Léa Beaulieu-Kratchanov Journaliste d’enquête · Pivot
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Mercredi midi, la Cour supérieure du Québec a rejeté une demande d’injonction déposée par deux étudiant·es voulant le démantèlement du campement pro-palestinien installé à l’Université McGill. La requête avait été qualifiée d’« abusive » par les avocat·es de la défense intervenu·es lors des audiences mardi.

La juge Chantal Masse de la Cour supérieure du Québec a rejeté une demande d’injonction provisoire qui visait le démantèlement du campement installé depuis samedi sur la pelouse de l’Université McGill.

La requête déposée mardi après-midi par deux étudiant·es, Gabriel Medvedovsky et Raihaana Adira, demandait d’interdire toute manifestation dans un rayon de 100 mètres des entrées des 154 bâtiments du campus, pendant dix jours.

Dans sa décision de dix pages, la juge Masse a qualifié de « douteuse » cette demande et indique ne pas avoir été convaincue de l’urgence d’agir par une injonction.

Elle a indiqué que même si les manifestant·es « occupent les lieux illégalement en campant », la demande des deux étudiant·es, qui aurait restreint le droit de manifester sur l’ensemble du campus, est quant à elle « bien plus restrictive des droits fondamentaux que sont la liberté d’expression et de réunion pacifique ».

En cour mardi, l’avocat des deux demandeur·euses, Me Neil Oberman, avait décrit une « situation d’urgence », assurant que ses client·es craignaient pour leur sécurité sur le campus alors qu’iels effectuent leurs examens. La période des examens s’est terminée le 30 avril.

La demande était accompagnée de neuf autres déclarations assermentées anonymes accusant l’ensemble des manifestant·es présent·es au campement d’antisémisme et de terrorisme, entre autres.

Ces témoignages contredisent les observations des campeur·euses et de plusieurs tierces parties, dont des journalistes, incluant les journalistes de Pivot, qui rapportent des comportements et des propos pacifiques de la part des campeur·euses.

Dans sa décision, la juge Masse indique que les éléments de preuves soumis par les demandeur·euses « sont plutôt limités » et relèvent « davantage de craintes subjectives et d’inconforts que des craintes précises et sérieuses pour leur sécurité ».

Me Oberman a également soumis au moins deux autres demandes d’injonction contre des manifestant·es qui dénoncent le génocide à Gaza. L’une d’elles visait à écarter une récente manifestation devant une synagogue où se tenait une foire immobilière faisant la promotion de terres à vendre en Cisjordanie occupée.

Requête « abusive »

L’Association étudiante de l’Université McGill ainsi que l’Association mcgillienne des professeurs de droit avaient également demandé à intervenir en cour mardi après-midi.

Leur avocate, Me Sibel Ataogul, a qualifié « d’abusive » la demande d’injonction qui, en visant tous les bâtiments du campus de McGill, aurait empêché quiconque de manifester dans une vaste portion du centre-ville de Montréal pendant dix jours.

Elle a également qualifiée l’affaire de « poursuite-bâillon », effectuée de manière déraisonnable dans le but d’entraver la liberté d’expression des manifestant·es qui dénoncent le génocide à Gaza et parmi lesquel·les figurent des étudiant·es juif·ves. Me Ataogul a également fait valoir l’importance de la reconnaissance du droit de manifester sur les campus universitaires.

L’avocate de la défense, Me Geneviève Grey, qui représentait le Groupe de solidarité pour les droits humains des Palestinien·nes (SPHR) de l’Université Concordia, l’un des cinq groupes ciblés dans la demande d’injonction, a fait valoir l’importance de la liberté d’expression des campeur·euses.

« La juge a indiqué que le fardeau de preuve est assez élevé : il s’agit quand même de la liberté d’expression et il n’y a rien dans les affidavits qui indique une véritable crainte de violence et de harcèlement », a quant à lui réagi Richard Janda, professeur à la Faculté de droit de l’Université McGill, après les audiences mardi.

Il affirme avoir passé plusieurs heures lundi au campement à titre d’observateur et affirme n’avoir à aucun moment été témoin de comportements antisémites. « Ça se passe paisiblement », indique-t-il.

« En fait, moi j’ai peur de l’affrontement et de la violence si la police arrive. »

Intervention policière demandée

Les avocat·es de l’Université McGill qui étaient également présent·es lors des audiences à titre de partie mise en cause, ont défendu une position qu’iels ont qualifiée de « neutre » quant au dossier, se disant à la fois opposé·es au campement et rappelant que l’Université n’est pas à l’origine de l’injonction.

Hier matin, l’administration de l’université a toutefois indiqué qu’elle avait demandé au SPVM d’intervenir afin de démanteler le campement.

L’université affirme que des campeur·euses auraient eu des « comportements et des propos antisémites ». Les preuves montrées à Pivot montrent plutôt des manifestant·es qui ne sont pas dans le campement interagir avec un contre-manifestant en tenant des propos antisionistes.

Des professeur·es juif·ves de McGill ont reproché au président de l’université de confondre antisémitisme et critique d’Israël et soupçonnent l’administration de chercher « un prétexte pour démanteler le campement ».

Aucune procédure n’avait été entamée par les policiers mercredi en milieu d’après-midi. Le SPVM indique qu’il analyse la décision de la Cour supérieure et n’est pas en mesure d’indiquer s’il peut ou non procéder au démantèlement du campement.

Pendant ce temps, ailleurs au Canada, d’autres campements sont apparus sur les campus, notamment à l’Université d’Ottawa et l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver.

Aux États-Unis, à l’Université de Californie à Los Angeles, un groupe de personnes sionistes a attaqué un campement étudiant, lançant notamment des morceaux de bois et des feux d’artifice sur les campeur·euses.

Par ailleurs, des centaines de policiers sont intervenus à l’Université Columbia à la demande de l’administration afin de démanteler le campement et de déloger des étudiant·es qui occupaient un bâtiment du campus. Plusieurs hospitalisations ont été rapportées.

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