes qui le maîtrisaient déjà.

En 2017, il a dû abandonner sa ferme familiale au Myanmar afin de se réfugier dans le camp. Il rêve du jour où il pourra retourner sur sa terre d’origine.
« L’une des grandes aspirations des Rohingyas est de pouvoir un jour revenir dans leur pays natal, d’avoir leur propre langue et de mener une existence agréable. Beaucoup étudient cette langue afin d’atteindre cet objectif », explique-t-il. « Cette langue sera essentielle pour notre survie et sera également très utile pour mon avenir. »
Pour Abul Kasem, il est devenu primordial d’inculquer le rohingya aux générations futures. Bien qu’il travaille pour une ONG dans le camp, il utilise son temps libre pour donner des cours particuliers de rohingya aux enfants vivant près de chez lui.
« Quand on retournera au Myanmar et que le gouvernement reconnaîtra notre identité rohingya, on pourra utiliser notre langue », lance-t-il fièrement.
Dans une autre école du camp, une vingtaine d’élèves assis·es en tailleur, vêtu·es de leur uniforme, répètent d’un air chantant : « ca, ja, ta, ts, ta, pas, ba… ». L’un de leurs camarades de classe se tient au tableau et pointe chacune des lettres de l’alphabet hanifi.

« Je suis vraiment fière quand j’écris en rohingya. » Sayedul Amin, 18 ans, étudie l’alphabet hanifi depuis deux ans. « Quand je retournerai vivre au Myanmar, je travaillerai à promouvoir la langue. Beaucoup de gens ne la maîtrisent pas bien et risquent de perdre leur identité », déclare-t-il.
Mais l’étudiant ne cache pas non plus son grand attrait pour l’anglais et le birman, deux langues qu’il trouve plus utiles. « Je préfère apprendre l’anglais : c’est une langue qui est parlée partout dans le monde, puis le birman, parce que si on retourne dans notre pays, on devra l’utiliser. »
Pour son professeur, Mohammed Shomim, l’apprentissage du rohingya est directement lié à l’espoir d’un retour au Myanmar. « Certains pensent que nous ne retournerons jamais au Myanmar et que nous vivrons sans citoyenneté pour toujours. Ces personnes tentent de fuir pour trouver une stabilité ailleurs, mais la majorité préfère rester en espérant y retourner. »
Apprendre malgré l’adversité
Au premier rang de sa classe, la petite Noor partage ses aspirations futures. « Plus tard, j’écrirai des histoires sur le génocide au Myanmar… », dit-elle. « C’est un livre qui sera écrit en anglais et en rohingya. »
Noor est l’une des rares étudiantes dans le groupe.
« Dans notre communauté, la plupart des parents n’autorisent pas leurs filles à venir en classe, après un certain âge », dit le professeur Shomim. « La plupart d’entre eux préfèrent continuer leur éducation à la maison. »
Mais, selon lui, ils et elles n’ont généralement ni le temps ni les compétences nécessaires pour enseigner. Les jeunes femmes devraient continuer à avoir accès à cette éducation sans dépendre de la volonté de leurs parents, pense-t-il.

Bien qu’il n’ait que 21 ans, cela fait six ans que Mohammed Shomim enseigne le hanifi au Rohingya and English Learning Club, une école qu’il qualifie de « privée », où les parents paient en fonction de leurs moyens. Il y travaille de manière quasi bénévole et doit également œuvrer dans une ONG afin de gagner sa vie.
« Nous n’avons pas assez de dons, notre budget est très serré et il n’est pas fixe. Nous n’avons pas d’électricité dans nos classes, donc pas de ventilateurs », explique le professeur, en essuyant ses tempes. Pendant les cours, la température dans la classe atteint les 40 degrés Celsius.
Difficile aussi de combler les besoins en matériel scolaire. « Nous avons accès à des livres en format PDF, mais nous ne pouvons pas les imprimer parce que nous n’avons pas le droit de quitter le camp et donc d’accéder à une imprimante. »

Pour combler les besoins qui ne cessent de croître, le professeur dit parfois écrire lui-même des livres à la main.
Mohammed Shomim a également créé plusieurs groupes WhatsApp dédiés à l’étude de l’alphabet hanifi, groupes où des étudiant·es rohingyas de partout dans le monde se rassemblent afin d’apprendre leur langue.
« Certain·es ont arrêté de parler la langue ou d’exercer leur identité, donc ces groupes participent au développement du sentiment d’appartenance et de l’espoir commun », pense-t-il.
Mais l’accès à ces groupes reste malgré tout limité. « Ce n’est pas facile d’enseigner sur WhatsApp, car ce n’est pas tout le monde qui a accès à un téléphone. Particulièrement les filles, qui ne sont pas autorisées pour la plupart à utiliser un téléphone », donne-t-il en exemple.
D’autant plus que la connexion internet n’est pas assurée dans tous les secteurs du camp, ce qui rend l’apprentissage sur la plateforme impossible pour certain·es.
En 2018, l’alphabet rohingya a été inclus dans la mise à jour de la norme Unicode, le système mondial de codage qui convertit les écritures en caractères numériques. Depuis, il est possible de télécharger un clavier permettant d’écrire et de lire le hanifi en ligne, mais plusieurs préfèrent toujours communiquer en rohingya par messages vocaux, ou bien écrire en anglais ou en birman pour se faire comprendre.
Génération perdue
« On est frustré des obstacles auxquels on fait face, du manque d’accès à l’éducation, du manque de liberté », lance Mohammed Tofiq à propos des réalités de la vie dans le camp.
Ceux et celles qui ont dû s’y installer en 2017 y sont également confiné·es par les autorités bangladaises, qui ne permettent pas les sorties hors d’une zone d’environ treize kilomètres carrés.

