Emily Leedham Journaliste · PressProgress
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Les communautés LGBTQ2S+ préparent la plus importante série d’actions politiques au Canada depuis les vingt dernières années pour demander à tous les paliers de gouvernement de protéger et d’élargir les droits des personnes LGBTQ2S+.

Cet article est d’abord paru en anglais chez PressProgress.

La Semaine d’actions arc-en-ciel (Rainbow Week of Action), qui se tiendra du 11 au 17 mai prochains, est une série d’événements organisés par une coalition d’organisations et d’organismes LGBTQ2S+ locaux et nationaux.

Des dizaines d’événements sont annoncés partout au Canada. Des rassemblements auront lieu dans différentes villes, notamment à Montréal, devant le bureau du premier ministre du Québec François Legault. Un atelier en ligne abordera les stratégies permettant de répondre à la haine anti-LGBTQ2S+. Des campagnes d’envoi de lettres à des élu·es sont aussi prévues.

Les groupes organisateurs appellent la classe politique à « condamner publiquement la montée de la haine anti-LGBTQIA2S+ » et à « améliorer la santé et le bien-être des personnes LGBTQIA2S+, notamment par l’accès et la couverture des soins de santé trans-affirmatifs ».

Fae Johnstone, directrice générale de Society for Queer Momentum, explique que la semaine d’actions est une réponse à la « résurgence de l’homophobie et de la transphobie » et aux « mensonges véhiculés par des politiciens à propos des personnes queer et trans dans le but de gagner du capital politique cheap ».

Les Canadien·nes peuvent faire mieux, selon Fae Johnstone.

« Nous sommes à la croisée des chemins : les Canadien·nes doivent choisir qui nous sommes en tant que société, » explique-t-elle. « Sommes-nous une société où on respecte ses voisin·es, même quand on ne les comprend pas tout à fait? »

« On crée un momentum. On ne doit plus tolérer le recul des droits et on doit militer pour un Canada où toutes les familles sont plus libres et plus égales. »

Montée de la haine

La Semaine d’actions arc-en-ciel se tient après une année de montée de l’insécurité au pays, avec l’adoption de lois anti-LGBTQ2S+ par les gouvernements de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Nouveau-Brunswick.

Au Québec, le gouvernement Legault a aussi multiplié les gestes inquiétants pour les personnes LGBTQ2S+, répondant notamment aux manifestations anti-trans de l’automne dernier par la création d’un « Comité de sages » devant s’interroger sur les « questions sensibles liées à l’identité de genre ».

On a aussi vu le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, faire la promotion de politiques anti-trans et anti-science en vue des élections fédérales de 2025. Même les membres queers et ceux qui s’affichent comme leurs allié·es ont choisi de suivre la ligne du parti.

« Ces politiciens mentent à notre sujet. »

Fae Johnstone

Des élu·es conservateur·trices de partout au Canada normalisent la haine anti-LGBTQ2S+ sous la pression de groupes haineux d’extrême droite qui sont nés du Convoi de la liberté. Des militant·es ont ciblé des événements de drag à l’intention des familles. L’automne dernier, partout au Canada, des milliers de personnes ont participé à des manifestations pour s’opposer à l’intégration dans les écoles de ressources d’éducation à la sexualité et aux réalités LGBTQ2S+.

Face à cette montée de la haine, il faut bâtir un contre-mouvement qui défend les droits des personnes LGBTQ2S+, dit Fae Johnstone. « On ne doit pas se contenter de répondre aux attaques. »

« Ces politiciens mentent à notre sujet. Ces groupes d’extrême droite essaient de passer une petite vite aux Canadien·nes. Il faut leur répondre, tracer la limite et les tenir responsables de leurs propos et de leurs actes. »

La Semaine d’actions arc-en-ciel sera la plus grande action politique concertée pour les droits LGBTQ2S+ depuis la lutte pour le mariage gai du début des années 2000. À l’époque, le mouvement pour le mariage gai avait rencontré une forte opposition chez les organisations et les politicien·nes conservateur·trices canadien·nes – dont Pierre Poilievre, qui avait voté contre la légalisation du mariage gai en 2005.

« En tant que mouvement, notre héritage, c’est de se battre pour la liberté », lance Fae Johnstone. « C’est de se battre pour un monde où on peut être soi-même sans crainte d’être discriminé·e, où les lois ne nous empêchent pas d’être qui nous sommes. Les mouvements queers et trans pour la justice sociale sont avant tout des mouvements pour la liberté et l’égalité. »

Les conservateurs font des communautés marginalisées le bouc émissaire des maux de la société, au lieu de s’attaquer directement aux enjeux qui accablent les Canadien·nes, comme l’effritement des systèmes de santé, l’inaccessibilité du logement, la stagnation des salaires et l’inflation, explique Fae Johnstone.

« Ils essaient de détourner notre attention de leur incapacité à améliorer les choses pour les familles canadiennes », renchérit-elle.

Quand les syndicats sont solidaires

Plusieurs des plus grands syndicats canadiens, comme Unifor, le SCFP et l’AFPC, appuient la Semaine d’actions arc-en-ciel.

Selon Billy O’Neill, organisateur chez Unifor, le mouvement syndical entretient un lien historique avec les luttes pour des lois anti-discriminatoires au Canada.

« Depuis les années 1990, la communauté queer et trans a investi le mouvement syndical non seulement pour obtenir des salaires justes, de meilleures perspectives de carrière et des milieux de travail plus sécuritaires », explique Billy O’Neill, « mais aussi pour réclamer l’adoption de lois anti-discriminatoires. La lutte pour que les conjoint·es de même sexe aient accès à la rente et aux prestations au même titre que les autres travailleur·euses en est un exemple. »

« Les membres veulent qu’on défende l’égalité. »

Billy O’Neill, Unifor

L’année dernière, les membres d’Unifor ont adopté une résolution visant à mener une enquête pour vérifier l’équité en matière d’appui à la communauté LGBTQ2S+ dans toutes ses conventions collectives et pour identifier des pistes d’amélioration.

Des conventions collectives fortes ont le potentiel d’agir comme première ligne de protection des travailleur·euses queer et trans devant des politiques gouvernementales régressives qui les privent, entre autres, de l’accès à des soins de santé, ajoute Billy O’Neill.

Les membres ont le pouvoir de décider collectivement de l’utilisation des ressources du syndicat en prenant part aux instances démocratiques de leur organisation.

« Les membres veulent qu’on défende l’égalité », explique Billy O’Neill. « Elles et ils se réunissent, votent pour des recommandations et des résolutions. Les membres ont appuyé le syndicat dans sa défense pour l’équité, et plus spécifiquement en ce qui concerne la communauté LGBTQ2S+. »

« Quand notre milieu de travail ou notre communauté ne sont pas sécuritaires, les membres ne sont pas capables d’être fidèles à elleux-mêmes, et tout le monde en ressort perdant·e. C’est vraiment une lutte pour l’égalité. »

Traduit de l’anglais par Miriam Hatabi.

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