Deux fois plus de locataires que de propriétaires ne s’estiment pas en bonne santé, selon une nouvelle analyse. Le patrimoine immobilier, qui joue un rôle majeur dans les inégalités de richesse, aurait donc un impact sur les inégalités de santé au Québec.
Selon une note d’analyse publiée aujourd’hui par l’Observatoire québécois des inégalités (OQI), 17 % des ménages locataires de la province perçoivent leur santé générale comme étant mauvaise ou passable, contre 8 % des ménages propriétaires.
Les chiffres sont similaires pour la santé mentale : 16 % des ménages locataires la considèrent comme passable ou mauvaise, contre 7,5 % de ménages propriétaires.
Cette perception se détériore encore davantage pour les ménages locataires qui éprouvent des difficultés reliées à leur logement, comme des prix inabordables, des réparations majeures nécessaires ou des mauvaises conditions de logement : 30 % des ménages éprouvant des besoins impérieux en logement perçoivent leur santé comme mauvaise ou passable.
Les chiffres suggèrent ainsi que d’être propriétaire pourrait avoir un effet protecteur sur la santé et pourrait favoriser une meilleure santé que d’être locataire. Chose certaine, « ces résultats indiquent que, dans le contexte québécois du logement, le fait d’être propriétaire s’accompagne d’une perception plus positive de sa santé », conclut le rapport.
« On a pu regarder le lien entre le patrimoine et la santé des Québécois·es en croisant deux indicateurs à notre disposition : le mode d’occupation, soit être propriétaire ou locataire, et la perception de santé générale et mentale, c’est-à-dire si l’on se considère en santé ou non », détaille Sandy Torres, sociologue et co-autrice de l’étude.
En se basant sur les données de l’Enquête canadienne sur le logement, l’analyse confirme bel et bien une relation statistiquement significative entre ces deux indicateurs, montrant que la perception de l’état de santé varie selon le mode d’occupation, soit être propriétaire ou locataire d’un logement.
Quant aux causes, elles restent à confirmer. Les auteur·es de l’étude émettent l’hypothèse que l’incidence positive sur la santé du fait d’être propriétaire pourrait résulter de la plus grande stabilité résidentielle que procure ce mode d’occupation. Être propriétaire offrirait des conditions de logement davantage favorables, offrirait un sentiment de contrôle sur les conditions de vie, ainsi que de la stabilité financière. Tous ces éléments pourraient avoir une incidence positive sur le bien-être et la santé.
Ce lien de cause à effet demanderait toutefois à être vérifié par d’autres études, précise l’analyse.
L’immobilier, au cœur des inégalités de richesse
« On voulait voir comment le patrimoine [c’est-à-dire la richesse accumulée, constituée par les avoirs moins les dettes] a un impact sur la santé », explique Sandy Torres. « Par contre, on s’aperçoit qu’on a très peu de moyens pour évaluer s’il a une influence sur les inégalités de santé. On a choisi de se centrer sur la propriété immobilière, car il s’agit d’un élément du patrimoine très important au Québec. »
En effet, l’immobilier représente une part importante de la richesse des ménages : il constitue 35 % de l’actif total des familles québécoises en 2019, soit la deuxième composante d’actifs financiers la plus importante après les régimes de pensions privés (38 %).
« La propriété immobilière est une source de richesse importante au Québec », affirme Sandy Torres.
Étant donné que les biens immobiliers représentent un des avoirs financiers les plus importants des ménages québécois, les inégalités liées à l’accès à la propriété constituent une part importante des inégalités de patrimoine, peut-on lire dans le rapport. « C’est dire que l’immobilier pèse lourd dans l’état actuel des inégalités de patrimoine », avancent les co-auteur·es de la note d’analyse.
La richesse, c’est la santé
En fin de compte, donc, le patrimoine aurait des impacts sur les écarts de santé, analyse ainsi l’Observatoire.
« Il y a des disparités de patrimoine importantes au Québec, dont on ne parle pas beaucoup », avance Sandy Torres. « Pourtant, il s’agit d’un déterminant social qui pourrait influencer les écarts de santé, tout comme le font les écarts de revenus, qui sont beaucoup plus documentés. »
L’étude montre que le 10 % des familles québécoises les plus riches possèdent en moyenne un patrimoine 76 fois plus élevé que les familles faisant partie des 40 % les plus pauvres, et un revenu neuf fois plus élevé.