En plus de limiter la liberté de mouvement, le Bangladesh, qui s’oppose résolument à l’intégration des Rohingyas au pays, interdit aussi l’enseignement du bangla, la langue nationale, dans le camp.
Pour se loger et se nourrir, les réfugié·es sont entièrement dépendant·es d’une aide humanitaire internationale qui s’est dégonflée depuis le début de la crise. Par exemple, la valeur des coupons alimentaires est passée de douze à huit dollars par personne et par mois au début de 2023, selon les Nations unies.
Par ailleurs, l’accès à l’eau potable et aux soins de santé est difficile, les risques de maladies infectieuses sont multiples et les glissements de terrain ainsi que les inondations sont fréquents pendant la saison des pluies. De plus, des incendies contraignent fréquemment les Rohingyas, déjà vulnérables, à se retrouver une fois de plus sans toit.
Le camp n’est pas non plus à l’abri des répercussions géopolitiques de la guerre au Myanmar. Depuis quelques années, l’enclave est elle aussi devenue le théâtre de violences, perpétrées entre autres par différents groupes armés et des gangs criminels affiliés, qui orchestrent des enlèvements visant à envoyer des jeunes hommes sur le front au Myanmar.
Lorsque les victimes ou leurs proches résistent aux enlèvements, les choses peuvent rapidement dégénérer. Plusieurs personnes ont ainsi été blessées ou tuées par balle lors de telles altercations.
« La vie dans le camp, c’est comme une prison, ce n’est pas une vie humaine », déplore aussi Mohammed Tofiq. « On survit avec un minimum, avec des accès et des rations limités. »
« Les gens sont traumatisés, ils n’ont pas toujours la capacité d’apprendre », reconnaît aussi Mohammed Saleh. « Certains sont trop occupés à survivre. »
Difficile aussi pour les jeunes d’être motivé·es à apprendre lorsque les débouchés se limitent à travailler au sein des ONG, principaux employeurs dans le camp. Or, afin d’y obtenir un poste, une preuve d’éducation formelle est souvent nécessaire. Mais les écoles actives dans le camp ne sont pas en mesure d’offrir des diplômes officiels à leurs étudiant·es.

« J’enseigne à des élèves de dixième année. Mais qui émet les certificats? Personne! Le gouvernement? L’ONU? Personne! » s’indigne Mohammed Tofiq. « Les élèves terminent leur dixième, leur douzième année sans certificat. »
« On est en train de perdre toute une génération comme ça. »
« Pas de futur dans le camp »
« Je suis frustré », lâche Mohammed Tofiq. « Je n’arrive pas à dormir le soir. Je n’ai pas de liberté, je n’ai pas de liberté d’éducation – je n’ai pas de futur dans le camp en tant qu’être humain. »
« Si j’arrive à sortir du camp pour aller dans un troisième pays, bien sûr que je vais le faire », affirme l’enseignant.
Cela fait deux ans que Younes* peine à fermer l’œil la nuit, depuis qu’un de ses frères a été assassiné par un groupe armé dans le camp. Par peur de subir des représailles, il a préféré taire son identité.
« On ne peut pas vivre en paix dans le camp. On ne dort pas, on a peur », dit-il. « Je ne me sens plus en sécurité. C’est pour ça que j’ai décidé de fuir et d’aller me réfugier en Malaisie. »
Younes décrit le voyage périlleux qu’il a entrepris seul et pour lequel il a dû économiser beaucoup d’argent afin de payer des trafiquants.

Après avoir pris un tuk-tuk jusqu’à la frontière birmane, passé plusieurs jours dans la jungle et traversé en bateau de pêche jusqu’au Myanmar, il a été contraint d’interrompre son trajet et de faire demi-tour. Sa famille n’avait pas réussi à réunir à temps assez d’argent auprès de leurs proches pour le voyage en bateau qui l’aurait emmené jusqu’en Thaïlande, puis finalement en Malaisie.
« J’ai beaucoup pleuré quand j’ai appris que je n’aurais pas assez d’argent pour continuer, alors j’ai demandé à ce que les trafiquants me ramènent. Pour cela, ils m’ont demandé 50 000 takas (580 $) », explique-t-il, alors qu’il avait déjà déboursé plus de 1000 $ pour faire la première partie du voyage.
En plus d’être coûteuse, la traversée est extrêmement dangereuse pour les réfugié·es rohingyas qui décident de fuir, comme l’indique un rapport des Nations unies : une personne sur huit aurait perdu la vie ou serait disparue en tentant le voyage en 2023, ce qui représente 569 personnes.
Malgré tout, Younes confie vouloir retenter sa chance prochainement, cette fois-ci en effectuant le périple avec sa femme et leur fils de deux ans.
« Je préfère risquer ma vie en partant en mer que d’être tué au camp, même s’il n’y a aucune garantie de survie en s’évadant. Si on reste ici, la situation ne s’améliorera pas. Il n’y a pas de sens à la vie », soupire-t-il.
Ainsi, pour lui, l’apprentissage de la langue rohingya est loin d’être une priorité. « L’anglais est plus utile, car c’est une langue universelle, contrairement au rohingya qui ne peut être parlé qu’entre nous. » Il se dit prêt à renoncer à sa langue maternelle si nécessaire, surtout s’il est contraint de migrer clandestinement vers un pays où il devra cacher sa véritable identité.
« Mon humble requête est de pouvoir émigrer vers un lieu sûr où je pourrais vivre avec ma famille », ajoute le père. L’accès à une éducation de qualité pour lui et son fils est également une priorité dans sa quête d’une vie meilleure.
À son arrivée dans le camp, la jeune Farah* a dû interrompre ses études au secondaire. « J’ai étudié au Myanmar jusqu’en neuvième année, avant de fuir ici avec ma famille en 2017 », raconte-t-elle. « Je n’ai pas pu étudier pendant trois ans. »
Mais en 2021, avec l’aide d’activistes rohingyas, elle est parvenue à s’inscrire à l’Asian University for Women, une université indépendante et anglophone exclusivement réservée aux femmes à Chittagong, au Bangladesh, à quelque 145 km de route du camp.
L’université dit préconiser l’admission de femmes vulnérables, notamment celles qui vivent en situation de migration forcée en raison de la guerre. Sauf que le Bangladesh ne permet officiellement pas aux Rohingyas de s’installer à l’extérieur du camp.
« C’est pour ça que nous devons y aller secrètement », explique Farah.
Une nuit, escortée par trois femmes affiliées à l’université, elle a quitté le camp. « Nous étions un petit groupe de sept étudiantes », relate-t-elle. « En chemin, elles nous ont dit : “Ne parlez pas rohingya. Ne parlez pas, sauf si nécessaire, et en ce cas parlez en chittagonien ou en bangla.” »

Farah, qui avait déjà appris le bangla alors qu’elle travaillait pour une ONG dans le camp, dit ne pas avoir eu trop de difficulté à camoufler son identité rohingya. Mais, selon elle, cela n’a pas été aussi facile pour ses camarades de classe.
« On a dû porter des vêtements bangladais pour passer les check points, pour ne pas qu’ils sachent qu’on est rohingyas. »
« Ça me rend triste », réagit Mohammed Saleh. « Lorsqu’on cache notre identité, on ne peut pas jouir des droits humains… On ne peut pas être fiers. »
Pendant les heures de classe, Farah et ses collègues rohingyas communiquaient en anglais et tentaient d’éviter les spéculations sur les origines. Ce n’est que le soir, dans l’intimité des dortoirs, qu’elles se permettaient de discuter dans leur langue maternelle.
Mais tous leurs efforts de discrétion n’ont pas été suffisants. « Des étudiantes bangladaises ont dit : “Pourquoi elles sont ici? Elles viennent d’un camp de réfugiés, elles sont d’un mauvais milieu, elles ne méritent pas d’être ici” », relate Farah.
Elle n’a pas terminé ses études à l’Asian University for Women, mais elle est d’avis qu’un diplôme d’éducation formelle ne changerait pas grand-chose à sa situation. « Mes camarades de classe qui ont gradué sont revenues dans le camp pour s’y marier. Certaines travaillent aussi, mais elles ne peuvent rien faire en lien avec leurs études. »
« C’est pour ça que je ne vois pas de bénéfice à continuer mes études là-bas, sauf si le gouvernement [du Bangladesh] nous permet officiellement de vivre à l’extérieur du camp. »
« Nous n’avons pas de futur dans le camp », lâche-t-elle.
* Nom fictif. Pivot a accordé l’anonymat à ces intervenants afin d’éviter de leur porter préjudice.
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Ce reportage a été réalisé avec l’aide précieuse d’Ahtaram Shin et Ro Yassin Abdumonab, deux journalistes et traducteurs rohingyas qui ont eux-mêmes dû fuir le Myanmar en 2017 et qui résident actuellement dans le camp de réfugié·es.


Ce reportage a été réalisé grâce à une bourse du Fonds québécois en journalisme international.






